‹ Maistre Pierre PatelinChapitre 9 sur 200 · LA COMMÈRE · texte numérisé non relu

LA COMMÈRE

Ce n'est rien qu'une femme seule , Ma mie : un chacun la déboute !

LA VEUVE

Raison veut que je m'y reboute, Et Dieu m'en at ammonestée, Car dès la première nuitée Qu'on sonnoit pour le trespassé Dont le deuil n'estoit pas p^ssé, J'ouys bien de nostre maison Les cloches disant en leur son Incessamment, ce me sembloit :

Prends ton valet ! prends ton valet !

Cette naïve personne rappelle le proverbe de Sancho : La veuve rit d'un œil et pleure de Vautre. Dufresny et Dancourt qui se sont tant de fois appliqués à dessiner des veuves, n'ont pas mis dans leurs portraits plus de finesse et de grâce piquante.

Ce qu'on appelle aujourd'hui l'esprit d'opposition a existé de tout tems. A cet esprit léger, subtil,

Si PATKLIN ET LA VIEILLK COMÉDIK.

impétueux surtout, une voie de dégagement est nécessaire; si Ton essaie de le comprimer, l'explosion est inévitable, après un temsplus ou moins long, suivant la force de la main qui tient la soupape fermée. De nos jours cet esprit s'est exhalé par la presse ; au xvnr siècle, il s'échappait par les brochures philosophiques ; au xv' et au xvi« siècle, par le théâtre. La politique et la religion sont à chaque instant mises en cause dans les farces, et avec une hardiesse dont Rutebœuf avait déjà fourni des modèles sous le règne de saint Louis. Dans Science et Asnerie^ Science demande : « Que vendez-vous ? » et Asnerie répond : «Des bénéfices. » Le mot est vif! Beaumarchais n'eut pas trouvé mieux. Le reste est à l'avenant :

Qui fait les bons clercs ravaler?

Qui fait justice mal aller?

Qui cause tant d'impos nouveaux ?

Qui (ait au monde tant de maux ?

Qui entretient la pillerie?

Conclusion : c'est asnerie.

La pièce entière est résiunée dans le mot de Montaigne : « Tout vice vient de bestise. »

Le Badin est placé entre Science et Anerie, comme le Strepsiade des Nuées entre le Juste et l'Injuste ;

il écoute plaider le pour et le contre, et à la fin il se décide naturellement comme le bourgeois d'Aristophane, pour le parti qui a tous les avantages de son (3Ôté : il se fait prêtre ou chanoine :

ft Nota que le Badin se pourmaine tenant Taumuche sur son bras. »

Dans la Farce des brus (1) c'est bien pis ! La vieille bru, nommée Tretaulde, ouvre la scène en compagnie de deux de ces demoiselles qu'elle instruit à la manière de Macette. La leçon est longue, savante, spirituelle, mais édifiante nullement. Paraissent deux ermites, frère Ancelot et frère Anselme ; ils écoutent un moment^ivant de se montrer aux trois femmes, et la tentation les poussant, ils se découvrent :

LA VIEILLE BRU {à ses compagnes).

Voicy deux frères frapabos Qui viennent à nous disputer.

Nulle ne se veuille haster

De parler

FRÈRE ANSELME (à la vieille). Madame, soyez secourable Aux pauvres frères hermitaulx Qui n'ont pécunes ne métaulx Et boivent de l'eau tous les jours.

(I) i^ru s'étaii dit d'abord comme synonyme de jeune mariée, et plus tard il se prit au sens de fille de joie, fille publiqur.

FRÈRE ANGELOT (à Vune des filles).

Hélas, jeune bru chrestienne, Vous avez la chair tendre et jeune  faire roidir les genoux !

,A toutes ces prières la vieille seule répond, et elle n'a qu'un mol : « Frères, il n'y a rien pour vous. » Anselme insiste en termes qui rappellent le style de Tartufe avec Elmire :

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