‹ Maistre Pierre PatelinChapitre 90 sur 200 · V. 369. Combien · texte numérisé non relu

V. 369. Combien

CoMte il doncques? — Je n'en doy rien.

De même au vers 858 :

Mais comment parle il proprement Picart ?

Jacques Peletier. en 1550, et Théodore de Bèze, en 1584, prescrivent déjà, tout en conservant cette orthographe, d'y introduire en parlant le ^ qui se prononçait toujours :

<c Souvent nous prononçons des lettres qui ne s'es- » crivent pas, comme quand nous disons : dine-tif » ira-ti? et escrivons dîne M? ira-il? et seroit chose )) ridicule si nous les escrivions selon qu'ils se pronon- » cent. » (Peletier, De l'orthographe, liv. I, p. 57.)

« Cette lettre t offire une particularité curieuse : c'est j) qu'on la prononce là où elle n'est pas écrite. Vous voyez V écrit por/c il? et vous prononcez, en intercalant le t.

» parle lit? On écrit : ira il ? parlera il ? va il ? aime il Y » et Ton prononce : ira til? parlet'a til? vaiil? aime » til?» (Bèze, De fr, linguœ recta pronunt.^ p. 36.)

Ainsi le xvi* siècle prononçait ces locutions absolument comme fait le xix*. Mais la moitié au moins de la règle de Bèze est fausse pour les siècles antérieurs au xvi*. Je pense bien qu'on n'a jamais fait Tbiatus va il ? a il? et qu'on a toujours dit vat il? at il? Mais pour les personnes du verbe terminées par e muet, aime^ parle^ coûte, il est certain que Télision se pratiquait au gré du poète. Sans parler des deux passages du Patelin^ les exemples abondent de toutes parts. Dans le Baudouin de Sebourtj (xiY* siècle), le duc de Bourgogne dit de Philippe le Bel:

Bien en venrai à pais au roy de mont Laon :

Puis c'on a de l'argent à lui se raccorde on,

(Chant XX, vers 23.)

Il y a plus : le /, qui est primitivement caractéristique de la troisième personne du singulier aussi bien que du pluriel, et qui à ce titre devait toujours s'écrire dans les deux nombres, ce /, même lorsqu'il est écrit, n'empêche pas l'élision, s'il plaît au poète d'en user. Le Roland en fournirait des exemples par centaines :

Il enappelft e ses dus e ses cuntes.

(Chant I, vers U.)

Sa eus tu me est qu'il parolet à leisir.

(/Wd.,versU4.)

Sans élision. Marsille a la main tranchée:

Del sanc qu*en ist se pavnet et angoisset ;

De devant lui sa muiller Bramimunde

?\uret et criet, mult forment se doluset. (IV, vers 179.)

264 NOTKS.

Page 1