SCÈNE XI ALICE, SIMONNE, DARIEUX
SIMONNE, elle se tourne brusquement vers Alice et veut l'entraîner très vite, pour sortir avec elle par la gauche.
Viens !
ALICE, qui a aperçu Jean déjà sur le seuil de Vanticliambre.
Oh ! maintenant, non. {Simonne insiste pour l'entramer.) Non, non. Laisse-moi. {Jeajt Darieux traverse 7~apideme7it la salle. Il va pour entrer à droite. Il aperçoit tout à coup les deux femmes et, très troublé, fait un temps d'arrêt. Puis, essayant d'être calme, il salue, très froid, et veut passer. Alice se pi'écipite au devant de lui. Elle parle d'une voix presque sajiglotante :) Jean... Simonne m'a dit... Ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ?... Tu ne crois pas... Je te jure... Et Robert, notre petit Robert... Ce n'est pas vrai? Dis! Dis... Jean !
DARIEUX, hautain.
Prenez garde, Madame. On pourrait vous voir... Votre prestige au Palais en souffrirait. {Il veut poursuivre son chemin. Peiidant la scène
qui suit, Simonne Amawy, inquiète, se tient dans
le fond, au delà de la porte, faisant véritablement
le guet dans le couloir.)
ALICE
Mon prestige! Ah! oui, va, raille-moi. Tu as raison. Humilie-moi si tu veux. J'accepte tout. Mais crois-moi, crois-moi quand je te dis, quand je te jure qu'on a menti. J'ai mis trop de conscience dans mes actes; j'ai eu l'orgueil de vouloir accomplir deux destins à la fois.
DARIEUX Je ne puis rien pour vous tirer de cette erreur...
ALICE Je m'en dégage moi-même !
DARIEUX Ni vous racheter de vos fautes.
ALICE Je n'ai commis nulle faute.
DARIEUX Vous trouvez?
ALICE Nulle faute qui ne se répare en tout cas.
DARIEUX C'est un commencement d'aveu.
ALICE Je t'en supplie à nouveau, Jean, ne raille pas.
DARIEUX
Vous croyez que je suis d'humeur à railler ?
ALICE
Je crois une seule chose : Je crois que tu es bon, que tu m'entendras et que le malheur ne détruira pas plus longtemps nos vies.
DARIEUX Est-ce un pardon que vous sollicitez, par hasard *
Non; je n'ai rien à me faire pardonner, Jean. On t'a dit du mal de moi, tu l'as cru; je veux que lu cesses d'y croire.
DARIEUX
Vous avez pris l'habitude de l'autorité : « je veux )', c'est bientôt dit... Maître Alice Hénaut en
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impose au Palais. Permettez à Maître Jean Darieux d'avoir aussi la conscience de son autorité.
ALICE
Maître Alice Hénaut ! Il n'y a pas de maître ici ; il n'y a plus qu'une épouse, il n'y a plus qu'une mère... Une mère, Jean, une mère qui est dans l'angoisse, qui demande son petit, une mère qui pleure, tiens, vois, qui pleure... Il n'y a plus d'autre robe que celle de la femme, de celle qui veut être à son foyer, au lit de son enfant. Ah! Maître Alice Hénaut, elle n'est plus, celle-là !
{Alice se dévêt brusquement de sa toge, V arrache presque et jette sa toque...)
DARIEUX
Si Monsieur le Président ou le Bâtonnier vous voyaient !
{Simonne, à la porte, fait des gestes inquiets vers
Alice. Darieux les aperçoit. Il y a un moment de
silence, de gêne.)
DARIEUX, à SIMONNE.
Qu'est-ce?... Q.u'y a-t-il? {Simonne, très embarrassée, ne répond pas. Elle avance vers Alice.) Ah! je comprends, {à Alice.) Relevez-vous, Maître Hénaut. Vous avez brillamment plaidé, je crois,
tout à l'heure? Vos amis viennent pour vous
féliciter...
{Il sort brusquement, très pâle. Alice se précipite vers la porte 7'apidenient refermée. Après un coûtât jnoment d'émotion et de silence, elle se retourne et court se jeter en sanglotant dans les bras de Simonne.
Au même instant un groupe d'avocats entre, en devisant, par lefotid.)
Fin du deuxième acte.