LHRRITAGK DE MON ONCLE CHRISTIAN
Nous prenons donc place. Nous causons de la belle nature. Je fais mes réflexions sur le vieux papa... Je suppute ce qu'un tabellion* peut gagner à Lauterbach.
« Mademoiselle, me ferez -vous la grâce d'accepter une aile de poulet?
— Monsieur, vous êtes bien bon... Avec plaisir. »
Lotbe baisse les yeux... Je remplis son verre... elle y trempe ses lèvres roses... le papa est joyeux... Il cause de chasse... de pêche :
« Monsieur Hâas va sans doute se mettre aux habitudes du pays; nous avons des garennes bien peuplées, des rivières abondantes en truites... On loue les chasses de l'administration forestière... On passe ses soirées à la brasserie... Monsieur l'inspecteur des eaux et forêts est un charmant jeune homme... Monsieur le juge de paix joue supérieurement au wisht, etc. »
J'écoute... Je trouve délicieuse cette vie calme et paisible. Mademoiselle Lothe me paraît fort bien... Elle cause peu, mais son sourire est si bon, si naïf, qu'elle doit être aimante !
Enfin arrive le café... le kirsch-wasser... Mademoiselle Lothe se retire et le vieux scribe
passe insensiblement de là fantaisie aux aiïaires sérieuses. Il me parle des propriétés de mon oncle, et je prête une oreille attentive : pas de testament, pas un legs, pas d'hypothèque... Tout est clair, net, régulier. « Heureux Kasper! me dis-je, heureux Kasper! »
Alors nous entrons dans le cabinet du tabellion pour la remise des titres^ Cet air renfermé de bureau, ces grandes lignes de cartons, ces dossiers, tout cela dissipe les vaines rêveries de la fantaisie amoureuse. Je m'assieds dans un grand fauteuil, et maître Becker, l'air pensif, chausse ses lunettes de corne sur son long nez aquilin.
({ Voici le titre de vos prairies de TEichmatt : vous avez là, monsieur Hâas, cent arpents de bonnes terres... les meilleures, les mieux irriguées de la commune... on y fait deux et même trois fauchées par an... c'est un revenu de quatre mille francs. Voici le titre de votre vignoble de Sonnethâl : trente- cinq arpents de vigne... vous faites là, bon an mal an, deux cents hectolitres de petit vin, qui se vend sur place de douze à quinze francs T hectolitre... Les bonnes années compensent les mauvaises. Ceci, monsieur Hâas, est le titre de votre forêt