‹ Maître de sa joieChapitre 3 sur 18 · UN VOYAGE EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

UN VOYAGE EN HOLLANDE

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LE RÉEL

Lk douleur est productive, Monsieur.

— La joie est productive, Madame: J'écrirais un beau livre si j'étais aimé; mais vous n'aimez pas assez les lettres... Vous rappelez-vous la promenade au bord de l'eau ! —

Oui... où nous avons vu ce beau garçon en culotte de velours épinglé... — Pas si beau. Et cette belle fille coiffée d’un bonnet doré. — Pas si belle. - — Et ce chemin couvert, cette ombre, ce silence... — Oui. — Et ces gerbes réunies qui semblaient être l’idéal lit nuptial... — Oui... oui. Mais dites-moi ce que disent les peintres entre eux. — J’aimerais mieux... Et puis ils parlent devant vous. — Ils me disent la couleur de mes yeux. — * Je voudrais... — : Je prie.

— Ce bon écrivain entrait au Louvre dans la salle des Rubens, le pantalon relevé; ça m’a gêné.

— Dans son œuvre revit l’Antique.

— Sévit l’Antique.

— Il donne le sens d’un homme qui avait la vocation du notariat et que ses parents destinaient aux « Beaux-Arts. »

M. Benjamin-Constant à l'un de ses élèves. — Ce violet-là a déjà deux ans, ce n’est pas le fameux demi-violet...

Renoir. — Quand je cause avec Gauguin, je ne sais jamais à qui je m’adresse : au peintre, au boursier ou au marin?

— Original?

— Oui, il rend la fumée par le nez.

Le peintre Albert Besnard devant V Entrée des Croisés de Delacroix :

— Mais sur quoi marchent-ils!

Vieillard : — Botticelli, c’est le vulgarisateur.

Albert Besnard . — On ne peut pas dire que M. Ingres soit un coloriste mais il ne fait pas de fautes de valeur; Flandrin, si.

— Je cherche Ribot (Et il peint dans une cave, Ribot, le grand Ribot, peignait dans un grenier.)

— Elle pose pour son portrait : Elle a une robe décolletée, un éventail. On accroche une bande d’étoffe pour le fond... Elle est blonde et grasse, les bras sont violets.

- — Mon tableau : Des gris fins... des roses délicats.

— It is foggy.

Un sculpteur d'un sculpteur (gens célèbres). — Il n’a jamais essayé l’ensemble et il a toujours manqué le détail. Il n’a jamais cherché l’idée et il a toujours raté le morceau.

A Rodin : — - Que pensez-vous de votre

Balzac?

— C’est trop tôt, je ne sais pas encore.

— Personne ne dessinerait un cheval comme Delacroix dans le Massacre de Scio. Degas, Renoir étaient peut-être doués mais ils ne savent pas. Je vous montrerai des fautes de dessin de Bouguereau... Ce qu’il y a de plus beau, c’est la "Vénus de Mïlo et je sais pourquoi. Velasquez fait un Vulcain qui est son voisin le cordonnier. Si vous aimez les primitifs, c’est que vous êtes un ignorant : Ils ne savent pas faire un torse, ils ne savent pas ce que c’est que les modlés... Il faut connaître à fond l’anatomie... Je prends des mesures...

D — Vous tenez bien à la forme de la prière, jetez-vous donc à genoux.

Monet. — J’aime Constable comme initiateur.

— Je l’aime pour lui-même aussi.

Rodin souriant : — Entre Puvis de Chavannes et moi, il y avait un peu de froid depuis que j’avais fait son buste.

D — J’aime beaucoup, mais beaucoup Willette : Son dernier dessin sur le« Savon***»; sa composition sur ((Un nouvel Amer».

D — Oui les Maîtres, mais si vous courez derrière, vous ne verrez que leur dos. Oui Millet... Un semeur se hâte très simplement.

— Monet s’est dit : « Tu feras vingt fois la cathédrale de cette même place» et il l’a faite vingt fois.

Armand Séguin : — Notre plus beau peintre depuis 50 ans, c’est Renoir; ce qu’il est heureux de peindre !...

— Ingres vaut par sa sensualité

D — - Blanche dispose d’un métier qui lui

permettrait d'exprimer si c’était sa destination... Le côté ((gens en route» de quelques peintres moins adroits, laisse une possibilité d’espoir.

— Le paysan de Jules Breton, dans l’ombre...

— Le Tobie de Rembrandt aussi est dans l’ombre.

Carrière :

Au Louvre : Le buste d’homme avec un œil plus bas que l’autre... admirable ! Les deux dessins anonymes du temps de Henri II, ce qu’il y a de plus beau dans les dessins du Louvre !

— Ingres est un homme qui connaît très bien son affaire .

— Carrière... Je ne peux pas aller jusquelà.

D — : Dame, c’est haut.

— ^ Gustave Moreau n’aimait pas Puvis de Chavannes. Il disait : « Du papier peint. » Il n’aimait pas les Impressionnistes , et, ce-

pendant, il tenait à son portrait par Degas : Il Pavait dans sa chambre; et d'un Toulouse- Lautrec vu rue Laffitte, il avait dit : « C’est presque un chef-d’œuvre.»

— Cette pastorale : Un Beethoven de demi-caractère...

— C’est tout de même une symphonie.

- — J’aime Jordaens parce qu’il a moins fait ’ que Rubens.

Roclin — Je n’aime pas Corot, c’est triste.

Messieurs les amateurs d'art : — Henri Rochefort avait son portrait par Manet et il en a fait un échange; il a gardé son portrait par Boldini.

Gauguin. — La loi des complémentaires est fausse.

D — Un gris, un gris malin...

Rodin — Je voudrais être à Batignolles dans un atelier de marbrier; je voudrais être Pierre ou Paul.

Pointelin : — Cabat est blagué par les jeunes : qu’ils en fassent autant...

Carrière à Dolent devant la Chasse de Rubens (Bruxelles) : Les volumes, les volumes différents. Je regarde en bas comment le tableau commence et en haut comment il finit, c’est à Rubens que je dois d’être peintre, à mon admiration pour Rubens.

D — : Un homme qui a passé par les mains des marchands de chevaux et des marchands de tableaux est prêt pour la vie, on ne le trompera pas aisément.

— Les Cathédrales de Monet, c’est toujours vu du même côté, c’est l’œuvre d’un prisonnier qui regarde de sa cellule.

Rodin : — Les portraits dessinés d’Holbein valent mieux que les portraits peints : les dessins sont d’après nature.

— Ribot disait : Les Bonvin, ça a l’air d’être bien peint.

— Valadon disait : Il y a un peintre de nature morte plus fort que Vollon, plus fort que Chardin, c’est Murillo, le Murillo de la Cuisine des Anges!

Harpignies : — Ah! les dessins de Ravier ! Ravier notre maître à tous... et personne ne le connaît.

L’amour du pays : — Il y en a un au Musée de Poitiers... Il n’y en a pas au Musée de Poitiers.

D — Deux peintres de l'Institut. L'un : — Ce que nous avons dit, nous devions le dire; mais maintenant que nous sommes seuls... (Et les mains lisses et sèches se cherchent, se trouvent après s’être manquées...)

Carrière. — Je ne juge pas un homme, je le dessine.

— Madame...

— Cherchons ensemble, dit-elle, le moyen de me défendre de vous, — et je lui dis que ma gaucherie, ma pauvre mine, n’étaient point pour me servir; — ce qu’elle ne jugea pas chose suffisamment rassurante et elle dit bien plus compter sur cette idée que les artistes, les écrivains sont de nature versatile pour se

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tenir à l’abri. — J’objectai qu’il n’est pas juste d’aller ainsi du général au particulier, s’exposant de cette façon à me punir d’une faute que je ne saurais commettre ; et je lui dis, puisqu’elle tenait si fortement et naturellement à m’éloigner, qu’il suffirait de mettre du dédain dans la violence des mots; — Ce à quoi elle dit ne pouvoir se résoudre, pensant qu’il serait profitable au calme de ses esprits de se mettre en quête d’une de ces vivilenies aux hommes familières, tout en avouant qu’en ce qui me regarde, elle avait peu d’espérance en ceci.

— Alors...

— Vous disiez que...

— Anquetin m’a dit : <c Je ne connais rien aux lettres et je n’en parle pas; vous parlez peinture et vous n’y connaissez rien. Il n’y a pas de rapport entre la peinture et la littérature. »

D — Vous aurez répondu : Affirmer ceci,

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c’est parler littérature et vous dites n’y entendre rien.

— Monet a vu les fontaines lumineuses... — En art je suis un profane...

— Et les profanes sont nés pour profaner. — Il a été en visite chez Michel Ange qui

était absent et en revenant, il a rencontré Gustave Doré,

— Un tableau nu peut ne pas être un tableau vide.

— L’amour de Rembrandt pour Saskia n’est pas unamour d’artiste. L’artiste prend sa femme partout... là même!...

— Ces arbres sont un peu isolés...

— Lecoq de Boisbaudran ne montrait pas sa peinture.

— * Les Impressionnistes viennent de Monticelli.

— Il est riche et il aime la peinture; qu’il n’en fasse pas et qu’il en achète...

— Chez Rodin : Les quatre Carrière, Monet,

Legros, les trois Ribot, Sargent, les Rops,

Guillaume Régamey, Harrisson, Thaulow, Duez.

— François Millet, oui, mais il n’est pas beau peintre. L’exécution : Il va de Couture à Courbet.

— Puvis de Chavannes a observé autour de nous, ce n’est pas pris dans les médailles.

— Rops vient des Japonais et c’est moins bien.

— Un mauvais Ingres ne vaut pas un bon Flandrin.

D — Il n’y a pas de bon Flandrin et il n’y a pas de mauvais Ingres.

— Le Prix de Rome. Si le peintre reste dans les lignes de son esquisse, il n’est pas artiste et s’il n’y reste point, il n’a pas le prix.

— Je rends le mouvement des nuages.

— J’exprime l’agitation des flots...

— Par le chiffre.

— Par les volumes.

— Par la tache.

Aux solennelles obsèques de Meissonier — Encore il m’ennuie.

Enseignement : — Il faut donner le sens de la distance.

— Et Delacroix?

— Delacroix le donne dans la Noce juive... Il ne le donne pas toujours et quand il ne le donne pas, c’est moins bien.

Un Monsieur : — J’ai vu dans un tableau une femme jalouse un bol de vitriol à la main, derrière une porte... Est-ce là un tableau d’ « Impressionniste » ?

— Non.

Bracquemond : — Le portrait de Baptiste

aîné par Drolling est un chef-d’œuvre.

Rodin : — On dit que j’ai du talent, mais que j’enlaidis les gens... Cela me fait du tort.

Benjamin-Constant : — J’ai fait le portrait de l’homme le plus riche du monde.

— Yonking ne peignait jamais d’après nature... Alma Tadema peint de mémoire des marbres qu’il a vus en Italie.

D — : Le rire sourd, mauvais, d’homme fier et désolé, le rire de Gauguin.

— Michel, ce qu’ils appellent : « La vieille peinture. »

D — Dans les bois ou les méchants peintres prennent le cœur et la bourse des gens, ils ont rencontré Gauguin bien armé et ils ont eu peur. Où les tableaux de Gauguin sont accrochés, je me promène riant. C’est beau à faire peur, ça sent la poudre. Des peintres « dégagés » disent : <c C’est bien loin

Tahiti.»

D — Portrait : Un peintre que très justement la médaille d’honneur n’a qu’à demi rassuré.

Carrière : — Corot, c’est la symphonie de la vision.

— La femme nue de Saint-Mar ceaux, on dirait qu’elle a été apportée avec une pelle.

Rodin : — Il n’y a que l’étalon prenant possession de la nature. Il ne faut pas cher-

cher à y mettre de la poésie, elle y est; seulement, c’est difficile à faire, il faut de la patience.

— L’atelier de Fantin?

— L’atelier de Courbet, c’est plus fort.

— Les modelés de Dalou ne sont pas très justes... il répare bien.

Carrière : — La vérité est une découverte.

• — Le Dreux Brezè de Dalou, c’est le Raffet... Il n’a pas mis les mêmes plis.

Vuillard : — Chéret, c’est très important.

Rodin montrant un petit Carrière : — Le poignet...

— Ah ! l’art très difficile d’enlever les contours...

— Constantin Meunier, c’est quelqu’un qui demeure près d’une mine de charbon.

— Ma femme fatiguée, ennuyée l’autre jour, a donné quelque chose de plus beau que la Mélancolie de Durer.

Eloge mitigé : — Quand il aura quelque chose à dire, il saura le dire.

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D'un écrivain : — Il regarde un tableau quand il a un article à écrire.

U n Monsieur de la société devant un portrait de Maître : — C’est très détaillé... les étoffes sont bien faites.

Un peintre retour de Londres (oui, celuilà) : — Je suis maître de moi, je ne pleure pas. A Londres, on ne pleure pas.

Bourdelle dit bravement : — L’atmosphère, nous tenons cela de Rodin.

— Puvis de Chavannes m’a pris dans ses bras... Henner s’emballe sur mon tableau : Il y a quatre bleus... deux blancs... Je défie... Il m’avait dit : — « Et où peut-on voir ça ? » — « Chez moi ». — « Quand ça » ? — « Demain ». Henner impatient — <c Demain... demain... »

— - Puvis de Chavannes disait — « Rodin, cela ne m’intéresse pas ».

A un peintre : — Eh bien ?

Le peintre épanoui : — Je suis toujours avec Durand-Ruel.

— Anquetin se perd, il aurait pu faire des choses d’après nature... et puis il dit du mal de nous.

— Ça ne fait rien, ça !

Un amateur d'art, de lettres : — Verlaine, je ne comrpends pas, Carrière, je ne vois pas.

La femme d'un peintre célébré : — Mon mari fait de l’art le matin et du commerce après midi.

Roll : — Daubigny abusait du vert Véronèse... S’il n’avait pas employé de couleurs qui changent, il vaudrait Corot, tout au moins.

Armand Séguin : — Bernard, Bonnard, Vuillard et moi, nous faisions des schémas de Véronèse, Velasquez... Nous avons eu tort. Au lieu de faire des schémas, Gauguin aurait dû, avec tout ce qu’il sait, peindre une figure et la pousser jusqu’à ce qu’elle fût bien.

Rodin : — Je joins maintenant les deux bouts.

Gauguin : — J’ai vu les Gustave Moreau

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de Hayem et je n’ai qu’une chose à dire : C’est médiocre. Quand il était embarrassé pour une harmonie, il allait dans le coin des Monticelli.

Un Monsieur de la société : — La nature, c’est toujours plus beau que les choses fabriquées.

D : — Chez moi, Anquetin voudrait voler La femme de Corot; Séguin, La Toilette de Fantin; Louis Roy, Elise riant de Carrière.

Bracquemond. — Je n’aime pas les isolés : ce qui ne vient de rien ne mène à rien.

— J’étais élève de Barye et quand nous demandions des animaux, on nous donnait des chevaux de Mène.

— A r Opéra, le groupe de Carpeaux fait corps avec le monument... Les autres groupes, des appliques.

— L’Ecole anglaise... Reynolds, c’est trop cherché dans la palette.

Un notable peintre : — Je suis revenu de

Puvis de Chavannes. On a dit un mot qui m’a frappé : c’est du Signol.

— C’est bien sous le ciel.

— Il pleut bien; les figures ne sont pas bonnes, mais il y a vraiment de l’eau partout

— Les plans !

D — : Dans le portrait attribué à Gericault, portrait présumé du peintre, et qui a été acheté par l’Etat pour le Louvre , la draperie est de Vollon; j’ai connu le portrait sans la draperie.

- — Il y a chez Rodin une faible copie de Rembrandt qu’il trouve bien; ce n’est pas la copie qu’il voit.

— Chauvel, c’est un peu monotone.

— Cabanel n’aimait pas Eaudry : Il disait que c’est pris dans tout, les anciens et les modernes.

D — : Un médiocre ami, dans un désir de politesse parle dans un coin des toiles curieuses vues chez moi (j’écoute), il en oublie. Je montre les défauts du tableau qui ne nuisent

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