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IN CONCOURS DE L'AI TOMOBILE-CLUB

ci de main qu'il saurai! sans doute ne se heurter à aucun obstacle! N'importe, si les autorités « In Wisconsin avaienl pris des mesures pour < ji it ■ la route lui réservée aux seuls concurrents ilu match international, relie route ne l'était plus.

El voici ce que rapportèrent les coureurs, prévenus téléphoniquement, ei qui durent interrompre la lutte pour le grand prix de F Automobile-Club. A leur estime, ce prodigieux véhicule ne faisait pas moins de cent trente milles à l'heure. Telle était la vitesse, au moment où il les dépassait, qu'on put à peine reconnaître la forme île cette machine, sorte «le fuseau allongé donl la. longueur ne devait pas excéder une dizaine de mètres. Ses roues tournaient avec une vélocité telle que leurs rayons se confondaient. Du reste, elle ne laissait après elle ni vapeur, ni fumée, ni odeur.

Quant au conducteur, renfermé à l'intérieur de son automobile, il avait été impossible de l'apercevoir, cl il demeurait aus>i inconnu qu'à l'époque où il fut pour la première fois signalé sur les routes de l'Union.

Parles stations téléphoniques, Mihvaukee avait été prévenue de l'arrivée de ce1 outsider. On imaginera aisément l'émotion que causa la nouvelle. Kl toul d'abord se posa la question d'arrêter ce « projectile », d'élever en travers de la route un obstacle contre lequel il se briserait en mille pièces !... Mais en aurait-on le temps ?... Le chauffeur ne pouvait-il apparaître d'un instant à l'autre?... A quoi bon, d'ailleurs, ne serait-il pas finalement forcé d'enrayer sa marche volens aut nn!<'ii*, puisque la route aboutissait au lac Michigan, et qu'il ne pouvait aller au delà, à moins de se métamorphoser en appareil de navigation?...

Telle est la pensée qui se présenta à l'espril des spectateurs, groupés en avant de Mihvaukee, après avoir pris la précaution de se tenir à distance suffisante pour ne point être renversés par eette trombe.

Puis, là aussi, comme à Prairie-du-Chien, comme à Madison, les plus extravagantes hypothèses d'avoir cours. Et, à ceux qui ne voulurent point admettre que le mystérieux chauffeur fût le diable en personne, il ne répugnait pas de voir en lui quelque monstre échappé des fantastiques repaires de l'Apocalypse.

Et maintenant, ce n'était plus de minute en minute, c'était de seconde en seconde que ces curieux attendaient l'apparition de l'automobile signalée !

Or, il n'était pas onze heures, lorsqu'un lointain roulement se lit entendre suc la route, dont la poussière se soulevait en volutes tourbillonnantes. Des sifflets stridents déchiraient l'air, invitant à se ranger sur le passage du monstre. Il ne ralentissait pas sa vitesse... l'ourlant le lac Michigan n'était plus qu'à un demi-mille, et son élan suffisait à l'y précipiter!... Est-ce donc que le mécanicien n'était plus le maître de sa mécanique?...

11 n'y eut bientôt aucun doute à ce sujet. Avec la rapidité d'un éclair, le véhicule arriva à la hauteur de Milwaukee. Et, quand il eut dépassé la ville, alla-t-il donc s'engloutir dans les eaux du Michigan?...

En tout cas, lorsqu'il eut disparu au tournant de In roule, un ne trouva plus trace de son passage.

EN VUE DU LITTORAL DE LA NorYKLLE-ANGLETERRE.

A l'époque où ces faits lurent rapportés par les journaux d'Amérique, j'étais depuis un mois de retour à Washington.

Dès mon arrivée, j'avais eu soin de me présenter chez mon chef. Je ne pus le voir. Pour des raisons de famille, une absence allait le tenir éloigné quelques semaines. Mais, à n'en pas douter, M. Ward connaissait l'insuccès de ma mission. Les diverses feuilles de la Caroline du Nord avaient rapporté fort exactement les détails de cette ascension au Great-Eyry, en compagnie du maire de Morganton.-

On comprendra le violent dépit que je ressentais de cette tentative inutile, sans parler de ma curiosité non satisfaite. Et, au vrai, je ne pouvais me faire à cette idée qu'elle ne le serait pas dans l'avenir... Quoi! ne pas surprendre les secrets du Great- Eyry!... Non! quand je devrais dix fois, vingt fois, me remettre en campagne et au risque d'y succomber!...

Évidemment, il n'était pas au-dessus des forces humaines, ce travail qui donnerait accès à l'intérieur de l'aire. Dresser un échafaudage jusqu'à la crête des hautes murailles, ou percer une galerie à travers l'épaisse paroi de l'enceinte, cela n'avait rien d'impossible. Nos ingénieurs s'attaquent journellement à des œuvres plus difficiles. Mais, en ce qui concerne le Great-Eyry, il eût fallu compter avec la dépense qui aurait été, dans l'espèce, hors de proportion avec les avantages à en retirer. Elle se fût

chiffrée par plusieurs milliers de dollars, et, en somme, à quoi ce dispendieux travail eût-il servi?... Si sur ce poini des Montagnes-Bleues s'ouvrait un volcan, on n'aurait pu l'éteindre, et, s'il menaçait le district d'une éruption, on n'eut pu l'empêcher... Dune toute cette besogne aurait été faite en pure perte, et ne donnerail satisfaction qu'à la curiosité publique.

En tout cas, quel que lut l'intérêl spécial que je prenais à celle affaire, et si désireux que je Tusse de fouler du pied le Great- Eyry, ci' n'es! pas avec mes ressources personnelles que j'eusse songé à m'y engager, et j'en étais réduit a me dire in petto :

« Voilà qui devrait tenter un de nos milliardaires américains!... \ oilà l'œuvre que devraient poursuivre à tout prix <\r» Gould, de-, Asior, des Yanderbill, des Rockefeller, des Mackay, des Pierrepont-Morgan!... Bon! ils n'y songeront pas, et ces grandi trusters on1 bien d'autres idées en tête! «

Ah! si l'enceinte eût renfermé dans ses entrailles quelques riches filons d'or ou d'argent, peut-être auraient-ils marché... Mais celle hypothèse n'étail guère admissible!.. La (draine des Apalaches n'esl située ni en Californie, ni au Klondike, ni en Australie, ni au Transvaal, ces pays privilégiés des inépuisables

placées!...

Ce lui dans la matinée du 15 juin que M. Ward me recul dans son bureau. 11 connaissait l'insuccès de l'enquête dont j'avais été chargé par lui. Néanmoins, il me lit bon accueil.

« Voilà donc ce pauvre Strock, s'écria-t-il à mon entrée, ce pauvre Strock qui n'a pas réussi!...

— Pas plus, monsieur Ward, que -i vous m'aviez chargé d'une • enquête à la surface de la Lune, répondis-je. Il est vrai, nous nous sommes trouves en présence d'obstacles purement matériels, mais insurmontables dans les conditions où nous avons

opéré!.

•le vous crois, Strock, je vous crois volontiers!.. Ce qui est

certain, c'esl que vous n'avez rien découvert de ce qui se passe à l'intérieur du < îreat-Eyry...

— Rien, monsieur Ward...

- Cependant, vous n'avez vu apparaître aucune flamme?...

— Aucune.

- Et vous n'avez, entendu aucun 1 nui i I suspect?... Aucun.

On en es1 encore à savoir s'il se trouve là un volcan?...

- Encore, monsieur Ward, et, si ce volcan existe, il y a lieu de croire qu'il dort d'un profond sommeil...

Eh! reprit M. Ward, rien ne «Lit qu'il ne se réveillera pas un jonc!... Voyez-vous, Strock, cela ne suffil point qu'un volcan donne, il faut qu'il soit éteint!... A moins que toul ce qu'on a raconté n'ait pris naissance dans les imaginations carohniennes!...

- -le ne le pense pas, monsieur Ward, répondis-je. M. Smith, le maire de Morganton et son ami, le maire de Pleasant-Gardcn, sop.t très afiirmatifs à ce sujet. Oui! des flammes se sont montrées au-dessus du Grcat-Eyry!... Oui! il en sortait des bruits inexplicables!... Pas de doute sur la réalité de ces phénomènes !...

Entendu, déclara M. Ward. J'admets que les maire- et leurs administrés n'ont point l'ait erreur!... Enfin, quoi qu'il en soit, le Great-Eyry n'a pas révélé son secret...

Si on tient à le savoir, monsieur Ward, il n'y a qu'à y mettre le prix, et, en faisant les dépenses nécessaires, le pic et la mine auront raison de ces murailles...

Sans doute, répliqua M. Ward, mais ce travail ne s'impose pas, el il est préférable d'attendre! D'ailleurs, la nature finira peut-être par nous livrer elle-même le mystère en question...

- Monsieur Ward, croyez-le bien, je regrette de n'avoir pu accomplir la tache que vous m'aviez confiée...

— Bon! ne vous désolez pas, Strock, et prenez philosophiquement votre échec!... Nous ne sommes pas toujours heureux dans notre partie, et les campagnes de la police ne sont pas invariablement couronnées de succès!... Voyez, en matière criminelle, combien de coupables nous échappent, et, je vais plus loin, on ne pourrait en arrêter un seul s'ils étaient plus intelligents, moins imprudents surtout, s'il ne se compromettaient pas stupidement!... Mais ils se livrent eux-mêmes, parlant à tort et à travers!... A mon avis, rien ne doit être plus facile que de préparer un crime, assassinat ou vol, de l'exécuter sans laisser de soupçons, de manière à déjouer toute poursuite... Vous comprenez bien, Strock, ce n'est pas moi qui irai donner des leçons d'adresse et de prudence à messieurs les criminels!... Et, d'ailleurs, je le répète, ils sont nombreux ceux que la police n'a jamais pu découvrir!... »

Ace sujet, je partageais absolument l'opinion de mon chef: c'est dans le monde des malfaiteurs que se rencontrent le plus d'imbéciles!

Toutefois, il faut en convenir, ce qui me paraissait au moins étoi nant, c'était que les autorités, municipales ou autres, n'eussent pas encore fait la lumière sur les faits donl certains États venaient d'être le théâtre. Aussi, lorsque M. Ward m'entretint .'i ce sujet, je ne pus lui cacher mon extrême surprise.

Il s'agissait de l'insaisissable véhicule qui venait de circuler sur les routes, au grand danger des piétons, chevaux, voitures qui les fréquentent. On sait dans quelles conditions de vitesse il battait tous les records de l'automobilisme. Dès les premiers joins, les autorités avaient été prévenues et donnaient des ordres afin de dresser contravention à ce terrible inventeur, et pour mettre un terme à ses redoutables fantaisies. Il surgissait on ne sait d'où, il paraissait et disparaissait avec l'instantanéité d'un éclair. Actifs et nombreux agents s'étaient

Les parages de la Nouvelle-Angleterre étaient troublés

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mis en campagne : ils n'avaient pu rejoindre le délinquant. El ne voilà-t-il pas que dernièrement, entre Prairie-du-Chien el Milwaukee, en plein concours organisé par PAutomobile-American-Club, il avait couvert en moins de deux heures cette piste de deux cents milles!...

Puis, de ce que cel appareil était devenu, aucune nouvelle! Arrivé à l'extrémité de la route, emporté par son élan, sans avoir

pu s'arrêter, avait-il été s'engloutir dans les eaux du lac Michigan?... Devait-on penser que sa machine et lui eussenl péri, qu'il ii" sérail plus jamais question ni de l'un ni de l'autre?... Or, la grande majorité du public se refusait à admettre celle solution qui eu! été la meilleure, el mi s'attendail à le voir reparaître de plus belle !

Il est certain que l'aventure, aux yeux de M. Ward, rentrait dans le domaine de l'extraordinaire, et je partageais sa manière d ■ voir. Assurément, si l'endiablé chauffeur ne se montrait [dus, il y aurait lieu de ranger son apparition parmi ces mystères qu'il n'est pas donné à l'homme de pénétrer!

Nous axions causé de cette affaire, mon chef el moi, et je pensais que notre entretien allait prendre lin, lorsque, après qucl- <pi 's pas dans son cabinet, il me dit :

« Oui!... ce qui s'esl passé sur la route de Mihvaukee, pendant le concours international, c'est toul ce qu'il y a de plus étrange... mais voici qui ne l'est pas moins! ..

M. Ward me donna un rapport, que la police de Boston venait d;' lui adresser au sujet d'un lait dont les journaux, des le soir même, allaient entretenir leurs lecteurs.

Tandis que je lisais, M. Ward s'étail remis à son bureau, où il acheva une correspondance commencée axant ma visite. Je m'étais assis près de la fenêtre, e1 c'esl avec m\r extrême attention que je pris connaissance dudil rapport.

1 lepuis quelques jours, les parages île la Nouvelle-Angleterre, en vue des côtes du Maine, du Connecticut, du Massachusetts, étaient troubles par une apparition sur la nature de laquelle personne n'avait pu être fixé.

I ne masse mouvante, qui émergeail à deux ou trois milles du littoral, se livrait à de rapides évolutions. Puis, elle s'éloignail en glissant à la surface de la mer, et ne tardait pas à disparaître au large.

t'ciic masse se déplaçant avec une extrême vitesse, les meilleures longues-vues avaient peine à la suivre. Sa longueur ne devait pas dépasser une trentaine de pieds. De structure fusiforme et «le couleur verdâtre, couleur qui lui permettait de se confondre avec la mer. La partie c lu littoral américain, d'où elle avait été le plus souvent observée, était celle qui s'étend entre le cap Nord de l'Etal de Connecticut et le cap Sable, situé à l'extrémité occidentale de la Nouvelle-Ecosse.

A Providence, à Boston, à Portsmouth, à Portland, des chaloupes à vapeur tentèrent, maintes luis, de s'approcher de ce corps mouvant et même de lui donner la chasse. Elles ne parvinrent pas à le rejoindre. Le poursuivre, d'ailleurs, lut bientôt jugé inutile. En quelques instants, il se mettait hors de la portée du regard.

On ne s'en étonnera pas, des opinions bien différentes s'étaient faites touchant la nature de cet objet. Mais, jusqu'alors, aucune hypothèse ne reposait suc une hase certaine, et les gens de mer s'y perdaient tout comme les autres.

D'abord, marins et pécheurs admirent que ce devait être quelque mammifère du genre cétacé. Ov, on ne l'ignore pas, ces animaux plongent avec une certaine régularité et, après plusieurs minutes sous les eaux, ils reviennent à la surface, rejetant par leurs évents des colonnes de liquide mélangé d'air. Or, jamais, jusqu'ici, cet animal -- si c'était un animal - n'avait « soude » comme disent les baleiniers, jamais il ne s'était dérobé par un plongeon, jamais on n'avait ni vu ni entendu les puissants souffles de sa respiration.

Dès lors, s'il n'appartenait pas à la classe des mammifères marins, fallait-il voir en lui quelque monstre inconnu, qui remontait des profondeurs océaniques, tels que ceux qui iiimrent dans les recils légendaires des anciens temps?... Était-il à ranger parmi les calmars, les krakens, les léviathans, les fameux ser-

pents de mer, dont il y aurait eu lieu de redouter l'attaque?...

En tout ras, depuis que ce monstre, quel qu'il fût, avait été \ u dans les parages de la Nouvelle-Angleterre, les petites embarcations, les chaloupes de pêche, n'osaienl plus s'aventurer au large.

Dus (pic sa présence étail signalée, elles se hâtaient de regagner le plus prochain port. Assurément, la prudence l'exigeait, et, pour peu que cel animal fui de caractère agressif, mieux valait ne point s'exposer à ses atteintes.

Quant aux voilier- de long cours, aux grands steamers, ils n'avaient rien à craindre du monstre, haleine ou antre. Leurs équipages n'étaienl pas sans l'avoir aperçu plusieurs fois à plusieurs milles de dislance. Mais, dès qu'ils cherchaient à le rejoindre, il s'éloignait si rapidement qu'il eût été impossible de l'approcher. I n jour, même, un petit croiseur de l'Etal sortit du port de Boston, sinon pour le poursuivre, du moins pour lui envoyer quelques projectiles. En peu d'instants, l'animal se mit hors de portée, et la tentative tut vaine. Jusqu'alors, du reste, il ne semblait pas qu'il eût l'intention de s'attaquer aux chaloupes des pêcheurs. •

A ce moment, j'interrompis ma lecture, et, m'adressant à M. Ward, je lui dis :

« En somme, on n'a pas encore eu à se plaindre de la présence de ce monstre... 11 luit devant les gros navires... Il ne se lance pas sur les petifs... L'émotion ne doit pas être bien vive chez les gens du littoral...

Elle l'est pourtant, Strock, et ce rapport en fait foi...

— Cependant, monsieur Ward, la bête ne parait pas être dangereuse... D'ailleurs, de deux choses l'une, — ou elle quittera un jour ces parages, ou on finira par la capturer, et nous la verrons figurer dans le Muséum à Washington...

— Et si ce n'est pas un monstre marin... répondit M. Ward.

Lu petit croiseur sortît du port de Boston. (Page G4.)

— Que serait-ce donc?... demandai-je, assez surpris de la réponse.

- Continuez votre lecture ! » me dit M. Ward. C'est ce que je fis, et voici ce que m'apprit la seconde partie du rapport, dont mon chef avait souligné certains passages au crayon rouge.

Pendant quelque temps, personne n'avait mis en doute que ce

fût un monstre marin, et, à condition de le poursuivre vigoureusement, on finirait par débarrasser ces parages de sa présence. Mais un revirement de l'opinion ne tarda pas à se produire. En fin de compte, certains esprits, plus avisés, se demandèrent si, au lieu d'un animal, ce n'était pas un engin de navigation, qui venait évoluer dans les eaux de la Nouvelle-Angleterre.

Certes, cet engin devait présenter un rare degré de perfection. Peut-être, avant de livrer le secret de son invention, l'inventeur cherchait-il à provoquer l'attention publique et même quelque épouvante chez la gent maritime. Une telle sûreté clans ses manœuvres, une telle rapidité dans ses évolutions, une telle facilité à se dérober aux poursuites, grâce à son excessive puissance de déplacement, cela était bien pour piquer la curiosité!

A cette époque, de grands progrès avaient été accomplis dans l'art de la navigation mécanique. Les transatlantiques obtenaient de telles vitesses que cinq jours leur suffisaient à franchir la distance entre l'ancien et le nouveau continent. Et les ingénieurs n'avaient pas dit leur dernier mot.

Quant à la marine militaire, elle n'était pas restée en arriére. Les croiseurs, les torpilleurs, les contre-torpilleurs pouvaient lutter avec les plus rapides paquebots de l'Atlantique, du Pacifique et de la mer des Indes.

Toutefois, s'il s'agissait d'un bateau de nouveau modèle, il n'avait pas encore été possible d'observer sa forme extérieure. Mais, quant au moteur dont il disposait, il devait être d'une puissance dont n'approchaient pas les plus perfectionnés. A quel fluide empruntait-il sa valeur dynamique, vapeur ou électricité, impossible de le reconnaître. Le certain, c'est que, dépourvu de voilure, il ne se servait pas du vent, et, dépourvu de cheminée, il ne marchait pas à la vapeur.

A cet endroit du rapport, j'avais une seconde fois interrompu ma lecture, et je réfléchissais à ce que je venais de lire.

ASCENSION D'UNE MONTAGNE. PAGE 34 ( Photographie de la Ctmntry-Life in America. New- York.

Maître du Mon! e. — P 33.

« A quoi songez-vous, Strock?... me demanda mon chef.

- A ceci, monsieur Ward, c'est que, en ce qui concerne ledil moteur dudit bateau, il sérail aussi fort et aussi inconnu que celui de cette fantastique automobile dont on n'a plus entendu parler depuis le match de l'American-Club...

- C'est la réflexion que vous avez faite, Strock?... — Oui, monsieur Ward. »

Et alors cette conclusion s'imposait : c'est (pic, si le mystérieux chauffeur avait disparu, s'il avait péri avec si m appareil dans les eaux, du lac Michigan, il faudrait obtenir, coûte que coûte, le secret du non moins mystérieux navigateur, et souhaiter qu'il ne s'engloutît pas dans les abîmes de la mer avant de l'avoir livré. Est-ce que ce n'est pas l'intérêt d'un inventeur de mettre en lumière son invention?... Est-ce que l'Amérique ou tout autre État ne lui en donnerait pas le prix qu'il exigerait?...

Par malheur, si l'inventeur de l'appareil terrestre avait toujours conservé l'incognito, n'était-il pas à craindre que l'inventeur de l'appareil marin ne voulût garder le sien ?. . . En admettant même que le premier existât encore, on n'en avait plus entendu parler. Or, pour ce qui concernait le second, n'en serait-il pas de même, et, après avoir évolué en vue de Boston, de Portsmouth, de Portland, ne disparaîtrait-il pas à son tour, sans laisser de ses nouvelles?...

Puis, ce qui pouvait donner quelque valeur à cette hypothèse, c'est que, depuis l'arrivée du rapport à Washington, c'est-à-dire depuis vingt-quatre heures, la présence de l'extraordinaire engin n'avait plus été signalée au large du littoral par les sémaphores de la côte !...

J'ajouterai qu'il ne s'était pas montré en d'autres parages. Il est vrai, certifier sa disparition définitive, c'eût été au moins très hasardeux !

11 convient, d'ailleurs, de noter ce point important : c'est que

l'idée d'un cétacé, d'un calmar, d'un kraken, d'un animal marin, on un mot, paraissait être entièrement abandonnée. Ce jour même, les divers journaux de l'Union, s'emparant de ce laitdivers et le commentant, concluaient à l'existence d'un appareil de navigation, doué de cpialités supérieures au point de vue de l'évolution et de la vitesse. Tous s'accordaient à dire qu'il devait être pourvu d'un moteur électrique, sans que Ton pût imaginer à quelle source il puisait son électricité.

Mais ce que la presse n'avait pas encore fait remarquer au public, — cela ne tarderait pas sans doute, — c'est une singulière coïncidence qui devait frapper l'esprit, et que me lit observer M. Ward au moment où je la constatais moi-même.

En effet, c'était seulement depuis la disparition de la fameuse automobile que le non moins fameux bateau venait de se montrer... Or, ces engins possédaient tous deux une prodigieuse puissance de locomotion... Si tous deux se montraient à nouveau, l'un sur terre, l'autre sur mer, le même danger menacerait les embarcations, les piétons, les voitures... Et alors, il faudrait bien que, par un moyen quelconque, la police intervint pour assurer la sécurité publique sur les routes comme sur les eaux !

C'est là ce que me dit M. Ward, et ce qui était de toute évidence... Mais, de quelle façon obtenir ce résultat?...

Enfin, après une conversation, qui se prolongea quelque temps, j'allais me retirer lorsque M. Ward m'arrêta :

« Est-ce que vous n'avez pas retenu, Strock, me dit-il, qu'une bizarre ressemblance d'allure existe entre le bateau et l'automobile?...

— Assurément, monsieur Ward ! . . .

— Eh bien, qui sait si les deux appareils n'en font pas qu'un?... »

PREMIÈRE LETTRE

Tandis que Grad eulevail le couvert., i Page 7'J.)

PREMIERE LETTRE

Après avoir quitté M. Ward, je regagnai ma demeure de Long- Street.

Là, j'aurais tout le temps de m'abandonner à mes réflexions,

sans être dérangé, n'ayant ni femme ni enfant. Pour tout personnel, une vieille domestique qui, après avoir été au service de ma mère, depuis quinze ans était au mien.

Un mois auparavant, j'avais obtenu un congé. Il devait durer quinze jours encore, à moins de circonstances imprévues, une mission ne soutirant aucun retard.

On le sait, ce congé fut précisément interrompu pendant trois jours, à propos de cette empiète relative au phénomène du Great-Eyi y.

Et, maintenant, la tâche ne me serait-elle pas donnée de faire la lumière sur les événements dont la route de Milwaukee, d'une part, les parages de Boston, de l'autre, avaient été le théâtre?... Je le verrais bien... Mais comment retrouver la piste de cette automobile et de ce bateau?... Assurément, l'intérêt public, la sécurité des eaux et îles routes exigeaient qu'une empiète fût poursuivie dans ce but... Il est vrai, que faire tant que le ou les chauffeurs ne seraient pas signalés et, même en ce cas, comment les saisir au passage?

Rentré dans ma maison, après déjeuner, ma pipe allumée, je dépliai mon journal... L'avouerai-je?... la politique m'intéressait peu, ni l'éternelle lutte entre les républicains et les démocrates... Aussi allai-je tout d'abord à la rubrique des faitsdivers...

Qu'on ne s'étonne pas si mon premier soin fut de chercher quelque information, venue de la Caroline du Nord, sur l'affaire du Great-Eyry. Peut-être s'y trouverait-il une communication, envoyée de Morganton ou de Pleasant-Garden ?... D'ailleurs, M. Smith m'avait formellement promis de me tenir au courant. Un télégramme me préviendrait aussitôt, en cas que l'aire se fût illuminée' de flammes. Je crois bien que le maire de Morganton avait, non moins que moi, le désir de forcer l'entrée de l'enceinte et ne demandait qu'à renouveler notre tentative, si l'occasion

PREMIÈRE LETTRE

s'en présentait... Or, depuis mon départ, aucune dépèche ne m'étail arrivée.

La lecture du journal ne m'apprit rien de nouveau. Il me tomba des mains sans que j'y prisse garde, et je restai plongé dans mes réflexions...

Ce qui me revenait à l'esprit, c'était cette opinion de M. Ward que peut-être l'automobile et le bateau ne Taisaient qu'un... Très probablement alors, les deux appareils auraient été construits de la même main... Et, sans doute, c'était un moteur identique qui les animait de cette excessive vitesse', dépassant du double les records obtenus, à ce jour, dans les courses sur terre et sur mer...

« Le même inventeur », répétais-je.

Évidemment, cette hypothèse ne péchait point contre la vraisemblance. Même, la circonstance que les deux engins n'eussent jamais été signalés ensemble] permettait de l'admettre dans une certaine mesure...

Et je me disais :

« Décidément, après le mystère du Grcat-Eyry, celui de la baie de Boston !... Est-ce qu'il en sera du second comme du premier?... Ne parviendra-t-on pas à les connaître l'un plus que l'autre?... »

Je dois noter que cette nouvelle affaire avait un retentissement considérable, attendu qu'elle menaçait la sécurité générale. Seuls, les habitants du district voisin des Montagnes-Bleues couraient des risques si une éruption ou un tremblement de venait à se produire... Au contraire, c'était sur n'importe quelle route des États-Unis, c'était dans n'importe quels parages américains que, soit le véhicule, soit le bateau, pouvaient subitement réapparaître et, avec leur réapparition, surgiraient les très réels dangers auxquels serait exposée l'universalité des citoyens...

( "était comme un coup de foudre, et, sans que vous soyez pré-

venu par l'aspect du temps, qui menaçait de vous atteindre!... Mors de sa maison, tout citoyen risquait d'être surpris par la soudaine arrivée de l'inévitable chauffeur!... Allez donc vous hasarder dans une rue, sur une route sillonnée par une volée de projectiles!... C'est ce que faisaient ressortir des milliers de journaux avidement lus par le public...

Je ne m'étonnais donc pas que les esprits fussent émus par ces révélations, et, en particulier, par ma vieille servante, très crédule en fait de légendes surnaturelles.

Aussi, ce jour-là, après le diner, tandis qu'elle enlevait le couvert, Grad, carafe d'une main, assiette de l'autre, s'arrétant et me regardant en face :

« Alors, monsieur, me dit-elle, on n'a rien de nouveau?...

- Rien, répondis-je, devinant bien à quoi tendait sa demande.

- La voiture n'est pas revenue ! . . .

— Non, Grad.

— Ni le bateau?...

- Ni le bateau... pas même dans les feuilles les mieux informées !

Mais... par votre service?...

Mon service n'en sait pas davantage !...

Alors, monsieur, s'il vous plait, à quoi sert la police?...

— C'est une question que j'ai eu maintes fois l'occasion de me poser !...

- Voilà qui est rassurant, et, un beau matin, il arrivera sans se faire annoncer, ce maudit chauffeur, et on le verra, à Washington, filer à travers Long-Street, au risque d'écraser les passants...

- Oh!... cette fois, Grad, il y aurait des chances pour qu'il fut arrêté...

— On n'y parviendrait pas, monsieur!...

— Et pourquoi?...

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