‹ Maître du mondeChapitre 17 sur 20 · I. APPAREIL ETAIT DE STRUCTURE FUSIFORME. (PAGE I . V · texte numérisé non relu

I. APPAREIL ETAIT DE STRUCTURE FUSIFORME. (PAGE I . V

M aube du Monde. — P. \~~.

lanl qu'elle ne fût partie que de la veille, ['Épouvante ne pouvail avoir quitté l'Amérique ni même le Nouveau-Monde pour l'Ancien !... N'était-il pas raisonnable d'estimer à quelques centaines de lieues seulement le parcours effectué durant la nuit ?...

Il se présentait bien une hypothèse qui, me revenant parfois à l'esprit, méritait d'être examinée, sinon d'être admise. Pourquoi l'Epouvante n'aurait-elle pas eu pour port d'attache précisément le Great-Eyry?... Est-ce que cet appareil volant n'avait pas toute facilité pour y pénétrer?... Ce que faisaient les vautours et les aigles, un aviateur n'était-il pas capable de le faire ?... Cette aire inaccessible n'offrait-elle pas au Maître du Monde une si mystérieuse retraite que notre police n'avait su découvrir, et dans laquelle il devait se croire hors d'atteinte?... D'ailleurs, la dislance entre Niagara-Falls et cette partie des Montagnes-Bleues ne dépasse pas quatre cent cinquante milles, et, en douze heures, l'Epouvante avait pu la franchir !...

Oui! cette idée prenait peu à peu consistance dans mon cerveau au milieu de tant d'autres!... Et les relations dont je ne voyais pas la nature entre le Great-Eyry et l'auteur de la lettre aux initiales ne s'expliquaient-elles pas ainsi?... Et les menaces proférées contre moi si je renouvelais ma tentative?... Et l'espionnage dont j'avais été l'objet?... Et ces phénomènes dont le Great-Eyry fut le théâtre ne devaient-ils pas lui être attribués pour une raison qui m'échappait encore ?... Oui! le Great-Eyry !... le Great-Eyry !... Et, puisqu'il m'avait été impossible d'y pénétrer jusqu'alors, me serait-il possible d'en sortir autrement qu'à bord de l'Épouvante '.'...

Ah! si la brume se dissipait, peut-être le reconnaitrais-je?... Peut-être cette hypothèse se changerait-elle en réalité?...

Cependant, puisque j'avais toute liberté d'aller et de venir, puisque ni le capitaine ni ses compagnons ne s'inquiétaient de moi, je voulus faire le tour de l'enceinte.

En ce moment, tous trois étant dans cette grotte, à l'extrémité nord de l'ovale, c'est par l'extrémité sud que je commençai mon inspection.

Arrivé près de la muraille, j'en longeai la base creusée de nombreuses anfractuosités. Au-dessus se dressait la paroi lisse de ces roches de feldspath dont est formée la chaîne des AJleghanj s. A quelle hauteur montait cette paroi, quelle disposition affectai! son arête supérieure, impossibilité de le voir encore, et il fallait attendre que la brume se fût dissipée soit sous la brise, soit sous l'action des rayons solaires.

Entre temps, je continuais à suivre le contour du massif, dont les cavités n'étaient éclairées que par leur orifice. Divers débris gisaient à l'intérieur, des morceaux de bois, des amas d'herbes sèches. Au dedans se voyaient encore les empreintes de pas que le capitaine et ses compagnons avaient laissées sur le sable.

Du reste, ils ne se montraient pas, très occupés sans doute dans cette grotte, devant laquelle étaient déposés plusieurs ballots. Ces ballots, devaient-ils les transporter à bord de l'Épouvante, et procédaient-ils à une sorte de déménagement en vue de définitivement quitter cette retraite ?...

Le tour achevé, en une demi-heure, je revins vers le centre. Çà et là, s'entassaient de larges couches de cendres refroidies, blanchies par le temps, des restes de poutres et de planches calcinées, des montants auxquels adhéraient encore leurs ferrures, des armatures métalliques tordues au feu, débris d'un mécanisme détruit par incinération.

Assurément, à une époque plus ou moins récente, ce cirque avait été le théâtre d'un incendie, volontaire ou accidentel... Et comment ne pas faire un rapprochement entre cet incendie et les phénomènes observés au Great-Eyry, ces flammes apparaissant au-dessus de l'enceinte, ces bruits qui traversaient les airs, et dont s'étaient tant effrayés les habitants du district, ceux de

Pleasant-Garden el ceux de Morganton?... Mais quel étail donc ce matériel, e\ quel intérêt le capitaine avait-il eu à le détruire?...

En ce moment, passa toute une risée de brise qui commençail à s'élever dans l'est. Le ciel subitemenl se dégagea des vapeurs. L'enceinte fut inondée de lumière sous les rayons du soleil, à mi-chemin de l'horizon et du zénith.

I n cri m'échappa !...

L'arête du cadre rocheux venait de se découvrir à la hauteur d'une centaine de pieds... Et du côté de l'est saillit à mes regards celte silhouette si reconnaissable, ce roc taillé en forme d'aigle...

I "était bien celui que nous avions remarqué, M. Elias Smith et moi, lors de notre ascension au Great-Eyry !...

Ainsi, plus de doute ! Pendant la nuit dernière, dans son vol, l'aviateur avait franchi la distance comprise entre le lac Érié et la Caroline du Nord !... < "était au fond de cette aire que se remisait l'appareil!... C'était ce nid digne du puissant et gigantesque oiseau créé par le génie de son inventeur, duquel il était impossible à tout autre que lui de franchir les infranchissables murailles?... Et qui sait même s'il n'avait pas découvert, en quelque profonde anfractuosité, une communication souterraine avec le dehors, et qui lui permettait de quitter le Great-Eyry, en y laissant l'Épouvante ?.. .

Ainsi se fit toute complète révélation dans mon esprit!... Ainsi s'expliquait la première lettre venue du Great-Eyry, qui me menaçait de mort !... Et, si nous avions pu pénétrer dans ce cirque, qui sait si les secrets du Maître du Monde n'eussent pas été découverts avant qu'il eût pu se mettre hors d'atteinte?...

J'étais là, immobile, les yeux fixés sur l'aigle de pierre, en proie à une émotion violente!... Et, quoi qu'il pût en arriver, je me demandais si, cet appareil, je ne devrais pas tenter de le détruire avant qu'il ne reprit son vol à travers le monde!...

I les pas se firenl entendre.

Je me retournai...

Le capitaine s'avançait vers moi, et, s'arrêtant, il me regarda en l'ace.

Alors je ne pus me contenir, et ces mots m'échappèrent : « Le Great-Eyry !... Le Great-Eyry !...

< hii !... Inspecteur Strock !...

— Et vous... le Maître du Monde?...

- De ce monde auquel il s'est déjà révélé comme le plus puissant des hommes !...

Vous?... m'écriai-je au comble de la stupéfaction. Moi... répondit-il, en se redressanl dans tnui son orgueil, moi... Robur... Robur-le-Conquéranl ! »

Page 1