A BORD DE L'ÉPOUVANTE
sait l'espace. Les rives du lac n'apparaissaient pas encore, ni du côté canadien, ni du côté américain.
Décidément, est-ce que le capitaine tenait à ne point se montrer à moi?... Avait-il quelque raison de ne pas se l'aire connaître?... Une telle précaution indiquait-elle qu'il eùl l'intention de me mettre en liberté, le soir venu, lorsque l'Épouvante aurait atteint le littoral?... Cela me semblait plus improbable !
Or, vers les deux heures de l'après-midi, un léger bruit se produisit, le panneau central se souleva, et le personnage si impatiemment attendu parut sur le pont.
Je dois le dire, il ne me prêta pas plus attention que ne l'avaient l'ait ses hommes, et, allant vers le timonier, il prit sa place à l'arriére. Celui-ci, après quelques mots prononcés à voix basse, descendit dans la chambre des machines.
Le capitaine, ayant promené son regard sur l'horizon, et consulté la boussole, posée devant la barre, modifia légèrement la direction, et la vitesse de l'Épouvante s'accrut.
Cet homme devait avoir dépassé de quelques années la cinquantaine, taille moyenne, épaules larges, très droit encore, tête forte, cheveux courts plutôt gris que blancs, ni moustaches ni favoris, une épaisse barbiche à l'américaine, bras et jambes musculeux, mâchoire aux masseters puissants, poitrine large, et, signe caractéristique de grande énergie, le muscle sourcilier en contraction permanente. Assurément, il possédait une constitution de fer, une santé à toute épreuve, un sang aux globules ardents sous le baie de sa peau.
De même que ses compagnons, le capitaine était vêtu d'habits de mer, que recouvrait une capote cirée, et un béret de laine lui tenait lieu de coiffure.
Je le regardais. S'il ne cherchait point à éviter mes regards, du moins montrait-il une singulière indifférence, comme s'il n'avait pas un étranger à son bord.
Ai-je besoin d'ajouter que le capitaine de l'Épouvante était bien l'un des deux individus qui me guettaient devant ma maison de Long-Street !...
Et, si je le reconnaissais, nul doute qu'il me reconnût pour l'inspecteur principal Strock, à qui avait été confiée la mission de pénétrer dans le Great-Eyry !
Et, alors, en l'observant, l'idée me vint — idée que je n'avais pas eue à Washington — que sa figure si caractéristique, je l'avais déjà vue... où?... sur une fiche du bureau des informations, ou tout simplement en photographie à quelque vitrine?...
Mais combien vague, ce souvenir, et n'étais-je pas plutôt le jouet d'une illusion?...
Enfin, si ses compagnons n'avaient pas eu la politesse de me répondre, peut-être ferait-il plus d'honneur à mes questions?.. Nous parlions la même langue, bien que je n'eusse pu assurer qu'il fût comme moi Américain d'origine... A moins qu'il n'y eût (liez lui parti pris de ne pas me comprendre, afin de ne point avoir à me répondre !...
Enfin, que voulait-il faire de moi?... Comptait-il se débarrasser sans plus de façon de ma personne?... N'attendait-il que la nuit pour me jeter à l'eau .... Le peu que je savais de lui suflisait-il à taire de moi un témoin dangereux?... Eh bien, mieux eût valu me laisserait bout de l'amarre!... Cela aurait évité de m'envoyer par le fond !...
Je me relevai, je gagnai l'arrière, je restai debout devant lui.
Ce fut bien en face qu'il fixa sur moi son regard brillant comme une flamme.
o Etes-vous le capitaine?... » demandai-je.
Silence de sa part.
« Ce bateau... est bien V Épouvante?... »
A ma question, nulle répon-e.
Alors je m'avançai, et je voulus le saisir par le bras...
A 1 ï c 1 1 i 1 1 DE i:i:i'()UVANTE. 153
11 me repoussa sans violence, mais d'un mouvement qui dénotait une vigueur peu commune.
Revenant une seconde fois devant lui :
c Que voulez-vous l'aire de moi?... » demandai- je d'un ton plus vif.
Je crus que quelques mots s'échapperaient enfin de ces lèvres, contractées par une visible irritation. Aussi, comme pour s'en empêcher, il détourna la tête. Puis, sa main s'appuya sur le régulateur.
Aussitôt la machine fonctionna plus rapidement.
La colère me prit, et, ne me possédant plus, j'allais lui crier :
» Soit!... gardez le silence!... Moi... je sais qui vous êtes, comme je sais quel est cet appareil, signalé à Madison, à Boston, au lac Kirdall!... Oui! le même qui court sur les routes, à la surface des mers et des lacs et sous les eaux!... Et ce bateau, c'est l'Epouvante, et vous qui le commandez... c'est vous qui avez écrit cette lettre au gouvernement... vous qui -sous croyez de force à lutter contre le 'monde entier... vous!... le Maître du Monde !.. »
El comment l'eût-il pu nier?... Je venais d'apercevoir les fameuses initiales inscrites sur la barre.
Heureusement, je parvins à me contenir, et, désespérant d'obtenir une réponse à mes questions, je revins m'asseoir près du panneau de ma cabine... Et, pendant de longues heures, je ne cessai d'observer l'horizon dans l'espoir qu'une terre paraîtrait bientôt.
Oui ! attendre... j'en étais réduit là... attendre !.. La journée ne finirait pas sans doute avant que VEpouvante ne lut en vue du littoral de l'Erié, puisque sa direction se maintenait imperturbablement au nord-est !
Cependant le temps s'écoulait et la situation ne se modifiait pas. Le timonier était revenu à la barre, le capitaine, à l'intérieur, surveillait la marche des machines. Je le répète, même lorsque la vitesse s'accroissait, le moteur fonctionnait sans bruit, avec une remarquable régularité. Jamais un de ces à-coups inévitables qui résultent de l'emploi des cylindres et des pistons. J'en concluais donc que le déplacement de l' Épouvante, dans chacune de ses transformations, s'effectuait au moyen de machines rotatives. Mais impossible de m'en assurer.
D'autre part, j'observai que l'orientation ne changeait pas. Toujours vers le norcl-est du lac, et, par conséquent, en direction de Buffalo.
« Pourquoi le capitaine suit-il cette route?... me disais-je. Il ne peut avoir l'intention de mouiller dans ce port, au milieu de la flottille de pêche et de commerce !... S'il veut sortir de l'Érié, ce n'est pas le Niagara qui lui offrirait passage, et les chutes sont infranchissables même avec un appareil tel que le sien!... Le seul chemin, c'est Detroit-River, et l'Épouvante s'en éloigne visiblement !... »
Cette pensée me vint alors : peut-être le capitaine attend-il la nuit pour rallier l'une des rives de l'Érié?... Là, le bateau, changé en automobile, aurait vite fait de traverser les États voisins...
LE NIAGARA. l.v
Si je ne parvenais pas à m'enfuir pendanl ce trajet sur terre, tout espoir de recouvrer ma liberté serait perdu !...
Il est vrai, je finirais par savoir où ce Maître du Monde se cachait et si bien qu'on n'avait jamais pu découvrir sa retraite, à moins, toutefois, qu'il ne me débarquât d'une façon ou d'une autre... Et ce que j'entends par débarquement, on le comprend de reste.
Cependant cette pointe nord-est du lac, je la connaissais, ayant souvent visité la partie de l'État de New-York comprise entre Albany, son chef-lieu, et la cité de Buffalo. Certaine affaire de police, qui remontait à trois ans, m'avait permis d'explorer les rives du Niagara, en amont et en aval des cataractes jusqu'à Suspension-bridge, de visiter les deux principales îles entre Buffalo et la bourgade de Niagara-Falls, puis l'île Navy, puis Goat-Island qui sépare la chute américaine de la chute canadienne.
Si donc une occasion de fuir se présentait, je ne me trouverais pas en pays inconnu. Mais s'offrirait-elle, cette occasion, et, au fond, le désirais-je et en profiterais-je?... Que de secrets encore dans cette affaire, à laquelle la bonne chance — la mauvaise, peut-être — m'avait si étroitement mêlé!...
D'ailleurs, que j'eusse la possibilité de gagner une des rives du Niagara, il n'y avait guère lieu de le supposer, h' Épouvante ne s'aventurera pas sur cette rivière sans issue, et, probablement, ne se rapprochera pas du littoral de l'Erié. Au besoin, elle s'immergerait et, après avoir descendu Detroit-river, redevenant automobile sous la conduite de son chauffeur, elle suivrait les routes de l'Union.
Telles étaient les idées qui affluaient en moi, tandis que mon regard parcourait inutilement l'horizon.
Et, toujours, cette tenace question qui demeurait insoluble : Pourquoi le capitaine m'avait-il écrit la lettre menaçante que l'on sait ?... Dans quel intérêt venait-il me surveiller à Washing-
ton?... Et enfin, quel lien le rattachait au Great-Eyry ?... Qu"il ])ùt, par des canaux souterrains, s'introduire dans le lac Kirdall, soit ! Mais à travers l'infranchissable enceinte, non... cela, non !...
Vers quatre heures de l'après-midi, étant donnée la vitesse de l'Épouvante, d'une part, et sa direction, de l'autre, nous ne devions pas être à plus de quinze milles de Bulïalo, dont la silhouette ne tarderait pas à se dessiner au nord-est.
Au cours de cette navigation, si quelques bâtiments furent aperçus, ils passaient à longue distance, et, cette distance, le capitaine la tenait telle qu'il lui convenait. Au surplus, l'Épouvante était peu visible à la surface du lac, et, au delà d'un mille, difficile à apercevoir.
( Jependant, les hauteurs encadrant la pointe de l'Érié commençaient à se profiler en formant, au delà de Buffalo, cet entonnoir, par lequel l'Erié déverse ses eaux dans le lit du Niagara. Quelques dunes s'arrondissaient sur la droite, des bouquets d'arbres se groupaient çà et là. J'apercevais au large plusieurs navires de commerce ou chaloupes de pêche à voile ou à vapeur.
Le ciel se salissait par endroits de panaches fumeux que rabattait une légère brise de l'est.
A quoi donc songeait le capitaine, en se dirigeant vers ce port?... La prudence ne lui interdisait-elle pas de s'y aventurer?... Aussi, à chaque instant, m'attendais-je à ce qu'il donnât un coup de barre pour revenir vers la rive occidentale du lac... à moins qu'il n'eût l'intention de s'immerger afin de passer la nuit dans les profondeurs de l'Érié?...
Mais cette persistance à tenir le cap sur Buffalo, impossible de la comprendre !...
A ce moment, le timonier, dont les yeux interrogeaient le nordest, fit un signe à son compagnon. Celui-ci, se relevant, vint
C'est à peine si un mille nous séparait. (Page \l>9.)
au panneau central, et descendit dans la chambre des machines.
Presque aussitôt, le capitaine monta sur le pont et, rejoignant le timonier, s'entretint avec lui à voix basse.
Celui-ci, la main tendue en direction de Buffalo, indiquait deux points noirâtres qui se déplaçaient à cinq ou six milles par tribord devant.
Le capitaine regarda attentivement de ce coté; puis, haussant
les épaules, il vint s'asseoir à l'arrière, sans modifier la marche de V Épouvante.
Un quart d'heure après, je reconnus que deux fumées se dessinaient dans le nord-est. Peu à peu, la forme des points s'accusa plus nettement.
C'étaient deux steamers, sortis du port de Buffalo, qui s'approchaient avec rapidité.
Soudain, j'eus la pensée que ces steamers étaient les destroyers dont m'avait parlé M. Ward, chargés depuis quelque temps de surveiller cette partie du lac, ceux-là même dont je pouvais réquisitionner le concours.
Ces destroyers, d'un type récent, comptaient parmi les steamers les plus vites construits aux États-Unis. Mus par de puissantes machines au dernier degré de la perfection, leurs essais avaient obtenu vingt-sept milles à l'heure.
Il est vrai, l'Épouvante possédait une marche très supérieure et, en tout cas, si, serrée de trop près, la retraite eût paru impossible, il lui suffirait de s'immerger et elle serait à l'abri de toute poursuite.
En réalité, il aurait fallu que ces steamers fussent plutôt des submersibles que des destroyers pour lutter avec quelque chance de succès, et je ne sais même pas si la partie eût été égale.
Ce qui, maintenant, ne me semblait pas douteux, c'est que les commandants de ces navires avaient été prévenus, peut-être par Wells qui, dès son retour à Toledo, leur aurait expédié une dépêche.
Il paraissait évident, d'ailleurs, qu'ayant aperçu l'Épouvante, ils marchaient à toute vitesse sur elle. Et, pourtant, le capitaine, sans paraître s'en préoccuper, continuait à se diriger vers le Niagara.
Qu'allaient faire les destroyers?... Assurément, ils manœuvreraient de telle façon cpie VÉpouvante fût contrainte à s'engager
dans l'angle de L'Érié, en laissanl Buffalo sur tribord, puisque le Niagara ne lui offrait aucun passage.
Le capitaine étail venu prendre la barre, l'un des hommes à l'avant, l'autre dans la chambre des machines.
L'ordre n'allait- il pas m'être donné de rentrer dans ma cabine ?...
11 n'en fut rien, à mon extrême satisfaction, et, pour tout dire, personne ne s'occupait de moi, pas plus que si je n'eusse été à bord...
J'observais, non sans une vive émotion, l'approche des destroyers. A moins de deux milles alors, ils évoluaient de manière à tenir YEpov.va.nte entre deux feux.
Quant au Maître du Monde, sa figure ne montrait que le plus profond dédain. Ne savait-il pas que ces destroyers ne pouvaient rien contre lui... Un ordre envoyé à la machine et il les distancerait, si rapides fussent-ils!... En quelques tours de moteur, l'Epouvante serait hors de la portée de leurs canons ; et ce n'est pas dans les profondeurs de l'Erié que les projectiles iraient atteindre le sous-marin!...
Dix minutes plus tard, c'est à peine si un mille nous séparait des deux bâtiments qui nous donnaient la chasse...
Le capitaine les laissa s'approcher encore. Puis, il appuya sur la manette, et l'Épouvante, sous l'action redoublée de ses propulseurs, bondit à la surface du lac. Elle se jouait de ces destroyers, et, au lieu de revenir en arrière, continua sa marche en avant ! Qui sait si elle n'aurait pas l'audace de passer entre eux, de les entraîner à sa suite jusqu'à l'heure où, la nuit venue, ils seraient forcés d'abandonner cette poursuite inutile.
La ville de Buffalo se dessinait alors sur la rive de l'Érié. Je voyais distinctement ses édifices, ses clochers, ses élévators. 1 n peu plus au nord-ouest s'ouvrait le Niagara, à quatre ou cinq milles de distance.
Dans ces conditions, à quel parti devais-je m'arrêter?... Étant bon nageur, lorsque nous serions par le travers des destroyers, ou plutôt entre eux, ne serait-ce pas l'occasion de me jeter à l'eau, occasion qui ne se reproduirait peut-être plus ?... Le capitaine ne pourrait s'attarder à me reprendre!... En plongeant, n'aurais-je pas chance de lui échapper?... Je serais aperçu de l'un ou de l'autre navire... Qui sait si les commandants n'avaient pas été prévenus de ma présence possible à bord de l'Épouvante ?.. . Une embarcation viendrait me recueillir?...
Evidemment, les chances de succès seraient plus grandes si l'Épouvante s'engageait entre les rives du Niagara. A la hauteur de l'île Navy, je pourrais prendre pied sur un territoire que je connaissais bien... Mais, supposer que le capitaine se lancerait sur cette rivière barrée par les cataractes, cela me paraissait impossible... Donc, je résolus de laisser les destroyers s'approcher davantage, et, le moment venu, je me déciderais...
Car, faut-il l'avouer, ma décision n'était pas arrêtée... Non !... je ne pouvais me résigner, en m'échappant, à perdre toute chance de pénétrer ce mystère... Mes instincts de policier se révoltaient à cette pensée que je n'avais qu'à étendre la main pour saisir cet homme mis hors la loi !... Non !.. je ne me sauverais pas!... (J'eùt été abandonner pour jamais la partie!... 11 est vrai, quel sort m'attendait et jusqu'où m'entraînerait l'Épouvante, si je restais à bord?...
Il était six heures et un quart. Les destroyers se rapprochaient, laissant entre eux une distance de douze à quinze encablures. liÉpouvante, sans même forcer sa vitesse, ne tarderai! pas à avoir l'un sur bâbord, l'autre sur tribord.
Je n'avais pas quitté ma place. L'homme de l'avant était près de moi.
Immobile à la barre, les veux brillants sous ses sourcils con-
AU MOMENT OU L'ÉPOUVANTE EST ENTRAÎNÉE. (Page 168.)
tractés, le capitaine attendait peut-être l'instant d'en finir par une dernière manœuvre...
Soudain, une détonation retentit à bord du destroyer de gauche. Un projectile, rasant la surface des eaux, passa sur l'avant de l'Épouvante et disparut à l'arriére du destroyer de droite.
Je me redressai. Debout à mon côté, l'homme semblait guetter un sitme du capitaine...
Celui-ci ne tourna même pas la tète, et jamais je n'oublierai l'impression de mépris qui se peignait sur son visage!...
A l'instant, je fus poussé vers le panneau de ma cabine qui s'abattit sur moi, tandis que les autres panneaux se refermaient. A peine une minute s'écoula-t-elle avant que la plongée s'effectuât... Le sous-marin avait disparu sous les eaux du lac...
D'autres coups de canon éclatèrent encore, dont le sourd fracas arriva jusqu'à mon oreille. Puis tout se tut. Une vague lueur arrivait par le hublot de ma cabine. L'appareil, sans roulis ni tangage, filait silencieusement à travers l'Érié.
On voit avec quelle rapidité, avec quelle facilité aussi, s'était faite cette transformation de l'Épouvante, non moins rapide, non moins facile sans cloute, lorsqu'il s'agissait de circuler sur les routes !
Et, maintenant, qu'allait faire le Maître du Monde?... Très probablement, il modifierait sa direction, à moins que l'Épouvante, après avoir touché terre, ne dût redevenir automobile. Mais, à bien réfléchir, je pensai qu'il rallierait plutôt l'ouest, dès qu'il aurait dépisté les destroyers, et regagnerait alors l'embouchure de Detroit-river. L'immersion ne se prolongerait vraisemblablement que le temps nécessaire pour se mettre hors de portée des projectiles, et la nuit amènerait la fin de cette poursuite.
Il n'en fut pas ainsi. A peine dix minutes s'étaient-elles pas-
sées qu'une certaine agitation se produisit à bord. Des paroles échangées dans la chambre des machines se faisaient entendre. Un bruit de mécanisme les accompagnait. -Te crus comprendre qu'une avarie obligeait le submersible de revenir à la surface...
Je ne me trompais pas. En un instant, la demi-obscurité de ma cabine s'imprégnit de lumière. L'Épouvante venait d'émerger... J'entendais marcher sur le pont, dont les panneaux se rouvrirent, même le mien...
Le capitaine avait repris sa place à la barre, tandis i[uc ses deux hommes étaient occupés à l'intérieur.
Je regardai si les destroyers étaienl en vue... Oui... à un quarl de mille seulement. L'Epoueante réaperçue, ils lui donnaient déjà la chasse. Mais, celle fois, ce fut dans la direction du Niagara.
Je ne compris rien à cette manœuvre, je l'avoue. Engagé dans ce cul-de-sac, ne pouvant plus plonger par suite d'avarie, l'appareil trouverait sa route barrée par les destroyers, lorsqu'il voudrait revenir en arrière. Chercherait-il doue à atterrir, à s'enfuir, sous la forme d'automobile, soil à travers l'Etat de New- York, soit à travers le territoire canadien?...
L'Épouvante avait alors un demi-mille d'avance. Les destroyers la poursuivaient à toute vapeur, dan- des conditions défavorables, il est vrai, pour l'atteindre avec leurs pièce- de chasse.
Elle se contentait de garder cette distance. Pourtant, il lui eût été facile de l'accroître, et, à la nuit tombante, de revenir vers les parages de l'ouesl !
Déjà Buffalo s'effaçait sur la droite, et, un peu après sept heures, apparut l'entrée du Niagara. S'il s'y engageait, sachant qu'il n'en pouvait plus sortir, le capitaine aurait perdu raison... Et, au fait, n'était-il pas fou, celui qui se proclamait, qui se croyait Maître du Monde?...
Je le voyais là, calme, impassible, ne se retournant même pas pour observer les destroyers.
Du rest o, absolument déserte, cette partie du lac. Les navires, à destination des bourgades situées sur les rives «lu Niagara,
n'étant pas nombreux, aucun ne se montrait. Pas même une chaloupe de pèche ne croisait la route de l'Épouvante. En tout cas, si les deux destroyers la suivaient sur le Niagara, ils seraient bientôt contraints de stopper.
J'ai dit que le Niagara s'ouvre entre la rive américaine et la rive canadienne. D'un coté Buffalo, de l'autre le fort Érié. Sa largeur, trois quarts de mille environ, diminue aux approches des chutes. Sa longueur, de l'Erié à l'Ontario, mesure une quinzaine de lieues, et c'est en coulant vers le nord qu'il déverse dans ce dernier lac les eaux des lacs Supérieur, Michigan et Huron. Une différence de trois cent quarante pieds existe entre l'Erié et l'Ontario. La chute n'en mesure pas moins de cent cinquante. Appelée o Horse-Shoe-Fall », parce qu'elle affecte la forme d'un fer à cheval, les Indiens lui ont donné le nom de « Tonnerre des eaux », et c'est bien un tonnerre qui roule sans relâche, et dont les fracas s'entendent à plusieurs milles de da cataracte.
Entre Buffalo et la bourgade de Niagara-Falls, deux iles divisent le cours de la rivière, Pile Navy, une lieue en amont du Horse-Shoe-Fall, et Goat-Island, qui sépare la chute américaine de la chute canadienne. Sa pointe portait autrefois cette terrapine-tower, si audacieusement posée en plein torrent sur le bord même de l'abime ; on a dû l'abattre, car, avec le recul constant de la cataracte, elle eût été entraînée dans le gouffre.
Deux bourgades sont à citer le long du cours supérieur du Niagara, Schlosser de la rive droite, Chipewa de la rive gauche, précisément de chaque côté de Pile Navy. C'est à cette hauteur que le courant, sollicité par une pente de plus en plus
forte, s'accentue pour devenir, deux milles en aval, la célèbre cataracte.
^Épouvante avait dépassé le fort Érié. Le soleil se balançait à l'ouest au-dessus de l'horizon canadien, et la lune, pleine alors, sortait des brumes du sud-ouest. La nuit ne serait pas faite avant une heure.
Les destroyers, foirant leurs feux, suivaient à la distance d'un mille, sans rien gagner. Ils filaient entre ces rives ombragées d'arbres, semées de cottages, qui s'étendent en longues plaines verdoyantes.
Evidemment, VÊpouvante ne pouvait plus revenir en arrière. Les destroyers l'eussent coulée et immanquablement. Il est vrai, leurs commandants ignoraient ce que je savais, moi, c'est qu'une avarie survenue à l'appareil l'avait obligée à regagner la surface du lac, et qu'il lui était impossible de s'échapper par une nouvelle plongée. Néanmoins, ils continuaient à aller de l'avant et se maintiendraient sans doute à cette allure jusqu'à la dernière limite.
Mais, si je ne m'expliquais pas cette chasse obstinée, je ne trouvais pas d'explication à la conduite de VEpouvante. La route lui serait barrée avant une demi-heure par la cataracte. Si perfectionné que fût l'appareil, il ne l'était pas au point de pouvoir franchir le Horse-Shoe-fall, et, si le torrent l'emportait, il disparaîtrait dans ce gouffre de cent quatre-vingts pieds que les eaux ont creusé au bas des chutes. Peut-être, en accostant une des rives, aurait-il la ressource de s'enfuir sur ses roues d'automobile, en faisant du deux cent quarante à l'heure !...
Maintenant, quel parti prendre?... Tenterais-je de me sauver par le travers de l'ile Navy dont il me serait facile d'atteindre les berges à la nage?... Si je ne profitais pas de cette occasion, jamais, avec ce que je savais de ses secrets, jamais le Maitre du Monde ne me rendrait la liberté!...
Eh bien, il me parut clairemeni alors que, cette l'ois, toute fuite allait m'être interdite. Si je n'étais pas confiné dans ma cabine, j'étais du moins surveillé. Tandis que le capitaine se tenait à la barre, son compagnon près de moi ne me quittait plus des yeux. Au premier mouvement, j'aurais été saisi, enfermé... A présent, mon sort était bien lié à celui de V Epouvante.
Cependant la distance qui la séparait des destroyers était réduite, en ce moment, à quelques encablures. Est-ce donc que le moteur de l'Épouvante, par suite d'accident, ne pouvait pas donner davantage?... l'ourlant, le capitaine ne montrait aucune inquiétude, il ne cherchait point à atterrir.
On entendait les sifflements de la vapeur qui s'échappait à travers les soupapes des destroyers au milieu des panaches de fumée noire.
Mais on entendait aussi les mugissements de la cataracte à moins de trois milles en aval.
L'Epouvante filait par le bras gauche, le long de Pile Navy, dont elle eut bientôt dépassé la pointe. Un quart d'heure après apparaissaient les premiers arbres de Goat-Island. Le courant devenait de plus en plus rapide', et, si l'Épouvante ne voulait pas s'arrêter, les destroyers ne pourraient pas lui donner plus longtemps la chasse!... Et s'il plaisait à ce capitaine maudit île s'engloutir dans les tourbillons du Horse-Shoe-Fall, ils ne le suivraient pas dans l'abîme !...
En effet, des coups de sifflets retentirent, et les destroyers stoppèrent alors qu'ils n'étaient plus qu'à cinq ou six cents pieds de la cataracte. Puis, des détonations éclatant en amont, plusieurs projectiles passèrent le long de l'Épouvante sans l'atteindre...
Le soleil venait de disparaître, et, au milieu du crépuscule, la lune projetait ses rayons vers le nord. La vitesse de l'appareil, doublée de la vitesse du courant, était prodigieuse. En une
minulf, il tomberait clans ce creux noirâtre que forme en son milieu la chute canadienne...
Je regardais d'un œil terrifié ces extrêmes berges de Goat- Island; puis, à sa tête, les îlots des Trois-Soeurs, noyés sous l'embrun des eaux tumultueuse- ..
Je me relevai... j'allais me lancer dans la rivière afin de gagner l'île...
Les mains de l'homme s'appesantirent sur moi...
Soudain, un violent bruit de mécanisme, qui jouait à l'intérieur, se fait entendre. Les grandes dérives, plaquées sur les flancs de l'appareil, se détendent comme des ailes, et, au moment où YÉpouvante est entraînée dans la chute, elle s'élève à travers l'espace, franchissant les mugissantes cataractes au milieu d'un spectre d'arc-en-ciel lunaire!
Le lendemain, lorsque je me réveillai après un assez lourd sommeil, l'appareil ne taisait plus aucun mouvement. Je m'en rendis compte aussitôt : il ne roulait pas sur terre, il ne naviguait ni sur ni sous les eaux, il ne volait pas au milieu des airs. Devais-je en conclure que son inventeur avait regagné la mystérieuse retraite où jamais être humain n'avait mis le pied avant lui?...
Et alors, puisqu'il ne s'était pas débarrassé de ma personne, son secret allait-il enfin m'être révélé?...
Peut-être s'étonnera-t-on que j'eusse si profondément dormi pendant ce voyage aérien. Je m'en suis étonné moi-même, et je me demandai si ce sommeil ne fut pas provoqué par une substance soporifique mêlée à mon dernier repas... le capitaine de l'Epouvante voulant me mettre ainsi dans l'impossibilité de connaître le lieu de son atterrissement?... Tout ce que je puis affirmer, c'est qu'elle avait été terrible, l'impression que je ressentis au moment où l'appareil, au lieu d'être entraîné dans les tourbillons de la cataracte, sVnleva sous l'action de son moteur, comme un oiseau dont les larges ailes battaient avec une extraordinaire puissance !...
Ainsi, donc, cet appareil du Maître du Monde répondait à ce quadruple fonctionnement : il était à la fois automobile, bateau, submersible, engin d'aviation. Terre, eau, air, à travers ces trois
éléments, il pouvait se mouvoir, et avec quelle force, avec quelle rapidité!... Quelques instants lui suffisaient à opérer ces merveilleuses transformations!... La même machine présidait à ces locomotions diverses!... J'avais été le témoin de ces métamorphoses !... Mais, ce que j'ignorais encore, ce que je découvrirais peut-être, c'était à quelle source d'énergie puisait cet appareil, et enfin quel était l'inventeur de génie qui, après l'avoir créé de toutes pièces, le dirigeait avec autant d'habileté que d'audace!
Au moment où l'Épouvante dominait la chute canadienne, j'étais accoté contre le panneau de ma cabine. Cette claire soirée me permettait d'observer la direction que suivait l'aviateur'. 11 filait au-dessus de la rivière et dépassa Suspension-bridge, à trois nulles en aval du Horse-Shoe-Fall. C'est à cet endroit que commencent les infranchissables rapides ,\u Niagara, qui se coude alors pour descendre vers l'Ontario.
A partir de ce point, il me sembla bien que l'appareil obliquait vers l'est...
Le capitaine se tenait toujours à l'arrière. Je ne lui avais pas adressé la parole... A quoi bon?... Il ne m'eût pas répondu.
Ce cpie je remarquai, c'est que VÉpouvante gouvernait avec une surprenante facilité. Assurément, les routes atmosphériques lui étaient aussi familières que les routes maritimes et les routes terrestres.
Et, en présence de pareils résultats, ne comprend-on pas l'immense orgueil de celui qui s'était proclamé Maître du Monde?... Ne disposait-il pas d'un engin supérieur à tous autres sortis de la main des hommes et contre lequel les hommes ne pouvaient rien?... Et, en vérité, pourquoi l'eût-il vendu, pourquoi cùt-il accepté ces millions qui lui furent offerts?... Oui ! cela m'expliquait bien l'absolue confiance en lui-même qui se déga-
1 . Le mot « aviateur » s'applique à l'appareil volant comme à celui qui le conduit.
geait île toute sa personne !... Kl jusqu'où son ambition le porterait-elle, si, par son excès même, elle dégénérail quelque jour en folie ?...
Une demi-heure après l'envolée de l'Épouvante, j'étais tombé, sans m'en rendre compte, dans un complet anéantissement. Je le répète, ce! état avait dû être provoqué par quelque soporiiique. Sans doute, le capitaine ne voulaii pas me laisser reconnaître quelle direction il suivait.
I •' me, l'aviateur a-t-il continué son vol à travers l'espace, a-t-il navigué à la surface d'une mer ou d'un lac, s'est-il lancé sur les routes du territoire américain, je ne saurais le dire. Aucun souvenir ne m'est i-esté de ce qui s'est passe pendant cette nuit du 31 juillet au 1"' août.
Maintenant qu'allai! être la snite de cette aventure, et principalement, en ce qui me concernait, quelle en serait la conclusion ?...
J'ai dit qu'au moment où mon étrange sommeil avait pris lin, VÉpouv.ante paraissait être dans une complète immobilité. Pas d'erreur à ce sujet : sous quelque forme qu'il se fût produit, j'aurais ressenti ce mouvement, même à travers les airs.
Lorsque je me réveillai, j'étais dans ma cabine, où j'avais été renfermé sans m'en être aperçu, ainsi que cela s'était fait pendant la première nuitpassée à bord de YÉpouv&nte sur le lac Eric.
Toute la question était de savoir s'il me serait permis de monter sur le pont, puisque l'appareil avait atterri.
J'essayai de relever le panneau qui résista à la poussée.
« Eh ! me disais-je, est-ce que la liberté ne me sera pas rendue avant que l'Épouvante n'ait repris sa navigation ou son vol?... »
N'étaient-ce pas, en effet, les deux seules circonstances dans lesquelles toute fuite devenait impossible?...
On comprend mon impatience, mon inquiétude, ignorant combien de temps durerait cette balte terrestre.
Je n'eus pas plus d'un demi-quarl d'heure à attendre. Un bruit de barres déplacées parvint à mou oreille. Le panneau l'ut relevé du dehors. La lumière et l'air pénétrèrent à flots dans ma cabine.
D'un bond, je me retrouvai sur le pont à ma place habituelle.
Mes yeux, en un instant, eurent parcouru bout l'horizon.
UÉpouvante, ainsi que je l'avais pensé, reposait sur le sol, au fond d'un cirque mesurant de quinze à dix-huit cents pieds à sa circonférence. In tapis de gravier jaunâtre le recouvrait sur toute son étendue, où ne poussait pas une seule touffe d'herbe.
Ce cirque affectait la forme d'un ovale presque régulier, dont le grand diamètre se tendait du sud au nord. Quant à son cadre de roches, quelle était sa hauteur, la disposition de son arête supérieure?... Je ne pus en juger. Au-dessus de nou> s'amassaient des brumes très denses que les rayons du soleil n'avaient pas encore fondues. Quelques larges traînées de vapeurs pendaient jusqu'au fond sablonneux. Sans doute, le jour étaii à ses premières heures, et ce brouillard ne tarderait pas à se dissiper.
Il est vrai, j'eus l'impression qu'une température assez froide régnait à l'intérieur de ce cirque, bien que ce fût le premier jour du mois d'août. J'en concluais qu'il devait être situé dans une région élevée du Nouveau Continent... Laquelle?... Impossible de former aucune hypothèse à cel égard. En tout cas, si rapide que pût être son vol, l'aviateur n'avait pas eu le temps de traverser l'Atlantique ou le Pacifique, et, depuis notre départ. du Niagara, il ne s'était pas écoulé plus d'une douzaine d'heures.
En ce moment, le capitaine sôrtaii d'une anfractuosité, probablement quelque grotte creusée dans la base de celle enceinte, baignée de brumailles.
Parfois, à travers le brouillard, apparaissaient les silhouettes de grands oiseaux dont le cri rauque troublait le profond silence. Et qui sait s'ils ne s'étaient pas effrayés de l'arrivée de
l'épouvante dominait la chute. (Page 170.)
ce monstre aux formidables ailes, avec lequel ils n'auraient pu lutter ni en force ni en \ iles^e !
Ainsi, tout me portait à le croire, c'était ici que le Maître du Monde se retirait, lorsque ses prodigieux voyages prenaient lin... C'était ici la remise de son automobile, le port de son bateau, le nid de son engin d'aviation!... Et, maintenant, l'Épouvante reposait immobile au fond de ce cirque.
Enfin, j'allais pouvoir l'examiner, et il ne me semblait pas qu'on songeât à m'en empécber. La vérité est que le capitaine ne paraissait pas plus s'inquiéter de ma présence qu'il ne l'avait lait jusqu'alors. Ses deux compagnons venaient de le rejoindre. Ils ne tardèrent pas à entrer tous trois dans la grotte dont j'ai parlé. Je pouvais donc examiner l'appareil, — à l'extérieur du moins. Quant à ses dispositions intérieures, il est probable que j'en serais réduit aux conjectures.
En effet, sauf celui de ma cabine, les autres panneaux étaient fermés, et c'est en vain que j'essayai de les ouvrir. Après tout, peut-être était-il plus intéressant de reconnaître quel moteur employait l'Epouvante dans ses multiples transformations.
Je sautai à terre, et j'eus tout le loisir de procéder à ce premier examen.
L'appareil était de structure fusiforme, l'avant plus aigu que l'arrière, la coque en aluminium, les ailes en une substance dont je ne pus déterminer la nature. Il reposait sur quatre roues d'un diamètre de deux pieds, garnies à la jante de pneus très épais qui assuraient la douceur du roulement à toute vitesse. Leurs rayons s'élargissaient comme des palettes, et, alors que VÊpouvante se mouvait sur ou sous les eaux, elles devaient accélérer sa marche.
.Mais ces roues ne formaient pas le principal moteur. Celui-ci comprenait deux turbines Parson's, placées longitudinalement de chaque coté de la quille. Mues avec une extrême rapidité par
la machine, elles provoquaient le déplacement en sevissanl dans l'eau, et je me demandai même si elles ne s'employaieni pas à la propulsion à travers les milieux atmosphériques.
En tout cas, si l'appareil se soutenait et se mouvait en l'air, c'était grâce à ces grandes ailes rabattues, à l'étal de repos, sur ses lianes, comme des dérives. C'était donc le système du « plus lourd que l'air », appliqué par l'inventeur, - système qui lui permettait de se transporter dans l'espace avec une vitesse supérieure peut-être à celle des plus puissants oiseaux.
Quant à l'agent qui mettait en action ces divers mécanismes, ie le répète, c'était, ce ne pouvait être que l'électricité. Mais à quelle source la puisaient les accumulateurs?... Existait-il quelque part une fabrique d'énergie électrique où ils s'alimentaient?... Est-ce que des dynamos fonctionnaient dans une des cavernes de ce cirque?...
De mon examen, il résultait donc que si cet appareil faisait usage de roues, de turbines, d'ailes, je ne savais rien ni du mécanisme ni de l'agent qui les mettaient en activité. Il est vrai, à quoi m'eût servi la découverte de ce secret?... Il aurait fallu être libre, et, après ce que je connaissais, — même si peu que ce fût, — le Maître du Monde ne me rendrait pas la liberté !...
Restait, il est vrai, la possibilité de m'enfuir. Or, cette occasion se présenterait-elle jamais?... Kl si ce n'était au cours des voyages de l'Épouvante, serait-ce lorsqu'elle relâchait dans celte enceinte?...
Toutefois, première question à résoudre, où était situé ce cirque?... En quel endroit l'aviateur venait-il d'atterrir?... Quelle communication existait avec la région environnante?... Cette enceinte n'offrait-elle aucune issue au dehors?... N'y pouvait-on pénétrer qu'en franchissant ses murailles avec un appareil volant?... Et en quelle partie des États-Unis avions-nous pris terre?... Assurément, et si rapide qu'eût été son vol, en admet-