CE QUI SE PASSE DANS LE PAYS
est développé en moi à un degré cxt renie, ayant depuis quinze ans pris part à tant d'affaires diverses, souvent chargé de missions secrètes pour lesquelles j'avais un goût prononcé, il n'es! pas étonnant que mes chefs m'aient lancé dans celle invraisemblable aventure où je devais me trouver aux prises avec d'impénétrables mystères. Seulement, dès le débul de ce récit, il est indispensable que l'on me croie sur parole. A propos de ces faits prodigieux, je ne puis apporter d'autre témoignage que le mien. Si l'on ne veut pas me croire, soit ! on ne me croira pas.
Le Great-Eyry est précisément situé en un point de celte chaîne pittoresque des Montagnes-Bleues qui se profile sur la partie occidentale de la Caroline du Nord. On aperçoit assez distincte sa forme arrondie en sortant de la bourgade de Mprganton, Initie sur le bord de la Satawba-river, et mieux encore du village de Pleasant-Garden, plus rapproché de quelques milles.
Qu'est-ce, en somme, ce Great-Eyry?... Justiiie-t-il cette appellation que lui ont donnée les habitants des districts voisins île cette région des Montagnes-Bleues?... Que celles-ci aient été ainsi dénommées en raison de leur silhouette qui se teinte d'azur dans certaines conditions atmosphériques, rien de plus naturel. Mais si du Great-Eyry on a fait une aire, est-ce donc que les oiseaux de proie s'y réfugient, ailles, vautours ou condors?... Est-ce là un habitat particulièrement choisi par les grands volateurs de la contrée?... Les voit-on planer en troupes criardes au-dessus de ce repaire qui n'est accessible que pour eux?... Non, en vérité, et ils n'y sont pas plus nombreux que sur les autres sommets des Alleghanys. Au contraire même, et cette remarque a été faite qu'à de certains jours, lorsqu'ils s'approchent du Great-Eyry, ces oiseaux se montrent plutôt empressés à s'enfuir, et, après avoir décrit dans leur vol des cercles multiples, ils s'éloignent en toutes directions, non >ans troubler l'espace de leurs assourdissantes clameurs.
MAITRE DU MoXDK.
Alors, pourquoi ce nom <le Great-Eyry, et n'eût-il pas mieux valu l'appeler e cirque », tel qu'il s'en rencontre en tous pays dans les régions montagneuses? Là, en effet, entre les hautes parois qui l'entourent, doit se creuser une large et profonde cuvette... qui sait même si elle ne contient pas un petit lac, un lagon, alimenté par les pluies et les neiges de l'hiver, ainsi qu'il en existe en maint endroit de la chaîne des Apalaches à des altitudes variables, comme en divers systèmes orographiques de l'ancien et du nouveau continent?... Et ne devrait-il pas, dus à présent, figurer sous cette dénomination dans les nomenclatures géographiques?...
Enfin, pour épuiser la série des hypothèses, n'y avait-il pas là le cratère d'un volcan, et ce volcan dormait-il d'un long sommeil dont les poussées intérieures le réveilleraient quelque jour ?... Fallait-il redouter en son voisinage les violences duKrakatoaou les fureurs de la Montagne-Pelée ?... Dans l'hypothèse d'un lagon, n'était-il pas à craindre que ses eaux, pénétrant les entrailles de la terre, puis vaporisées par le feu cent rai, ne vinssent à menacer les plaines de la Caroline d'une éruption équivalente à celle de 190*2 de la Martinique?...
Or, justement, à l'appui de cette dernière éventualité, certains symptômes récemment observés trahissaient par la production de vapeurs l'action d'un travail plutonique. Une fois même, les paysans, occupés dans la campagne, avaient entendu de sourdes et inexplicables rumeurs.
Des gerbes de flammes étaient apparues de nuit.
Des vapeurs sortaient de l'intérieur du Great-Eyry, et, lorsque le vent les eut rabattues vers l'est, elles laissèrent sur le sol des traînées de cendre ou de suie. Enfin, au milieu des ténèbres, ces flammes blafardes, réverbérées par les nuages des basses zones, avaient répandu sur le district une sinistre clarté.
En présence de ces étranges phénomènes, on ne s'étonnera