‹ Maître du mondeChapitre 3 sur 20 · CE QUI SE PASSE DANS LE PAYS · texte numérisé non relu

CE QUI SE PASSE DANS LE PAYS

pas que le pays se lui abandonné à de sérieuses inquiétudes. E1 à ce* inquiétudes se joignait l'impérieux besoin de savoir à quoi s'en tenir. Les journaux de la Caroline ne cessaienl de signaler ce qu'ils appelaient « le mystère du Great-Eyry >>. Ils demandaient s'il n'était pas dangereux de séjourner dans un tel voisinage... Leurs articles provoquaient à la ibis la curiosité et les appréhensions, curiosité de ceux qui, sans courir aucun danger, s'intéressaient aux phénomènes de la nature, appréhensions de ceux qui risquaient d'en être les victimes, si ces phénomènes menaçaient la contrée environnante. Et, pour le plus grand nombre, c'étaient les habitants des bourgades de Pleasant-Garden, de Morganton et des villages ou simples fermes assez nombreuses au pied de la chaîne des Apalaches.

Assurément, il était regrettable que les ascensionnistes n'eussent pas cherché jusqu'alors à pénétrer dans le Great-Eyry. Jamais le cadre rocheux qui l'entourait n'avait été franchi, et peut-être même n'offrait-il aucune brèche qui eût donné accès à l'intérieur.

Toutefois, le Great-Eyry n'était-il donc pas dominé par quelque hauteur peu éloignée, cône ou pic, d'où le regard aurait pu parcourir toute son étendue?... Non, et, sur un rayon de plusieurs kilomètres, son altitude n'était point dépassée. Le mont Wellington, l'un des plus hauts du système des Alleghanys, se dressait à trop longue distance.

Cependant une reconnaissance complète de ce Great-Eyry s'imposait maintenant. Dans l'intérêt de la région, il fallait savoir s'il ne renfermait pas un cratère, si une éruption volcanique menaçait ce district occidental de la Caroline. Il convenait donc qu'une tentative lut faite pour l'atteindre et déterminer la cause des phénomènes observes.

Or, avant cette tentative, dont on savait les sérieuses difficultés, une circonstance se présenta, qui permettrait sans doute de

reconnaître la disposition intérieure du Great-Eyry, sans en faire l'ascension.

Vers les premiers jours de septembre de cette année, un aérostat, monté par l'aéronaute Wilker, allait partir de Morganton. En prolitant d'une luise de Test, le ballon serait poussé vers le Great-Eyry, et il y avait des chances pour qu'il passât au-dessus. Alors, quand il le dominerait de quelques centaines de pieds, Wilker l'examinerait avec une puissante lunette, il l'observerait jusque dans ses profondeurs; il reconnaîtrait si une bourbe de volcan s'ouvrait entre ses bautes roches. C'était, en somme, laprincipale question. Une fois résolue, on saurait si la contrée environnante devait craindre cjuelque poussée éruptive dans un avenir plus ou moins rapproché.

L'ascension s'effectua selon le programme indiqué. Un vent moyen et régulier, un ciel pur. Les vapeurs matinales venaient de se dissiper aux vifs rayons du soleil. A moins que l'intérieur du Great-Eyry ne fût empli de brumailles, l'aéronaute pourrait le fouiller du regard dans toute son étendue. Si des vapeurs s'en dégageaient, nul doute qu'il ne les aperçût. En ce cas, il faudrait bien admettre qu'un volcan, ayant le Great-Eyry pour cratère, existait en ce point des Montagnes-Bleue-.

Le ballon s'éleva tout d'abord à une altitude de quinze cents pieds et resta immobile pendant un quart d'heure. La luise ne se faisait plus sentir à cette hauteur, alors qu'elle courait à la surface du sol. Mais, grosse déception! l'aérostat ne tarda pas à subir l'action d'un nouveau courant atmosphérique, et prit direction vers l'est. Il s'éloignait ainsi de la chaîne et nul espoir qu'il dût y être ramené. Les habitants de la bourgade le virent bientôl disparaître et apprirent plus tard qu'il avait atterri aux environs de Raleigh, dans la Caroline du Nord.

La tentative ayant échoué, il fut décidé qu'elle serait reprise dans de meilleures conditions. En effet, d'autres rumeurs se

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reproduisirent encore, accompagnées de vapeurs fuligineuses, de lueurs vacillantes que ré\ erbéraienl les muées. On comprendra donc que les inquiétudes ne pusseni se calmer, el le pays demeurail sous la menace de phénomènes sismiques ou volcaniques.

Or, dans les premiers jours d'avril de cette année-là, voici-que les appréhensions, plus ou moins vagues jusqu'alors, curent des motifs sérieux de tourner à l'épouvante. Les journaux de la région firent promptement écho à la terrreur publique. Tout le district compris entre la chaîne et la bourgade de Morganton du1 redouter un bouleversement prochain.

La nuit du \ au 5 avril, les habitants de Pleasant-Garden turent réveillés par une commotion qui fut suivie d'un bruit formidable. De là, irrésistible panique, à la pensée que cette partie de la chaîne venait de s'effondrer. Sortis des maisons, tous étaient prêts à s'enfuir, craignant de voir s'ouvrir quelque immense abîme où s'engloutiraient fermes et villages sur une étendue de dix à quinze milles.

La nuit était très obscure. Un plafond d'épais nuages s'appesantissait sur la plaine. Même en plein jour, l'arête des Montagnes-Bleues n'eût pas été visible.

Au milieu de cette obscurité, impossible de rien distinguer, ni de répondre aux cris qui s'élevaieni de toutes parts. Des groupes effarés, hommes, femmes, enfants, cherchaient à reconnaître les chemins praticables et se poussaient en grand tumulte. De-çà, de-là, s'entendaient des voix effrayées :

« C'est un tremblement de terre !...

— C'est une éruption !...

— D'où vient-elle ?

— Du Great-Eyry... »

Et jusqu'à Morganton courut la nouvelle que des pierres, des laves, des scories, pleuvaient sur la campagne.

On aurait pu faire observer, tout au moins, que, dans le cas d'une éruption, les fracas se fussent accentués. Des flammes auraient apparu sur la crête de la chaine. Les coulées incnndescentes n'auraient pu échapper aux regards à travers les ténèbres. ()r, à personne ne venait cette réflexion, et ces épouvantés assuraient que leurs maisons avaient ressenti les secousses du sol. Il étail possible, d'ailleurs, que ces secousses fussent causées par la chute d'un bloc rocheux qui se sérail détaché des flancs de la chaine.

Tous attendaient, en proie à une mortelle inquiétude, prêts à s'enfuir vers Pleasant-Garden ou Morganton.

Une heure s'écoula sans autre incident. A peine si une brise de l'ouest, en partie arrêtée contre le long écran des Apalaches, se faisait sentira travers le rude feuillage des conifères, agglomérés dans les bas-fonds des marécages.

Il n'y eut donc pas de nouvelle panique et chacun se disposa à réintégrer sa maison. Il semblait bien qu'il n'y eûl plus rien à craindre, et, pourtant, il fardait à tous que le jour reparût.

Qu'un éboulement se fût produit, tout d'abord, qu'un énorme bloc eût été précipité des hauteurs du Great-Eyry, cela ne paraissait pas douteux. Aux primes lueurs de l'aube, il sérail facile de s'en assurer, en longeant la base de la chaine sur une étendue de quelques nulles.

Mais voici que — vers trois heures du matin - autre alerte, des flammes se dressèrent au-dessus de la bordure rocheuse. Reflétées par les nuages, e\les illuminaient l'atmosphère sur un large espace. En même temps, des crépitements se faisaient entendre.

Etait-ce un incendie qui s'était spontanément déclaré à cette place, et à quelle cause eût-il été dû?... Le feu du ciel ne pouvait l'avoir allumé... Aucun éclat de foudre ne troublait les air-... Il est vrai, les aliments ne lui eussent pas manqué. A cette hau-

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