G MAITRE GL'Ï*:H1 X
G U É R 1 N , fi part.
Pauvre bonhomme, va! (iiaut.) Quand on me prend par lo sentiment, je suis vaincu. Permettez-moi d'essuyer une larme et de vous donner lecture des actes.
A quoi bon?
G U É R I N , s'asseyant.
Oh! oh! jamais je n'ai permis à un client de signer sans avoir pris lecture de ce qu'il signait. Je suis esclave de la formalité. L'acte de vente d'abord, (u m.) « Entre les soussignés, etc., a « été fait ce qui suit : M. Desroncerets vend à M. Brénu, qui « accepte, le chàleau de Valtaneuse avec ses circonstances et « dépendances, tel au surplus qu'il se poursuit et comporte, a sans aucune réserve ni retenue... »
nESRONCE RETS.
Comment, sans aucune réserve?
Attendez donc, (disant.) « La vente est faite sous les condi- « tions suivantes. » .le passe les clauses de style. « Et, en outre, « moyennant un prix de cent mille francs que M. Desroncerels « reconnaît avoir reçu, et dont il donne, par ces présentes, « quittance entière et définitive. »
DESRONCERETS.
Vous avez la sonmie sur vous?
GUÉRIN
Oui l)ien. « Toutefois, M. Desroncerets se réserve la faculté « de rémérer pendant un an et un jour à dater de la signature « des présentes. » Comprenez- vous bien la portée de cette clause?
DESR GXCERETS.
rarrailemeiit.
ACTK PREMIER. 19
gui: iu X.
Mettons les points sur les i : c'est aiijourd'liui \o 17 st'plembre...
DESROXCERICTS.
Le 17 septembre, en êtes-vous sûr?
GUÉ RI X
Croyez bien, monsieur, que je suis dans Thabitude de ne me tromper ni d'heure, ni de quantième.
DESnOXCERETS.
C'est l'anniversaire de la naissance do ma fille, et je n'y ai pas songé !
GUÉRIX.
Vous êtes encore à temps. C'est donc aujourd'hui le 17 septembre 1862; si le 17 septembre 1863, à six heures trenteneuf minutes du soir, vous n'avez pas remboursé au père Brénu la somme de cent mille francs en espèces, la vente du château devient définitive, et vous l'aurez vendu les deux tiers de ce qu'il vaut; c'est bien compris, n'est-ce pas?
DESROXCERETS, se levant.
Oui, mon cher; mais ce remboursement ne m'inquiète pas : dans un an, mon brevet d'invention vaudra un million.
J'en doute; ce serait la première fois qu'une invention aurait enrichi l'inventeur. Rappelez-vous mes paroles. Passons au bail. « Entre les soussignés, M. Brénu , propriétaire du clià- « teau de Valtaneuse... »
DESROXCEUETS.
Pro[iriétaire?
GUÉ RIX
DamQÎ La clause de réméré est resoluloire. mais point suspensive, et vous ne pouvez continuer ii habiter votre château
(lu'ii tilic do localiiire; et puis ce bail ôte à voire marché l'ap- [jaience d'un contrat pignoratif. •
D E s R 0 N C K lî E T G.
Piiînoralif?
GUÉRI N
Oui , c'est un mot qui veut dire...
DKSRONC E RETS.
Ah! oui , piginis.
GUÉRI N
Pignon's. La location est faite moyennant un prix; de cinq mille francs.
DES liOXGERET s.
L'intérêt de cent mille francs... c'est juste.
GUÉUIN.
Et pour écarter l'apparence pignorative qui pourrait résulter de la simultanéité des actes, nous antidaterons le premier de quinze jours, si vous le voulez bien.
DESRONCERETS.
Comme il vous plaira... Pignorative !
GUÉ R IX, t'crivniit.
Le 2 septembre 1862. Signez maintenant; vous savez, le paraphe à chnque renvoi, au bas de chaque page, et d la fin votre signature entière.
DE s RONCE RETS.
Voilà qui est fait.
GUÉRIN
Gaidez un double.
D i:sr. oxci; w i: r s.
Merci. Mainlenaiit il est inulilo ([u'on nous voie eiis;''nd)le, et avec la permission do madame Cécile je vais cueillii; un bouquet pour ma fille, (n iin'ml snn cliapcnu pour sortir. )
ACTl- PHI-.MIKU. 2i
gui: Il I N.
Et votre urgent?
DESUONCKRETS.
OÙ ai-je la tête ?
GUÉRIX, lui donnant une liosse de bilNIs de bnnqao.'
Comptez.
DE su ONCE RETS.
Allons donc! (Brandissant les billets, ) AvCC Ça , mon cllOr, JC SUIS
maître du monde, (ii son.)
SCÈr^E VI.
GUÉRIN, seul, puis LOUIS.
GUE R IN, seul, rassemblant ses papiers.
Il ne pourra pas dire que je ne l'ai pas averti!... J'ai même pris ses intérêts contre lui-même avec une sorte d'indiscrt}lion... mais je ne m'en repens pjs; il \aut mieux être au delà qu'en deçà du devoir, (use 1ère.) Maintenant, puisqu'il tient absolument à se ruiner, autant que ce soit moi qui en profite... Dans un an, A'altancuse m'appartiendra et je le vendrai ce que je voudrai à madame Lecouteilier. (Entre i.ouis. ) Tiens, tiens, liens! qu'est-ce que tu viens faire ici, toi?
Moi, mon père?... Je viens prendre congé de madame Lecouteilier.
Tu disais tant ce malin que cette dernière journée appartonait tout entière à ta mère !
LOUIS
C'est elle-même qui a exigé que je \insso.
GUKRIN.
Elle exige tout ce qu'on veut, ta bonne femme de mero... Dis donc, Guéfin, e.st-ce que tu serais amoureux de madair.c Lceoutellier ?
LOUIS
Je vous jure, mon père...
G U lî R I N.
Ne t'en défends pas : c'est une femme superbe... une Vénus de Milo... (A pin-t. ) Je le parierais.
LOUIS
Je vous en prie, mon père...
Allons, jeune et beau Diinois... je |)Iaisantc.