‹ Maitre Guérin; comédie en cinq actes, en proseChapitre 28 sur 106 · ACTE DEUXIKME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIKME

MADAMK GCIÎUIN.

Et lie bien bonnes; nous l'attendons un de ces jours.

DESROXCERETS.

Tant mieux; j'aurai grand plaisir ii le revoir; j'ai beaucouji d'amitié pour lui.

Il VOUS le rend bien, je vous assure.

DESRONCERETS.

Brave garçon! je n'oublierai jamais sa conduite au moment de notre ruine. Tandis que le vide se faisait autour de nous, le capitaine (il n'était alors que capitaine) devenait l'hôte assidu de notre triste maison. J'étais au lit, malade de chagrin ; je les vois encore dans ma chambre^ elle et lui, me faisant la lecture à tour de rôle!

M A D A M E li l É R I N

Il vous aimait comme un père.

DESRONCERETS, souriant.

Comme un père ? ou comme un beau-père?

MADAME GLÉRIX.

Oh! je ne crois pas que jamais...

DESRONCERETS.

Tara, ta, ta! il ne vous a pas tout dit, et c'est une histoire assez ancienne pour qu'on en puisse parler sans conséquence. Un jour, Francine, qui ne dormait guère la nuit, s'était assoupie dans son fauteuil pendant que le capitaine lisait : je lis semblant de m'assoupir de mon côté. Le capitaine se leva sans bruit; il resta quelques instants devant ma fille, dans une contemplation pleine de tendresse; il plia le genou, baisa le bas de sa robe et sortit sur la pointe du pied. Ah! cejour-liije crus que j'avais deux enfants !

Vous lui auriez donné votre fille?

DESRONGERETS.

Avec joie! celte pensée hâta même ma guérison. Bientôt la fortune nous revint, et le capitaine disparut; je compris la fierté de cette âme délicate, et, un beau matin, j'avais pris ma canne et mon chapeau pour aller chercher le déserteur, quand ma fille me déclara qu'elle avait beaucoup d'estime et d'amitié pour lui, mais rien de plus, et qu'elle ne l'épouserait jamais... Cette déclaration inattendue renversait une espérance à laquelle je ne puis encore songer sans regrets.

Oh! bien, s'il en est ainsi, n'ayons plus de regrets ni l'un ni l'autre, monsieur Desroncerets. Ce mariage, qui me plaisait comme à vous, était devenu impossible des deux côtés.

DESRONCERETS.

Bah?

Votre retour de fortune avait changé le cœur de mon fils ; quand il vit comme mademoiselle Francine était entendue en affaires, il devint tout triste; cela contrariait ses idées; et en partant, il me dit : Il n'y faut plus penser; nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre.

DESRONCERETS.

Allons, tout est donc pour le mieux.

Je suis bien sûr que Guérin aurait été heureux avec mademoiselle Francine; mais qu'y faire? Diei. est le maître.

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