ACTE DEUXIÈME
Ci U !•: R I N , ft part-
Nicodème, va!
LOUIS
M.is j'avoue qu'une telle disproportion entre la fortune de ma femme et la mienne me gênerait beaucoup.
GUÉRIN
La disproportion contraire te gênerait encore plus, bêla! Au surplus j'ai prévu cette délicatesse; carje les comprends toutes, moi' et' je suis en train de préparer entre les plaideurs un arrangement qui mette ta susceptibililé à l'aise sans rumer madame Lecoutellier.
LOUIS
Vous êtes ma providence, mon père!
G U É R I N , à sa femme.
Je ne le lui fais pas dire.
LOUIS, prenant le bras de sa mère.
Donnez-moi un conseil : ma situation a l'égard de Cécile est assez délicate; je me demande si c'est à moi d'entamer la question.
^ GUERIN
• Dame! c'est assez le rôle de l'homme.
LOUIS
Je le sais; mais après cet héritage...
MADAME GUÉRIX.
Tu aurais l'air de lui faire sommation, n'est-ce pas?
C'est ce que je crains.
Tu n'as qu'une chose à faire : c'est de la voir venir, en lui laissant deviner le motif de ta réserve.
LOUIS
Je suis bien aise que tu sois de mon avis.
G X) É R I N , a gauche.
Si lu prends des almanachs de ta mère!...
LOUIS
Les femmes ont le tact plus fin que nous en matière de sentiment, mon père.
GUÉRIN
Le tact de ta mère, parlons-en! si tu épouses ta Cécile, ce ne sera pas sa faute.
Ah! Guérin, lu es méchant!
GUÉRIN
C'est vrai aussi,. tu ne fais que des maladresses. Tu avais bien besoin tout à l'heure, devant cette grande dame, de parler de tes recettes de ménage, de ton talent pour les soufflés... (A Louis.) Ne Ta-t-elle pas invitée à en venir goûter un? Je .suis sûr qu'elle s'en est allée faisant d'étranges réflexions sur la famille de son futur. Tu as une drôle de façon de contribuer au bonheur de ton fds ! Pleurniche, va, il est bien temps !
LOUIS
Vous êtes cruel, mon père... Ne pleure pas, ma chérie!...
MADAME GUÉRIN, sur le fauteuil prt-s de la table.
Pardonne-moi, mon pauvre enfant; je n'ai pas cru mal faire...
LOUIS, à genoux, et l'entourant de ses bras.
Te pardonner, ma chère vieille? mais je t'adore! tout ce que tu fais est bien fait, et si madame Lecoutellier était capable de rougir de toi , oh! alors, je te remercierais d'avoir fait manquer mon mariage. (Se relevant.) Mais ne t'inquiète pas : si j'aime Cécile, c'est. que son cœur est digne de comprendre le tien.
Tu es bon de me par!er comme ça.