ACTE TROISIEME
A RTHUR.
Fi donc! Est-ce qu'on dit ces choses-là? Nous avons la langue parlementaire.
CÉCILE
C'est juste. Gageons que vous aviez déjà préparé un pilic discours de circonstance?
Quelle idée! Je n'y avais pas même songé.
CÉCILE
C'est égal; récitez-le-moi toujours pour ne pas le perdre.
ARTII tR.
Vous verriez d'ailleurs que j'étais d'un goût irréprochable.
CÉCILE
Je n'en doute pas. Vous m'auriez dit?...
ARTII UR.
Mais à quoi 'oon?
CÉCILE
Vous m'auriez dit?... Allons, je vous écoute.
ARTHUR
Puisque vous le voulez, je vous aurai dit : « Belle tante, j'ai beaucoup réfléchi depuis hier; nous sommes deux écervelés de nous marier sans prendre le temps de nous connaître au point de vue de l'hyménée. C'est jouer notre bonheur pour ne pas jouer notre fortune; n'y aurait-il pas moyen de ne jouer ni l'un ni l'autre? En somme, nous nous tenons à une ditTérence de sept cent mille francs : voulez-vous la couper en deux, quitte à rapprocher un jour les deux moitiés par-devant monsieur le maire, quand nous nous connaîtrons mieux? »
Il est très-bien, votre petit discours.
ARTHUR
Il n'est pas mal.
cÉciLn:.
Et il a l'avantage de s'appliquer aux deux sexes ; Oui, beau neveu, j'ai beaucoup réfléchi depuis hier...
ARTHUR
Hein?
CÉCILE
Nous sommes deux écervelcs de jouer notre bonheur pour ne pas jouer notre fortune...
ARTHUR
Ah!
CÉCILE
Et puisqu'il y a un moyen de ne jouer ni l'un ni l'autre, je l'aecepte.
ARTHUR
Bah! Est-ce sérieux?
CÉCILE, descendant les degrés du perron.
Très-sérieux. Il ne me manquait que la rédaction, vous me l'avez fournie; je vous en suis bien reconnaissante.
ARTHUR
Mais, ventre de biche! puisque le colonel...
Permettez! Si votre explication avec lui vous rassure, elle m'inquiète, moi, et me confirme dans mes réflexions. Vous êtes charmant, mais j'ai besoin de vous étudier avant de vous accepter pour mon seigneur et maître.
ARTHUR
Alors, ce n'est pas une rupture, ce n'est qu'un ajournement? Vous me donnez la permission de vous faire la cour?
CÉCILE
El de me tourner la tèlo.