‹ Maitre Guérin; comédie en cinq actes, en proseChapitre 67 sur 106 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

plus digne d'être aimé que le colonel Guérin. Vous votiez de voir l'admirable cœur de sa mère : c'est l'image du sien. Si j'avais une sœur, je ne lui souhaiterais pas d'autre mari.

Cli CI LE , souriant.

Quelle chaleur !... Parlons de notre affaire. Vous vous souvenez qu'il y a trois ans M. Lecouteliier a voulu acheter votre château ? Croyez bien que ce n'est pas ma fiiute si l'offre n'a pas été sulTisante. J'étais honteuse pour lui de la spéculation qu'il fondait sur vos embarras. J'ai horreur du marchandage, et je vais vous en donner la preuve en me mettant à votre discrétion : j'ai envie, non, j'ai besoin de rentrer dans celte propriété qui, vous le comprenez de reste, doit faire partie de ma position dans le monde. Elle ne vous représente à vous que des frais d'entretien; elle me représente, à moi, ma naissance, ma caste, mes archives. Je suis prête à vous en donner le prix que vous fi.\erez vous-même.

FRAXCIXE.

Je n'ai pas refusé l'offre de i\I. Lecouteliier parce qu'elle était; insuffisante. Cent mille francs, dans ce moment-là, m'eussent épargné bien des sacrifices... irréparables. J'ai refusé, parce que mon père et moi nous sommes tendrement attachés à notre maison. C'est une vieille amie qui a connu tous ceux dont la mémoire nous est douloureuse et chère, et qui nous en parle sans cesse... On ne vend ni ses amitiés ni ses souvenirs.

CÉCILE

Voyons! deux cent mille francs !

FRAXCINE, sècliement.

Elle ne les vaut pas ; si nous pouvions nous en séparer, nous vous la laisserions pour cent cinquante... nous ne sommes pas des marchands.

CECILE, désappointée.

Ah! (Avec intention. ) Le coloucl m'avait pourtant dit que vous saviez le prix de l'argent.

FU ANGINE

Il VOUS a dit cela ?

CÉCILE

Voyons, ma chère amie, ne manquons pas nos destinées, faute d'un peu de confiance l'une dans l'autre. Voici l'influence que vous pouvez avoir sur, ma détermination : si vous me cédez Valtaneuse, je n'épouse pas le colonel.

FRANCINE

Vous m'affermissez dans mon refus.

CÉCILE

Peut-être : il serait moins à plaindre que vous ne le pensez. Avant de s'amouracher de moi, il avait aimé une jeune (îUe dont il s'est éloigné par un malentendu que je commence à deviner et que je serais heureuse de lui faire reconnaître ; cette jeune fille le rendrait plus heureux que moi, car elle l'aime.

F R A N CI N E , relevant les yeux.

Est-ce de moi que vous voulez parler?

Et de qui donc ?

FRANGINE

Vous vous trompez absolument. Je ne sais pas si M. Louis Guérin a jamais songé à moi; mais fùt-il libre aujourd'hui et vînt-il demander ma main, je la lui refuserais : je ne veux pas me marier.

CÉCILE

C'est votre dernier mot?

FRANCINE

Sur mon honneur.

CÉCILE

Eh bien! dites au colonel que ma main lui aiiparticnt.

FRANCINE

Ah ! dites-le-lui vous-même.

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