‹ Maitre Guérin; comédie en cinq actes, en proseChapitre 66 sur 106 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

CÉCILE

Je ne dis pas cela, madame.

MADAME GUÉ R IX

Oli! dites-le, je ne m'en offenserai pas. Je sais bien que je n'ai pas les manières du monde, et je suis trop vieille et trop bernée pour les prendre; vous auriez à chaque instant à rougir de moi... C'est tout simple, je ne vous en veux pas; je n'en veux qu'à moi-même de ne pas être la mère qu'il faudrait à un homme comme mon fils. — Hélas! j'ai fait une grosse maladie cet hiver; je ne demandais à Dieu que de ne pas mourir avant le retour de Guérin... Pourquoi m'a-t-il écoulée? Je n'aurais pas vu mon enfant malheureux à cause de moi.

CÉCILE

Je vous assure, madame, que vous vous trompez.

MADAME GCKRIN.

Non, non, je no me trompe pas! Je sens là que c'est vrai : je suis l'obstacle ! — iMais cet obstacle n'est pas insurmontable; ce n'est pas une honte d'être ma parente, je suis une honnête femme! Ce n'est qu'un ridicule; ma-is rien ne vous oblige à me montrer à vos amis... Vous emmènerez mon fils à Paris : je ne le suivrai pas, ne craignez rien. Je resterai dans mon coin de province, et l'été, si cela vous gène de m'avoir trop près de votre château... j'ai une métairie de mon père à vingt lieues d'ici, j'irai m'y installer pour faire valoir; vous direz à vos invités : Ma belle-mère est à sa terre de Frémineau... c'est le nom de la méiairie...

FRANC! X E , derrière le banc.

0 sainte femme!

CÉCILE

Je ne peux pas vous séparer de votre fils.

MADAME GUÉUIX, se levant.

Que m'importe, s'il est plus heureux sans moi ? Je n'ai pas besoin qu'il soit là pour le voir; je n'ai qu'à fermer les yeux!

CKCILE, émue, à part.

Pauvre femme ! (Haut.) Je suis très-touchée de votre démarclie, madame, tiès- touchée!... elle est aussi noble qu'intelligente; elle lève une des difTicullés de la situation, je l'avoue.

MADAME GUÉRlN.

Est-ce qu'il y en a d'autres?

CÉCILE

Je ne sais pas.

Votre décision ne dépend donc pas de vous seule?

CÉCILE

De moi en partie, mais surtout de mademoiselle Desronce rets.

FRANGINE

De moi, madame ?

Ah ! mademoiselle !

FRANGINE, à matlaine Guérin.

Soyez tranquille alors.

Adieu, madame; je vous remercie du fond de mon cœur. (Revenant.) Ne ditcs pas il mou fils que je suis venue; ne lui parlez jamais de rengai;enient que j'ai pris. Comme cela, il ne se doutera pas... Enfin, il pourra toujours vous aimer autant. Adieu, madame. Je me confie à vous, mademoiselle.

(EUe sort.)

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