SCÈNE PREMIÈRE
LOUIS, sur la porte du fond, remet son carnier et son fusil à Jean-Pierre ; MADAxME GUÉRIN, assise à droite , tricote des bas.
Qui a été bien étonnée ce matin en apprenant que lu étais l)arti pour la chasse? c'est moi.
LOUIS, l'embrassant.
J'ai mal dormi... je me suis levé à l'aube et j'ai pris mon fusil.
Que rapportes-tu ?
LOUIS , allant s'asseoir à gauche.
Une invitation à dîner... En fait de gibier, je n'ai renconlré que des cha.sseurs, entre autres le général Boissieux qui commande le département ; comme je m'excusais de ne pas être encore allé lui présenter mes devoirs, il m'a fort obligeamment ordonné de les lui présenter à table : il a aujourd'hui môme un repas d'oEQciers.
Je vais donc te voir en grande tenue I Car je sais qu'on ne dîne pas chez le général Boissieux en bourgeois.
LOUIS
Oui , il a la manie du harnais.
MADAME GUKRIN.
Est-ce vrai ce qu'on dit, qu'il a des peignoirs de bains d'ordonnance?
LOUIS
C'est un excellent homme et un très-bon militaire. ( un
silence.)
' A quoi penses-tu ?
LOUIS
A rien.
MADAME GUÉRIN, se levant.
Tu as l'air triste. '
LOUIS
Pas du tout.
MADAME GUÉRIN, lui passant un bras aulour du cou.
Va ! que tu aies ou non le château , elle t'épousera tout de même.
LOUIS, se levant.
Ça m'est bien égal ! — Pourvu que M. Desroncerets ait trouvé de l'argent chez son ami!
Oh ! il en a trouvé.
LOUIS
Je l'espère, car autrement...
DU PRÉ, valet de chambre de Desroncerets. entrant.
Pardon, madame; M. Desroncerets m'envoie prier M. Guérin de vouloir bien l'attendre.
LOUIS, stupéfait.
M. Desroncerets!... Il n'est donc pas à Strasbourg?
ACTlî CINQUIÈME. !33