Gravées par Rompoldi
point l'épais trésor de ses tresses blondes. L'influence de l'école romaine est ici très visible, et cette fresque est l'argument le plus sérieux qu'apportent quelques biographes pour supposer un séjour du peintre à l'école de Raphaël. Ce séjour n'est pas prouvé, nous l'avons dit, et la similitude des styles peut autrement s'expliquer. Les deux jeunes hommes rompant la baguette, l'un sur sa hanche, l'autre sous son pied, rappellent, par le style et par la facture, Sodoma plus encore que Raphaël. Or, les rapports de Luini avec Sodoma sont fort problématiques. Les deux peintres étaient alors l'un et l'autre en pleine floraison, l'un à Sienne, l'autre en Lombardie. L'un des deux a-t-il imité l'autre ? Lequel a commencé ? N'ont-ils fait que se rencontrer, d'abord dans l'admiration pour les mêmes maîtres, ensuite dans le développement naturel de deux tempéraments identiques? Tout est possible dans ce prodigieux tourbillon de passions actives qui emportait les hommes du xvi' siècle ; ces questions, insolubles pour nous, l'eussent été peut-être pour les contemporains.
Quoi qu'il en soit, Bernardino a, de toute évidence, apporté là des préoccupations nouvelles qui le tourmentaient moins à Milan. L'effort qu'il fait pour agrandir son style y éclate, trop ouvertement quelquefois, au point de faire regretter la grâce plus naturelle et plus simple qu'il imprime d'ordinaire à ses œuvres négligées.
Le Jésus parmi les docteurs^ d'un style moins soutenu,
d'une harmonie plus pâle, a mieux gardé l'empreinte de sa personnalité. L'enfant, déjà grand, qui se tient debout sur les degrés d'un fauteuil de marbre, accueil- . tant sa mère dans le temple, avec une dignité affectueuse, porte sur son beau visage l'expression de suave tendresse et de fine intelligence, particulière à Luini. Nous retrouvons encore le noble génie du peintre dans le caractère de délicate modestie qu'il a répandu sur toute la personne de la Vierge inclinée vers son divin Fils, dans une attitude d'extase respectueuse. Dans un coin, à droite, parmi la foule des docteurs qui conversent, Luini s'est peint lui-même, déjà très vieux et très chauve, avec une longue barbe blanche ; il conserve son air accoutumé de douceur, il sourit, et regarde ceux qui entrent, un gros livre à la main.
Les deux fresques du chœur, d'une dimension plus considérable (4"',65 de hauteur sur 2"", 70 de largeur), n'offrent pas, au même degré, le caractère un peu insolite chez Luini d'une perfection si voulue et d'un effort si manifeste. Le peintre y reprend l'aisance charmante et les libertés d'allure que nous lui connaissons, distribue ses groupes, comme il aime à faire, en petit nombre et sans confusion, plus à l'antique qu'à la moderne; on peut considérer ces deux morceaux comme des chefs-d'œuvre.
U Adoration des Mages^, qu'on voit à droite, reproduit, dans son ensemble, l'ordonnance traditionnelle