Taine, clc, t. I, p
de toute son ardeur à vingt ans est devenue aussitôt en lui une religion véritable. Il faut lire, dans la Correspondance de jeunesse^ les lettres éloquentes qu'il adresse à Paradol pour le convertir à ses croyances; il faut entendre de quel ton de tristesse passionnée il gourmande, nouveau Polyeucte, — le rapprochement est de lui, — le mobile et si cher ami qu'il veut sauver du scepticisme, et qu'il surprend en flagrant délit de « nonchalance pour la vérité » : « Regarde, mon ami, combien tu es déjà malheureux, combien cette ardeur pour l'action, cette sensualité de désirs, cette fougue irréfléchie qui erre de tous côtés, ne sachant où se prendre et cherchant à se fixer, combien tout cela afl'aiblit ton corps, ta volonté et ta pensée.... Que puis-je, sinon te donner mon exemple?... Je saurai, je croirai I Je sais déjà et je crois I Ah! si tu voulais M » Et ailleurs : u Avec mon adoration pour les vérités de raison et la confiance absolue que j'ai dans le pouvoir de l'intelligence, je ressemble à un cathohque qui ne sait parler que de rÉghse et de la foi. Mais, du moins, je puis prouver ce que j'avance ^... » Et ailleurs enfin : « Mon bon ami, que tu as raison de trouver la science mystique 1 La nature est Dieu, le vrai Dieu; et pourquoi? Parce qu'elle est parfaitement belle, éternellement vivante, absolument une et nécessaire. N'est-ce point parce que leur Dieu est tel, que les chrétiens l'aiment ? Et si nous nen voulons points c'est que ses caractères humains l'aviUssent jusqu'à en faire un roi, ou un amant.... Ceux qui nient que ce Dieu puisse être adoré ignorent les ravissements de la science.