Reproduit dans Art et Décoraiion, juillet 1902, p
2. Voir dans Art et Décoration février 1905, p. 48, et suiv., l'article de M. L. Bénéditc où ces deux vasques sont reproduites.
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soumettre au jugement public. Les Eléments, L Hiver ^ Le Jour, et la bouteille de la collection Lauth (que l'on ne saurait considérer comme une variante de L'Hiver, malgré l'identité des titres énoncés au catalogue) figurent à l'exposition tecbnologique organisée en 1884 par l'Union centrale des arts décoratifs'; puis, sans qu'on ait eu presque le loisir de les oublier, ces pièces reparaissent, la dernière exceptée, à l'Exposition universelle de 1889, alors que l'ère glorieuse s'est enfin ouverte pour Rodin.
Gherche-t-on à expliquer la conspiration du silence autour d'ouvrages aussi rares, il semble bien que les artistes, appelés à en ressentir les vives beautés, n'aient point été gens assez patients pour opérer le tri nécessaire parmi les étalages de la Manufacture; d'un autre côté leur fabrication inégale les prédestinait aux réserves, sinon à la réprobation, des spécialistes dont les jugements ne connaissent d'autre critérium que celui de la perfection tecbnique.
Les documents officiels demeurent, à cet égard, édifiants à compulser. En 1884, le nom de Rodin est cité, sans plus, par le rapporteur général de l'Union, au cours d'une énumération qui signale les praticiens de la pâte appliquée, sans marquer entre eux aucune difTérence-. Chargé d'exprimer le sentiment de la Commission de perfectionnement de la Manufacture sur la participation de notre établissement à cette
1. N°^ 47, 58, 74 et 88 du Catalogue spécial de l'exposition de la Manufacture.
•2. Revue des arls décoratifs (1884-1885), p. 258.
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même exposition, du Sartel néglige les envois de Rodin, — hormis le « seau de Pompéi » [Le Joiif); ce n'est pas que sa poésie et sa grâce trouvent à l'émouvoir; d'autres soucis l'obsèdent, et il n'a que faire de s'arrêter à l'invention : « C'est, dit-il dans son laconisme significatif, un vase décoré d'un .su/et courant, ciselé au burin, avant la mise en couverte dans une couche de pâte brune appliquée sur la porcelaine blanche. » Et, toujours bref, du Sartel conclut : « Ce premier essai d'un procédé nouveau n'a point donné le résultat qu'en attendait l'artiste. Il y aurait lieu de tenter une nouvelle expérience avant de se prononcer sur la valeur du procédé. »
Cinq années plus tard, l'indifférence n'est guère moindre. Dans la Gazette des Beaux-Arts, Edouard Garnier, c[ui parle volontiers et agréablement des pâtes rapportées de la Manufacture, loue Taxile Doat et Alfred Gobert, mais affecte d'ignorer Rodin. Pourtant, un architecte-peintre, M. Lameire, a remplacé du Sartel, en qualité de rapporteur auprès de la Commission, et ce changement ne sera pas sans déterminer un revirement dans les opinions émises. Certes, M. Lameire ne dissimule pas le préjudice causé au vase du Jouj-, par les plaques qui viennent roussir capricieusement le ton ivoire de la pièce; mais du moins prend-il soin d'ajouter, « qu'aux tares de cuisson près, l'ouvrage serait parfait^ vu le talent si précieux que M. Rodin y a dépensé. » Du vase des Eléments, il goûtera la décoration « qui forme un ravissant ensemble oii
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tout est bien compris » ; si les figures du vase de VHii>er ne lui agréent pas au même degré, c'est simplement « en raison de leur tonalité moins franche », et le talent, toujours loyalement constaté, demeure hors de cause...
En résumé, et à y bien réfléchir, il n'était guère arrivé, depuis le romantisme, qu'artiste d'aussi fière envergure se vînt mettre au service de ces industries somptuaires pour lesquelles on ne professait, vers 1880, qu'indifférence ou mépris. Les annalistes devront enregistrer l'action utile d'un Auguste Rodin, d'un Eugène Carrière, sachant activer l'œuvre de Renaissance et se dépensant tous deux selon leur idéal, et sans se connaître, à enrichir la matière de personnels et sublimes décors. Leur génie respectif n'a pas manqué de tout absorber à son profit ; secondaires au point de vue de la fabrication céramique, les créations qu'on leur doit demeurent de véritables monuments d'art et de beauté. Les pièces signées de Rodin bénéficient de l'exceptionnelle rencontre des dons les plus dissemblables : abondance de l'imagination, autorité du dessin, charme exquis du modelé; elles sont tout à la fois d'un poète et d'un coloriste infiniment sensible aux jeux de l'ombre et de la lumière; elles passionnent par l'émancipation du métier, par le grandissement de la pensée, qu'elles accusent à des moments déjà lointains de la carrière. On s'étonne et l'on s'applaudit de rencontrer tant de grâce touchante chez une âme d'autres fois si farouche, une pareille aptitude à exceller dans de minuscules
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entreprises chez le sculpteur que l'on a si souvent assimilé aux rudes imagiers de nos basiliques. Ces ouvrages, qui relèvent de la glyptique par le précieux du travail, marquent l'extrême délicatesse à laquelle Rodin sait atteindre, et ne sera-t-on pas édifié vraiment sur la mesure de ce vaste génie, si l'on songe que l'urne du Jour, avec la ceinture riante de ses fins reliefs, est sortie des mêmes mains qui pétrirent glorieusement dans l'argile le groupe monumental des Bourgeois de Calais et les figures iiéroiques de la Porte de l'Enfer?