‹ Maîtres d'hier et d'aujourd'huiChapitre 22 sur 32 · Arcliives de l'École des Beaux-Arts · texte numérisé non relu

Arcliives de l'École des Beaux-Arts

Dictionnaire Larousse; mais les excursions de Tiburce Morisot sur la terre latine ou grecque révèlent que l'orientation définitive de sa destinée n'avait pas aboli le désir de s'informer aux sources de la beauté antique. Par là s'explique qu'aucune entrave sérieuse n'ait contrarié, à son éveil, la vocation de Berthe Morisot; les divergences de vues n'éclatèrent que plus tard, lorsque l'indépendance foncière du tempérament lui vint prêter Tattitude peu bourgeoise d'une artiste en rupture avec la convention; auparavant, et dès l'adolescence, son temps s'était passé à crayonner sans relàclie, en compagnie d'une sœur aînée, joliment douée', et l'inslinct la mettait en garde et bientôt en révolte contre l'insuffisance de son premier professeur; alors, vers 1858, une heureuse fortune lui doTine pour maître Joseph Guichard, le peintre à l'esprit critique, auquel Bracquemond dédiera, en disciple reconnaissant, son beau traité Le Dessin et la Couleur. Nous savons quelle doctrine était celle de Guichard, grandi à l'école d'Ingres, et comment il attribuait à l'étude d'après le plâtre le premier rôle dans son enseignement. Sans doute aucun, la forte vertu des connaissances premières par lui inculquées ne manquera pas de raAonner et d'influer bienfaisam ment sur toute la production de Berthe Morisot.

Après un trop long délai, le prix d'un aussi rare éducateur s'imposait à la ville natale de Guichard et, en 1862, on réclamait sa direction pour les classes de

1. Des œuvres d'Edma Morisot ont figuré aux Salons de 186't, 1865, 18G6, 1867 et 1868.

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peinliirc de l'école lyonnaise. A son défaut, liertlie Morisol sollicile les avis de Corot, et le bon maître ne résiste pas à la ferveur de tant d'enthousiasme; il encourage la jeune fdle, l'invite à le rejoindre parfois à Ville-d'Avray et, tout en couvrant la toile, il cause, il s'épanche, il conseille : « Ne changez jamais le sens d'une branche, le bon Dieu l'a placée tout exprès, ])our le mieux... De l'air, mettez de l'air partout... Je ne peins pas les arbres pour le plaisir de peindre, mais pour cpie l'oiseau puisse traverser le feuillage et chanter sur la branche... » A la science du dessin que Berthe Morisot tient de Guichard va s'ajouter un sentiment nouveau des valeurs : acquisition précieuse que saura sauvegarder, s'il ne la fortifie pas, un ami de Corot et un confident de son rêve, Oudinot, dont Berthe Morisot reçoit régulièrement, durant plusieurs étés, des leçons de paysage. Dans rintcrvalle on la rencontre chez Aimé Millet, qui lui apprend à modeler, puis au musée du Louvre, dans l'instant même où Fantin-Lat£)ur, Bracquemond et Manet y travaillent assidûment ; elle se prend de passion pour le faste du coloris vénitien, copie le Cal- \>aire de Véronèse et donne du Repas chez Simon une réplique pleine de tact. Ainsi, depuis Courbet et J3egas jusqu'à Gauguin et Vincent van Gogh, sans omettre les élèves de Gustave Morcau, les artistes les plus volontiers taxés d'insurrectionnels se sont honorés à tenir commerce avec les classiques, à approfondir le secret de leur maîtrise et à en vouloir prolonger la tradition.

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