FRANÇOIS-BERNARD
Portrait de la Baronne de Dietrich, Comtesse du Ban de la Roche.
Elle est debout, presque de face, la tête penchée vers l’épaule droite ; son corsage décolleté a laissé glisser de l’épaule le feston de la chemise que retient une draperie de soie changeante, et la poitrine apparaît ferme et ronde. Une boucle brune à peine
poudrée glisse sur l’épaule droite.
La Baronne de Dietrkh, Comtesse du Ban de la Roche, était née Louise-Sibille Ochs, fille de M. Albert Ochs, membre du Grand Conseil de Bâle, et épouse de Philippe-Frédéric de Dietrich, dont le père, Jean de Dietrich, issu d’une ancienne famille patricienne de Strasbourg, avait été anobli par Louis XV, devint Comte du Ban de la Roche, Baron du Saint-Empire et membre de la noblesse immédiate d’Alsace, dont il fut directeur (Stettmeister), seigneur de Niederbronn, Reichshoffen, etc., propriétaire d'usines importantes.
Philippe-Frédéric, né en 1 74S, eut une carrière brillante et une fin tragique. Membre de l’Académie des Sciences, chevalier et secrétaire de l’ordre royal du Mérite militaire, Stettmeister de Strasbourg, commissaire du Roi et maire en 1790, il s’était senti porté, au temps de la Révolution, vers les idées nouvelles, qui lui semblaient devoir apporter des modifications heureuses dans l’organisme administratif; sa femme, d’ailleurs, en communion de pensée avec lui, l’y encourageait. Dès l’abord, il fut écouté et prit une part active à la réorganisation, sur des bases plus libérales, de la société; mais, ayant protesté contre la mort de Louis XVI, il fut décrété d’accusation, arrêté et guillotiné en 1798.
C’est chez la Baronne de Dietrich que Rouget de risle prit la première idée de la Marseillaise, qui devait d’abord s’intituler Chant de guerre de Vannée du Rhin, et qu’il la chanta pour la pre-
Haut., I mètre; larg., 75 cent.
mière fois. Une lettre de la Baronne, datée de Strasbourg, mai 1792, ne laisse aucun doute à cet égard; elle est adressée à son frère, Ochs, chancelier à Bâle :
(t Cher frère,... je te dirai que depuis quelques Jours je ne fais que copier et transcrire de la musique, occupation qui m’amuse et me distrait beaucoup, surtout dans ce moment, où partout on ne cause et ne discute que politique de tout genre. Comme tu sais que nous recevons beaucoup de monde et qu’il faut toujours inventer quelque chose, soit pour changer de conversation, soit pour traiter de sujets plus distrayants les uns que les autres, mon mari a imaginé de faire composer un chant de circonstance. Le capitaine du génie Rouget de l’Isle, un poète et compositeur fort aimable, a rapidement fait la musique du chant de guerre. Mon mari, qui est un bon ténor, a chanté le morceau, qui est fort entraînant et d’une certaine originalité. C’est du Glück en mieux, plus vif et plus alerte. Moi, de mon côté, j’ai mis mon talent d'orchestration en jeu ; j’ai arrangé les partitions sur clavecin et autres instruments. J'ai donc beaucoup à travailler. Le morceau a été joué chez nous à la grande satisfaction de l’assistance. Je t’envoie copie de la musique. Les petites virtuoses qui t’entourent n’auront qu’à la déchiffrer et tu seras charmé d’entendre le morceau.
Ta sœur,
Louise Dietrich, née Ochs. »
Collection de M. le Baron A. de Dietrich.