‹ Maîtres du XVIIIe siècle. Cent pastelsChapitre 19 sur 27 · M-"' ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

M-"' ADÉLAÏDE

Fortran de M”” CAodion, née Pajou (iy83 j.

Elle est assise de trois quarts à droite ; son visage apparaît petit, sous l'ample édifice de la chevelure poudrée, qu’égaye un ruban bleu. Son corsage décolleté, de soie gorge de pigeon, est orné sur le devant d’une gerbe de bleuets et de pervenches, retenue par un nœud de ruban bleu. Sur ses épaules, elle a noué un fichu de linon blanc. A ses oreilles pendent des boucles faites d’un anneau d’or et d’une grosse perle.

Haut., 64 cent.; larg., 53 cent.

Le mariage de Clodion avec la fille de Pajou ne fut pas heureux pour l’épouse, si l'on en croit les documents légaux.

Le mariage s’était fait à la paroisse Saint- Germain-l’Auxerrois, le 27 février 1781. Clodion avait déclaré qu’il était fils de défunt Thomas Michel, marchand traiteur et de dame Anne Adam, absente, et dont le domicile était inconnu, qu’il était sculpteur du Roi, et âgé de 42 ans. Catherine- Flore Pajou n’avait que 16 ans, lorsque son père

crut faire son bonheur en la mariant à Clodion, malgré une différence de vingt-six années.

Au bout de douze ans, qui ne furent pas exempts de querelles, le i3 pluviôse an II février 1794), Catherine-Flore Pajou demanda le divorce « pour cause d’incompatibilité d’humeur et de caractère » ; elle l’obtint. Cela se passait alors à l’audience du juge de paix. Clodion jugea inutile de se présenter. L’acte fut signé par Catherine-Flore et son frère, « Pajou fils m.

Collection de M"" Saint-Germain.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M“‘ Dangeville.

De trois quarts à droite, le masque souriant, les yeux pétillant de malice sous l’arc régulier des sourcils, le front découvert, les cheveux poudrés, coiffés bas.

Haut., 35 cent.; larg., 43 cent.

M”® Dangeville, dont le souvenir est demeuré moins vivace dans les fastes de la Comédie-Française que celui de la Clairon, comptait cependant à son époque des admirateurs fervents de son art, des admirateurs écrivains, qui ont exprimé en lignes enflammées ce qu’ils pensaient de la comédienne et aussi de la femme :

a II n’y a que vous qui ne vieillissez pas, inimitable Dangeville! écrit Bachaumout en 1762 (et c’était une déclaration grave pour les autres, qui se nommaient Clairon, Dumesnil, Gaussin, etc.). Toujours fraîche, toujours nouvelle; à chaque fois, on croit vous voir pour la première. La nature s’est plu à vous prodiguer ses dons, comme si l’art eût dû tout vous refuser, et l’art s’est efforcé de vous enrichir de ses perfections, comme si la nature ne vous eût rien accordé. Quel feu dans votre dialogue I Quelle expression dans votre scène muette ! Quelle force comique dans le moindre de vos gestes ! Quel aveugle préjugé vous refuse dans la société un esprit qui pétille dans vos yeux, qui

brille sur toute votre physionomie . »

M*'® Dangeville avait à Vaugirard une très

belle maison de plaisance, avec un parc, où, à l’occasion de sa fête, elle se plaisait à donner de fort brillantes réunions. On l’appelait la Reine de Vaugirard : il y avait dîner, concert, auxquels étaient conviés de beaux esprits comme MM. de Sainte-Foix, Lemierre, Dorât, Rochon, Duclairon, des artistes comme de Saint-Aubin, qui organisait le décor et le divertissement, et d’aimables filles de comédie, comme les demoiselles La Motte, Fannier et Drouin. Le soir, alors que les bosquets étaient illuminés, on ouvrait les portes ; le peuple était admis à venir danser et à se rafraîchir, et l’on tirait un feu d’artifice. C’étaient là des magnificences qui eussent étonné, si la belle comédienne n’avait eu auprès d’elle une amitié aussi généreuse que discrète.

En effet, dans les gazettes du temps, à la date du 16 novembre 1780, on lit une note conçue en ces termes : « M. le Duc de Praslin vient de mourir. M"® Dangeville est inconsolable de cette pene : ils vivaient ensemble depuis près d’un, demi-siècle. »

Collection de Becq de Fouquières.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Son portrait par lui-même.

De trois quarts à droite, les lèvres pincées, le regard bleu tout éclairé de malice, ses cheveux poudrés serrés par un ruban noir; il est vêtu d'un habit bleu, sur lequel joue un jabot de dentelle.

Haut., 35 cent. ; Iarg.,43 cent.

A propos de ce portrait, peut-être ne lira-t-on pas sans plaisir un billet de Voltaire à La Tour, billet qui ne se trouve pas dans toutes les éditions du philosophe. Il est daté du 22 octobre 173S.

a Je vous fais compliment, mon cher confrère dans les beaux-arts, des grands succès que vous avez à Paris. Je me flatte que vous voulez bien guider le graveur qui fait mon estampe d’après votre pastel. Quand vous voudrez venir à Cirey, vous y peindrez des personnes plus dignes que moi de vos crayons.

n On vient de me confirmer ce que vous m’avez dit à Paris, que le sieur de Bonneval était l’auteur de je ne sais quel mauvais libelle contre moi.

Mais je suis plus persuadé que jamais qu’il a fait un mensonge plus odieux encore que son libelle, quand il vous a dit que M"’® de Marmontel l’avait encouragé à cette indignité. Je ne connais M™® de Marmontel que par la réputation de ses vertus; je ne connais M. de Marmontel que par les services qu’il m’a rendus et je ne connais Bonneval que pour l’avoir vu une fois chez M™® de Prie, où il m’emprunta dix louis qu’il ne m’a jamais rendus.

)> Mandez-moi, je vous prie, quand vous pourriez venir à Cirey. Je vous embrasse et je suis de tout mon cosur, mon cher La Tour, votre très humble et très obéissant serviteur. »

Collection de M. Pierre Decourcelle.

LA TOUR

{MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de l'abbé Pommier.

Assis, la tête tournée de trois quarts à gauche, en petite perruque poudrée. Il porte sur sa robe noire négligemment déboutonnée, son rabat bordé de blanc. Physionomie pleine et joyeuse.

Haut., 45 cent.; larg., 55 cent.

L’abbé Pommyer n’était pas le premier abbé venu : conseiller au Parlement, il était abbé de Gandeiu, près Jouarre, et doyen de Reims. Il fut exilé et on le surnomma le Paysan de Gandeiu. C.-N. Cochin avait fait un médaillon de lui, qui fut gravé par Demarteau.

Le portrait de Quentin de la Tour nous incite à fouiller quelque peu les mémoires du temps, et c’est chez Bachaumont que nous allons trouver l’aliment de notre curiosité.

A la date du 11 septembre 1780, la grand’ chambre rendait un arrêt par lequel elle supprimait une lettre d’une dame Le Féron-Dubreuil, lettre dans laquelle la dite dame en appelait à l’opinion publique d’un jugement rendu contre elle et par elle considéré comme inéquitable.

L’arrêt déclarait l’imprimé scandaleux, téméraire, injurieux à la magistrature. Et Bachaumont ajoute : « Le conseiller de grand’ chambre dont il s’agit est l’abbé Pommyer, magistrat fort ignorant, fort partial et fort peu délicat et le tou-tou du pre¬

mier président dont il est le compagnon de plaisir. »

Dans une note sur le Parlement, il rappelait cependant le proverbe qu’on appliquait à l’abbé conseiller : « Les bavards sont toujours bonnes gens » (17 mai 1770).

Enfin, à la date du 6 février 1784, l’auteur des Mémoires secj-ets lui dédie ces lignes en guise d’oraison funèbre :

« L’abbé Pommyer vient de mourir. Cet événement n’aurait fait aucune sensation il y a un an, mais le rôle que ce conseiller de grand’chambre a joué dans les assemblées au sujet de la réforme de la justice, l’opiniâtreté qu’il a mise à ne point se dépanir des épices excessives auxquelles il avait porté les honoraires de sa charge, le ridicule qu’ont versé sur lui les libelles répandus à cette occasion par des anecdotes scandaleuses et reconnues très vraies, l’espèce d’exécration dans laquelle il était tombé, tout cela l’avait rendu malheureusement trop fameux. On assure que la populace a suivi et honni son convoi. »

(lollectinn de M. Pierre Decourcelle.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Porircîit de M. Diipcuch.

Il est assis sur un tabouret, près d’un chevalet d’étude et s’appuie, les bras croisés, sur le dossier d'une chaise garnie de damas broché rouge. Il est vêtu de noir et coiffé d’un bonnet de mezzetin de' même couleur, incliné sur la tempe gauche.

Sa figure rasée, aux traits accentués, est spirituellement calme.

De la main gauche croisée sur le bras droit et qui émerge d’une manche de chemise blanche à festons, il tient un mouchoir blanc.

Salon de 1739.

Haut., 78 cent. ; larg., 70 cent.

L’histoire est particulièrement avare en ce qui concerne ce peintre : on n’est même pas certain de l’orthographe de son nom; dans le testament de Jean-François de la Tour, frère de Maurice, son portrait est désigné : « Du Pouche, maître de dessin de mon frère ». Autre part, il est nommé Dupouch, Depeuche, Dupeuche.

Certes, c’est une gloire pour lui d’avoir été portraituré par La Tour ; c’est même toute sa gloire. Aucun répertoire, aucun dictionnaire, aucun livre ne nous renseigne sur ce qu’il fut. Certains doutent même — infortune plus grave encore que l’oubli — que son enseignement ait été profitable à La Tour, dont il aurait été le premier maître.

Collection de M. Georges Dormeutl.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M"'‘ de la Re^’nière.

Elle est assise de trois quarts à gauche, en costume de soie bleue dont le manteau et les manches courtes laissent apercevoir un devant de corsage et des volants de manche en dentelle.

Elle penche vers l’épaule gauche sa tête petite, aux traits fins et distingués, dont les cheveux poudrés sont coiffés bas. Un ruban noir lui sert de collier; elle tient de sa main droite un éventail et de sa main gauche un réticule d’étoffe brodée. La figure se détache sur un fond arris bleu.

Salon de lySi.

Mariette, dans l'Abeceda7-io, article La Tour, nous met au courant des difficultés auxquelles donna lieu le règlement des deux portraits des La Reynière : les lignes sont amusantes à relire, parce qu’elles nous éclairent sur un des côtés du caractère de La Tour.

« L’on sçait ce qui s’est passé entre lui (La Tour) et M. et M‘”» de la Reynière ; leurs portraits lui restèrent, parce qu’en ayant mesuré le prix sur les richesses de ceux qui s’étaient fait peindre, il eut le front d’en vouloir exiger cinq mille francs de chacun, et M. de la Reynière prit le parti de les lui laisser. Plusieurs années s’écoulèrent, après lesquelles, se lassant de voir ces deux portraits dans son atelier, il demanda qu'on les retirât et à en être payé, et il eut l’impudence d’appuyer sa demande d un exploit. De véritables amis, consultés, lui auroient fait apercevoir le risque qu’il courroit en tenant une pareille conduite ; il pouvoit être traduit vis-à-vis des arbitres, qui, jugeant du prix de ces tableaux sur le prix qu’ils mettoient aux leurs, auraient peut-être réduit à

Haut-, 79 cent.; larg., 63 cent.

deux ou trois cents écus ce qu’il estimait dix mille francs et, les juges ne pouvant prononcer autrement, il ne lui seroit resté de ses prétentions que la honte de les avoir soutenues. Mais comme les procès ont leurs désagréments, quelque bons qu’ils soient, M. de la Reynière a envisagé son repos; il a été entretenu dans cette disposition par M. de Malesherbes, son gendre. On a prié M. Silvestre, alors directeur de l’Académie de Peinture, homme prudent et sage, de donner sa décision. M. de la Reynière a ouvert sa bourse et lui a permis d’y prendre tout ce qu’il jugerait à propos, et ce n’est pas sans peine que cet arbitre judicieux a déterminé M. de la Tour, je ne dis pas à s'en rapporter à son jugement seul, car il a eu la malhonnêteté de lui témoigner de la défiance en lui donnant pour adjoint M. Restout, mais à accepter 4.800 livres, à quoi tous deux réunis ont estimé le prix des deux tableaux. S’il continue sur ce pied, qui sera assez riche pour se faire peindre par lui? ».

Collection de M. Jacques Doucet.

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LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M. Diwal de l’Épino'^.

Il est assis devant un bureau, sur lequel se trouvent un livre ouvert et une mappemonde. Le corps est de profil à gauche, la tête est tournée de trois quarts. Sous sa perruque poudrée à boucles, son visage a une extraordinaire expression de malice et d’esprit.

Il est vêtu d'un habit et d'une culotte de moire grise, sur la tonalité de laquelle chantent le bleu du gilet et la blancheur des dentelles des manches et du jabot. Ses deux mains sont abandonnées en un mouvement naturel sur les cuisses ; entre le pouce et l’index de la droite, il puise une prise dans une tabatière qu’il tient de la main gauche.

Salon de 1740 (M. de ***).

Haut., I m. 18; larg., 90 cent.

Duval de l’Épinoy ou l’Épinois fut secrétaire du Roi (à titre honorifique sans fonction) et seigneur de la terre et du marquisat de Saint-Vrain.

Mais il n’avait pas été toujours de l’Epinois. Très entendu aux affaires, ayant le flair de la spéculation, il fut un des rares hommes de son temps

que le système de Law enrichit. II était Duval tout court lorsque, en juin 1751, il maria sa fille Marie-Marguerite avec François-Pierre Dedelay de la Garde de Saint-Vrain, à qui il versa cent mille écus de dot.

Collection de M. Jacques Doucet.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Masque de femme aux cheveux noirs.

Presque de face, les joues roses, les lèvres épaisses et rouges, le menton fin, les yeux bleus légèrement cernés, le front découvert, les cheveux bruns coiffés bas et laissant échapper des frisures rebelles. La tête est indiquée sur un fond bleu.

Haut., 37 cent. ; larg., 27 cent.

D’après nos recherches à l’Arsenal, aux. Archives de Versailles et à la Bibliothèque Nationale, ce masque est très probablement celui d’une certaine demoiselle La Chanterie, née en lySo, qui eut quelques démêlés avec la police, et qui eut recours aux bons offices de La Tour pour désarmer la justice. En 1752, elle habitait faubourg Saint- Honoré et partageait ses faveurs entre deux nobles étrangers, lecomteWileskyetle baron de Jablowski. Elle était fort jolie, et, par ses relations, se faufila à rOpéra, non comme étoile, mais comme choriste, sans appointements. Le poète Martial Ténéo, qui nous donnera quelque jour la vie de cette fille, nous contait qu’elle n’émargea qu’une fois au budget du théâtre; c’était en lySq, où elle reçut huit livres dix sols, pour gratification de pain et vin, à la suite de quatre-vingt-cinq représentations. En 1756, elle paraissait encore dans les Fêles de Thalie. Elle avait fait une vive impression sur le Duc d’Orléans ; on lui prêta une liaison avec le Dauphin, mais on n’en possède point de preuve, et elle fut certainement remarquée par le Roi à Choisy. Mais ce fut en vain qu’elle espéra,

comme elle s’en vantait, devenir la favorite de Louis XV.

A l'époque où La Tour fit ce masque, La Ghanterie, qui recevait de fréquentes visites du Duc de Chartres, habitait rue Saint-Honoré, « chez le sieur La Porte, parfumeur, au premier étage, sur la rue ».

Son espoir demeura déçu, et malgré sa beauté, sa haute taille, son port majestueux et ses cheveux noirs, — elle était seule brune parmi les choristes, — elle acheva sa vie dans la tristesse de la plus déchéante galanterie.

Elle se nommait du nom de sa mère, M'*® Chaumont, mais La Chanterie se prêtait mieux à l’adjonction d’une particule inutilement rêvée.

Il est juste d’ajouter que, d’après Carapardon, elle avait quelque droit à s’appeler Marie-Louise Guénon de la Chanterie, son père, qui était vaguement écrivain, signant Guénon de la Chanterie.

Elle posa beaucoup chez les peintres, et l’Espion anglais, qui se piquait de ne rien laisser échapper qui fût intéressant, prétend qu'elle était « d’une beauté rare, ingénue, un ange femelle ».

Collectton de AI. Jacques Doucet.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de la Marquise de Rumilly.

Une tête fine, tournée de trois quarts à gauche; une expression spirituellement enjouée ; un visage allongé, terminé par un menton délicat qu’une maturité prochaine va quelque peu épaissir.

Des yeux bruns, qui jettent des regards en coulisse d’une caressante vivacité. Les cheveux, légèrement poudrés, sont relevés et dégagent le front.

Haut., 32 cent.; larg., 24 cent.

La Marquise de Rumilly descendait d’une famille dont le chef, Béraud, avait été anobli, au commencement du xvii® siècle, comme argentier de la Princesse de la Roche-sur-Yon et sous le nom de Rumilly.

Par la suite, elle eut un fils, lieutenant au régiment de Poitou, qui fut blessé et fait prisonnier à l’affaire du 24 juin 1 762, près de Cassel.

Collection de M. Jacques Doucet.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de Charles-Louis- Auguste Fouquet, Maréchal, Comte de Belle-lsle.

Il est debout, de trois quarts à gauche, en habit bleu brodé d’or sur son armure. Il porte au cou le cordon rouge de la Toison d’Or et, en sautoir, le cordon bleu du

Saint-Esprit. Il a une cravate de soie noire poudrée, nouée d’un ruban noir.

Salon de 1748.

Voltaire a écrit sur le maréchal de Belle-Isie des lignes si pondérées, qu’elles sont certainement l’expression d’un jugement sincère.

« Le maréchal de Belle-lsle, écrit-il, sans avoir fait de grandes choses, avait une grande réputation. II n’avait été ni ministre ni général et passait pour l’homme le plus capable de conduire un État ft une armée ; mais une santé trop faible détrui-

autour du cou, une perruque à marteaux

Haut., 60 cent.; larg., 49 cent.

sait souvent en lui le fruit de tant de talents. Toujours en action, toujours plein de projets, son corps pliait sous les efforts de son âme; on aimait en lui la politesse d’un courtisan aimable et la franchise apparente d’un soldat. Il persuadait sans s’exprimer avec éloquence, parce qu’il paraissait toujours persuadé. »

Ce portrait a été gravé parMellini.

Collection de M. Jacques Doucet.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de Marguerite Le Comte.

Elle s'interrompt de lire le cahier de musique qu'elle tient de sa main gauche gantée de blanc et elle relève la tête, qui apparaît presque de face.

Elle est vêtue d'un costume bleu garni de fourrure ; son corsage est décolleté. Ses cheveux poudrés portent une petite fanchon de dentelle à brides noires.

Salon de 1753.

Haut., Ô4 cent. ; larg., 5 1 cent.

Marguerite Le Comte, femme d’un procureur au Châtelet, semble avoir joué un rôle important dans la vie de Watelet. Elle était femme de grand goût, aimait les arts et les cultivait, car on possède d’elle quelques dessins et un certain nombre de gravures à l’eau-forte, notamment : une Suite de papillons, gravés et coloriés ; Jeux d'amours, trois vignettes datées de 1763; une planche pour le Daphnis de Gessner; le Portrait du Cardinal Albani, d’après Nicolas Poussin ; un Gueux debout, d’après Rembrandt; une suite de Petits paysages, datés de lySô et 1736, et enfin la Maison de Marguerite Le Comte, meunière du Moulin- Joli.

Ce Moulin-Joli était justement une habitation de plaisance où la charmante femme avait été installée, sur les bords de la Seine, par Watelet. Elle était née en 1719.

Ce n’est pas médire que de rappeler l’admira¬

tion que Watelet professait pour elle : il dessina son portrait, qui fut gravé parL. Lempereur, avec cette dénomination : Marguerite Le Comte, des Académies de Peinture et de Belles-Lettres de Rome, Boulogne et Florence.

Et Watelet, qui déposait des vers partout où il pouvait, n’a pas manqué d’aggraver son portrait de cette dédicace :

L’heureux talent de plaire, en n'y pensant jamais;

Un bon cœur, un sens droit, et le don d’être aimée;

Une humeur franche et libre embellissant les traits,

La grâce enfin à la raison unie :

Le Comte, c’est pour toi ce que nature a fait

Et que l’Art ne peut rendre en gravant ton portrait.

Le Moulin-Joli était d’ailleurs accueillant : on y donnait des fêtes et on madrigalisait ferme, en français et aussi en italien, en l’honneur de la belle meunière.

Collection de M. Jacquex Doucet.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de Giüllaume-daude de Laleu, secrétaire du Roi et notaire à Paris, né le 'j4 octobre 1-12, mort en

Celui-là n’est pas un sceptique : il est joyeux; la vie lui fut douce et paisible, dans l’atmosphère somptueuse du palais royal et en la compagnie des vieux auteurs.

En robe d’intérieur bleue, le cou à l’air, la tête prise dans un bonnet blanc, il rit de sa bonne face aimable.

Haut., 64 cent,; larg., Sa cent.

Parmi les clients qui s’étaient confiés à Guillaume Claude Delaleu, plus tard de Laleu, secrétaire du Roi et notaire à Paris, il en était un qui n’était pas toujours d’humeur accommodante et dont les comptes étaient souvent fort embrouillés : ce client se nommait Voltaire. On trouve notamment, à la date du 3o mars 1768, une lettre hérissée de chiflres, dans laquelle l’écrivain ne dissimule pas ses embarras d’argent. Il écrit :

a Le séjour, monsieur, que M'"' Denis doit faire à Paris, exige que je profite de vos bontés pour faire quelques arrangements nécessaires. Vous savez que ni M. de Richelieu, ni les héritiers de la maison de Guise, ni M. de Lezeau, ne m’ont payé depuis long-temps.

» Cela fait un vide de 8.800 livres de rente... »

Plus loin, il parle d’une somme à prendre à Genève, pour l’aider « à payer environ 20.000 livres de dettes criardes ».

Enfin, après de nombreuses indications, dont quelques-unes visent les sommes à verser à M™' Denis, Voltaire, qui écrit à son notaire avec une courtoisie non dépourvue de sécheresse, hausse le ton comme s’il voulait être entendu de toute la postérité.

« Je me flatte, écrit-il, que vous approuverez mes dispositions et que vous m’aiderez à m’acquitter des charges que les devoirs du sang et de l’amitié m’imposent ».

Collection de M. Paul Huillier.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M"" de Pompadour.

Elle est en bergère, le torse de profil à gauche, la tête tournée de trois quarts. De la main droite, et l’appuyant sur son épaule, elle tient une houlette enrubannée. Un bouquet de fleurs des champs est fixé au-devant de son corsage blanc décolleté et garni de rubans rose tendre. Son visage, où la malice est tempérée par une volonté patiente et implacable, apparaît entre le chapeau de paille à rubans roses, qui projette une ombre sur le front, et la cravate de ruban noir qui tient lieu de collier. La figure, jolie et espiègle, avec la fossette qui marque le menton, se dessine sur un fond bleu de ciel.

Haut., 54 cent.; larg., 43 cent.

On a beaucoup écrit sur M*"® de Pompadour. Les uns l’ont installée sur un piédestal; les autres se sont plu à la déchirer. Je crois que pour approcher de la vérité, il faut s’en tenir au petit cahier, écrit au jour le jour par M"* du Hausser, qui fut première femme de chambre de la favorite et, comme telle, placée dans les meilleures conditions pour tout voir et tout entendre. Femme intelligente d’ailleurs, pleine de tact, d’une rare finesse d’observation et de très bonne foi, encore qu’elle soit portée à une secrète indulgence pour sa maîtresse.

Ce qui ressort de son manuscrit, c’est que la vie fut souvent morose pour la Pompadour. En butte aux attaques qui l’égratignaient, doutant parfois de son pouvoir sur le Roi, jalouse par amour-propre plus que par amour, ayant à lutter contre des rivales qu’elle devinait, et des intrigues qui l’affaiblissaient, elle défendait son bien, sa situation, son rêve réalisé, et sa défense ne se dérobait pas toujours à des moyens peu capables de relever son prestige sans cesse menacé ; parfois, pour avoir

voulu ruser à l’excès, elle fournissait des armes à ses adversaires, qui ne se faisaient pas faute d’en user.

« Madame avait la tête vive et le cœur sensible, écrit M™® du Hausset, mais elle étoit froide à l’excès pour l’amour. »

Et autre part, c’est M"’* de Pompadour ellemême qui s’analyse dans un feuillet que M'"® du Hausset n’a garde de passer sous silence.

« Le maître est plus content de moi, s’écriet-elle, et c’est depuis que j’ai parlé à Quesnay (le médecin) sans tout lui dire. Il m’a dit que, pour avoir tout ce que je désire, il falloir avoir soin de se bien porter et tâcher de bien digérer et de faire de l’exercice pour y parvenir. Je crois que le docteur a raison, et je me sens tout autre. J’adore cet homme-là (le Roi) ; je voudrais lui être agréable. Mais hélas 1 quelquefois il me trouve une macreuse. Je sacrifierais ma vie pour lui plaire. »

Et en effet, plus d’une fois elle sacrifia sa santé en absorbant des drogues qui avaient pour but de réchauffer son tempérament sans ferveur.

Collection de M'"' la Marquise de Ganay.

LA TOUR

{MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M''“ de Mondonoille, femme du compositeur de musique.

Elle est assise, accoudée du bras gauche sur son clavecin, la tête presque de face. Son costume bleu bordé de fourrures s’ouvre sur un corsage à bouillonnés jaunes et enrichi de dentelle. Sur ses cheveux poudrés, elle a coiffé une petite fanchon noire, doublée de dentelle blanche. Sur le pupitre du clavecin se trouve un cahier de musique manuscrite qui porte comme titre : Pièce de clavecin de Madame de Mondonville.

Haut., 64 cent.; larg., 55 cent.

Si l’on en croit les gazettes du temps, Jean- Joseph Cassanea de Mondonville, né à Narbonne en 1 7 1 1 , mort à Belleville en 1 772, fut un compositeur et un violoniste réputé. Surintendant de la chapelle de Versailles et directeur du concert spirituel de 1755 à 1762, il a écrit des motets et des oratorios qui furent goûtés. Au théâtre, il a donné plusieurs œuvres : Isbé (1742), le Carnaval du Parnasse (1749), Titon et l'Aurore (1753), Daphnis et Alcimadure (1754), les Fêtes de Paphos (1758), Thésée (1767), Psyché (1769); il prit position contre l’opéra-bouffe italien en 1752 et contribua à le faire exclure de l’Opéra.

Sa femme, dont La Tour fit le portrait en des conditions assez curieuses, que Mariette rapporte avec malignité — on sait que Mariette avait eu quelques difficultés dans ses relations avec La' Tour, — était musicienne également. Elle se nommait, avant son mariage, M*'® de Boucan. Elle était la fille d’un gentilhomme fort riche, et c’est après avoir appris la musique avec Mondonville qu’elle l’épousa en 1 747.

Elle avait d’ailleurs du goût pour les arts, et s’essaya dans le dessin et la peinture.

Collection de M. Eiidoxe Marcille.

Appartient à M”'’ Henry Jahan, sa fille.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de René Frémin'

Son visage plein et rose s’encadre d’une perruque poudrée, aux boucles multiples. Il sourit. Ses yeux sont pleins de malice enjouée; son front est illuminé d’intelligence. Un jabot de dentelle joue dans l’ouverture de son gilet. Il retient sous son bras gauche son tricorne noir galonné d’or.

Il est vêtu d’un habit de velours gris mauve rosé.

Haut., 63 cent.; larg., 52 cent.

René Frémin, né à Paris en 1672, mort à Paris en 1744, avait étudié la sculpture sous Girardon et Coysevox. Il fit une carrière académique. Premier prix en 1 694, il fut reçu académicien en 1701 et passa par tous les grades de la hiérarchie, professeur, adjoint à recteur, recteur,

directeur, de 1715 à 1742. Il avait su se faire bien venir à la Cour et avait le titre d'Écuyer, secrétaire du Roi et de ses finances. Appelé en Espagne pour diriger l’Académie de Madrid, il y reçut le titre de premier sculpteur de Sa Majesté Catholique.

I. N» 45 du catalogue de l’exposition, sous ce titre : Portrait d'homme en habit de velours gris mauve rosé.

Collection de M. Eugène Kraemer.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait du peintre Si/oestre.

Il est debout, la palette au poing, de trois quarts à droite, le crâne serré dans un foulard gris, le torse puissant, vêtu d’un habit bleu à ramages fleuris.

Au fond, une toile est ébauchée sur un chevalet.

Haut., 63 cent.; larg-, 54 cent.

A propos du portrait du peintre Silvestre, les Concourt, dans l’étude qu'ils consacrent à La Tour, font une remarque qu’il est opportun de rapporter ici. C’était au Salon de lySB :

« Les amateurs, écrivent-ils, faisaient aussi grande estime du portrait de Silvestre, touché de cette façon avec laquelle La Tour semblait vouloir parler spécialement au goût des peintres. Car, presque dans toute sa longue carrière et à toutes ses expositions, il est à noter que le pastelliste eut deux manières : l’une pour le public, l’autre pour les artistes; la première fondue, la seconde libre et heurtée. La remarque en avait déjà été faite en 1741, lors du contraste entre le faire du président de Rieux et celui du nègre; en 1746, entre le

Restout visant à l’effet presque brutal par les touches posées, non mariées, du visage, et le Pàris-Montmartel, d’un travail si moelleux et si raccordé. »

Louis de Silvestre, quatrième fils d’Israël Silvestre, était né à Paris le 23 Juin 1675 et mourut le 12 avril 1760. Élève de son père, de Ch. Le Brun et de Bon Boulogne, il fut reçu académicien le 24 mars 1702 et nommé adjoint à professeur le 5 janvier 1704, professeur le 3 juillet 1706, directeur le 29 juillet 1752. Il fut premier peintre du Roi de Pologne (1724}, directeur de l’Académie de Dresde (1727) et reçut des lettres de noblesse d’Auguste III, Roi de Pologne (1742).

Collection de M. Léon MicheLLèvy.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait du Maréchal de Saxe.

Il est de face, en cuirasse, le grand cordon du Saint-Esprit passé en sautoir sur répaule gauche, l’écharpe blanche du commandement jetée sur l’épaule droite. Une cravate noire laisse à peine passer le bord du col blanc. Les cheveux poudrés sont relevés sur le front large et intelligent.

La figure se détache sur un fond de ciel d’azur où s’envole un nuage de poudre.

Haut., 58 cent.; larg., 47 cent.

Ce portrait a appartenu à M'"' Favart, à laquelle il avait été offert par le maréchal.

Puisque le hasard d’une exposition a mis une fois encore en présence Maurice de Saxe et le ménage Favart, il faut en profiter pour copier dans une vieille notice sur Favart quelques lignes qui ne sont pas à l’éloge du maréchal, mais sont cependant l’expression de la vérité.

Favart jouait au camp : la bataille était menée avec des refrains de chansons, et la courtoisie était telle entre les belligérants, que Favart avait été autorisé à aller jouer dans le camp ennemi. L’auteur de la notice continue ;

H D’abord, Favart avait sagement laissé sa femme à Bruxelles ; mais il eut l’imprudence de la faire venir au quartier-général. Le vainqueur de Fontenoi ne put voir sans émotion M™® Favart, parée de toutes les grâces de sa personne et de toutes les séductions de son jeu. Accoutumé à triompher des femmes plus facilement encore que des ennemis de l’État, et joignant aux habitudes absolues du commandement tout l’orgueil d’un sang qui avait donné des rois à la Pologne, il crut que désirer une actrice et la posséder, ce serait pour lui une même chose. La résistance inattendue de l’actrice changea presque en passion ce qui, sans cela, n’eût été peut-être qu’un goût très passager : alors il tenta d’obtenir, à titre d’homme aimable, ce qu’il n’avait pu emporter comme prince et généralissime .

» Favart, honnête homme, ne voulant pas devoir sa fortune à son déshonneur, et n’étant pas de ceux qui croient qu’un grand danger est l’excuse d’une grande infamie, Favart renvoya sa femme à Bruxelles. »

De là fureur du maréchal, qui mit toute sa puissance au service de sa vengeance. Et l’auteur de la notice ajoute, avec une raison un peu solennelle :

« La mémoire d’un grand homme, qui fut utile à la patrie, est trop respectable pour qu’on se permette de l’attaquer légèrement; mais aussi la vérité a ses droits, contre lesquels ne prescrivent ni les grands talents, ni les grands services, ni les grandes places. Il paroît constant, d’après des mémoires et des lettres originales qui ont été mis sous les yeux du public, que le maréchal de Saxe, d’une main, portoit dans l’ombre tous les coups qui frappoient les deux époux, tandis que de l’autre il sembloit vouloir les détourner. Rejetant sur d’autres tout l’odieux de la persécution, il s’affligeoit hypocritement de ce que son crédit n’étoit pas assez puissant pour secourir ses propres victimes; mais, en même temps, il ne cessoit d’employer ses agents auprès de l’un et de l’autre pour les bien persuader que leur infortune n’auroit d’autre terme que celui de leur résistance, et qu’ils seroient heureux du moment qu'ils auroient regagné ses bonnes grâces au prix que tous deux savaient bien. Favart fut inflexible . »

Mme Favart le fut moins.

Collection de M. Georges Pannier.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Son portrait par lui-même.

Dans l’ovale d’une lucarne, montrant sa face rieuse, le bras droit accoudé, il fait signe de son index levé. Son masque nerveux et volontaire est indiqué avec une extraordinaire maîtrise d’exécution. Le peintre n'y dissimule aucune de « ces traces de fatigue » dont il parle dans ses entretiens avec Diderot. Ses yeux pétillent de vivacité mordante. Il est vêtu d’un habit brun et coiffé d'un petit bonnet noir incliné sur la tempe droite.

Haut., 64 cent. ; larg., 5o cent.

On sait que Schmidt a gravé un grand nombre de portraits de La Tour : voici la description qu’il donne, dans le catalogue de son œuvre, de ce portrait célèbre du peintre, qui lui fournit l’occasion d’une de ses meilleures planches :

« Le portrait de La Tour. Il est représenté à mi-corps, regardant par une fenêtre sur laquelle il s’appuie et montre de la main gauche une porte fermée qu’on voit dans le fond ; il a la mine riante. Derrière lui, il y a un chevalet. Voici l’occasion qui lui donna l’idée de se peindre dans cette attitude. M. de la Tour avait parmi ses amis un certain abbé qui venait le voir très fré¬

quemment et passait souvent une partie de la journée chez lui, sans s’apercevoir qu’il l’incommodait quelquefois. Un jour, notre peintre, résolu de faire son propre portrait, avait fermé la porte au verrou afin d’être seul. L’abbé ne tarda pas à venir et à frapper à. la porte. M. de la Tour, qui l’entendait et qui était dans l’attitude de dessiner, fit le geste de pantomime que nous voyons dans son portrait. 11 semble se dire à lui-même : Voilà l’abbé, il n’a qu’à frapper, il n’entrera pas. Cette attitude ayant plu au peintre, il prit le parti de s’y peindre. »

Collection de M”" la Marquise de Polignac.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M'"’ de Poinpadoiir.

De trois quarts à droite, la bouche entr’ouyerte, les yeux vivants, les cheveux relevés dégageant le front et les tempes et à peine grisés d'un soupçon de poudre.

Étude pour le portrait.

Signé à gauche, en bas : Peinte par Delatour.

Pastel de forme ovale.

Haut., 3o cent.; larg., i4cent.

Collection de M’" la Marquise de Ganay.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

PortraU de la Marquise de Coure];.

La femme a l’air souriant : le petit chien garde une physionomie grave. Assise de trois quarts à gauche, la tête tournée de face, la femme est vêtue d’un costume rouge garni de fourrures. Le plastron du corsage ouvert en carré porte sur un fond blanc des petits nœuds de ruban rouge pareils à celui qui est noué autour du cou.

Une fleurette, rouge également, est fixée dans les cheveux poudrés et frisés bas. Les yeux sont tendres, le nez est fin, la bouche est spirituelle ; le menton se dessine sur un pli du cou, indice d’une maturité prochaine.

La Marquise tient sur ses genoux un petit griffon blanc, tacheté de noir, qui ouvre de grands yeux brillants.

Haut., 63 cent.; larg., Sa cent.

Ce portrait, catalogué à l’exposition comme Portrait de femme tenant un chien, est une réplique du portrait de dame Anne-Charlotte de Maillet de

Batilly, Marquise de Courcy, de par son mariage avec J.-L.-F. Roussel, Marquis de Courcy.

Collection de M. Arthur Veil-Picard.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de femme.

Elle est en sortie de bal noire, garnie de fourrure et de nœuds de ruban rouge, et elle tient de sa main gauche croisée sur la manche droite un loup de satin noir. Elle tourne de face sa tête amusante, sous sa coiffure basse aux cheveux poudrés.

Haut., 6i cent,; larg., 46 cent.

Collection de M. Veil-Picard.

>l' IHTrinv

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de Watelet, de l’Académie française.

Debout, de trois quarts à droite, le front découvert sous des cheveux poudrés coiffés à marteaux. Le personnage est vêtu d’un habit de moire grise à boutons d’or et d’un gilet bleu à boutons de même métal.

Un jabot festonné blanc flotte sur le gilet; l’homme retient son tricorne noir sous son bras gauche ployé, la main engagée dans le gilet.

Haut., 62 cent.; larg., 52 cent.

Diderot n’aimait pas Watelet : il le trouvait encombrant ; ce financier qui était artiste, et cet artiste fêté qui était un écrivain également adulé, lui semblait d’un arrivisme outré ; l’Académie française lui avait ouvert ses portes, pour un poème d’ailleurs médiocre sur VArt de pcind7'c, et l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture en avait fait un associé libre : c’était trop pour un homme seul, au regard de Diderot, et à propos d’un portrait de cet amateur heureux que Greuze exposa en 1765, Diderot, qui ce jour-Ià a la plume mauvaise, écrit :

« Il est terne : il a l’air d’être en bois; il est maussade ; c’est l’homme ; retournez la toile. »

Bachaumont n’est pas plus indulgent : Watelet s’était attaqué à la Jérusalem délivrée du Tasse, qu’il traduisait en vers, et il donnait à l'Académie périodiquement lecture de sa traduction : Bachaumont ne manque pas de dire ce qu’il en pense :

<t On sait que cet auteur a entrepris de traduire tout le poème. Il en a déjà présenté plusieurs essais aux assemblées publiques. Ce poète ne l’est pas assez, à beaucoup près, pour nous rendre toutes les beautés de l’italien. Son génie froid et aride glace l’imagination brillante et féconde de l’original. »

Heureusement, pour Watelet, que son œuvre gravé le défend mieux contre l'oubli que son œuvre littéraire ; on connaît de lui un peu moins de trois cents cuivres et notamment des médaillons d'après Cochin, qui parfois sont agréables. Il était de ces amateurs que l’eau-forte tenta et qui eurent l’art de s’y faire un nom. Et puis, si l’on en croit M™ Vigée-Lebrun, c’était un beau mondain, que les femmes de qualité tenaient à recevoir chez elles.

Il était né en 1 7 1 8 ; il mourut en 1 786.

Collection de M. Arthur Veil-Picard.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait du graveur Schmidt.

Dans un fauteuil, l’artiste est assis et vu jusqu'à mi-corps ; il est vêtu d’une robe de chambre grise à parements bleus et coiffé d'un bonnet de velours noir garni de fourrure. La main droite, le petit doigt plié, soutient la figure penchée et vue de face. La main gauche se perd sous le bras droit. Sur la table où il s’accoude, on aperçoit un papier et un porte-crayon.

A fait partie des collections Laperlier et Crosnier; a été gravé par L. Monziès.

Georges-Frédéric Schmidt, né à Schônerlinde, près de Berlin, en 1712, mort à Berlin en 1770, fut un des graveurs les plus réputés de son temps, et ses planches à l’eau-forte ou au burin sont encore fort recherchées aujourd’hui. Élève de Busch et de Larmessin, il travailla à Berlin, à Paris et à Saint-Pétersbourg. On connaît de lui plus de trois cents planches, dont un grand nombre de portraits, soit d’après ses originaux — car il était peintre également, — soit d’après Rigaud, Pesne, Muller, Vivien, J. -R. Hubert, Eriksen, Fontaine, E.-S. Chéron, Chevalier, Van Loo, L. Tocqué, B. -N. Le Sueur, Quentin de La

Tour (il a gravé le portrait du célèbre pastelliste par lui-même), C. Grandon, L. de Silvestre, Rembrandt, Liotard, Boizot, Lagrenée, Geuslain, J.-C. Fiedler, etc. On lui doit également des études de têtes, des sujets bibliques et de sainteté, des sujets mythologiques, des interprétations d’œuvres de genre d’après Lancret, Cochin le jeune, Callot, J. -B. Tiepolo et Rembrandt, des essais de paysages et des vignettes pour illustrer des livres, tels : VEssai sur l'art de jouer de la Jlùte traversi'ere, les Dialoghi sopra la Luce, les Aventures de La\arille de Tonnes, les Mémoires de Brandebourg pd-Y Frédéric II, le Palladium du même, etc.

Collection de M. Arthur Vcil-Picard.

LA TOUR

{MAURICE-QUENTIN DE

Portrait du Marquis de Courcy.

Presque de face, en habit gris ouvert sur un gilet bleu à passementerie d’or et jabot de dentelle. Son visage, aux yeux légèrement cernés, s’encadre de la perruque poudrée dont la cadenette est ramenée sur l’épaule gauche. Le personnage tient sous son bras gauche son tricorne noir à liseré d’or.

Haut., 59 cent.; larg., 49 cent.

Ce portrait, qui fut exposé comme étant celui d’un homme inconnu, est une réplique du portrait de Messire Jacques-Louis-François Roussel, Marquis de Courcy, chevalier, seigneur de Courcy, de Claireau, de Bouillancourt, d’Espenidon et d’autres lieux.

Né avant 1741, il fut capitaine au régiment de

Languedoc et s’embarqua, en avril 1755, pour le Canada, où il a fait toutes les campagnes ; blessé d’un coup de feu à la jambe à la bataille de Carillon, il prit part à la bataille de Québec, où Montcalm fut tué. Il fit également la guerre de Corse.

Collection de M. Arthur Vetl-Picard.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Masque de femme.

De trois quarts à gauche, les cheveux poudrés coiffés bas, la bouche grande aux lèvres closes, l’ovale du visage allongé.

Haut., 3i cent.; larg., 24 cent.

Collection de M""' Verdé-Delisle.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M. de Xeim/le. fermier général.

Il est assis, de profil à gauche, la tête tournée de trois quarts, en une pose naturelle. Son regard fin éclaire sa face grasse. Ses lèvres minces vont sourire. Il est vêtu d’un habit de moire gris de perle, ouvert sur un gilet bleu qui laisse flotter un jabot de batiste festonnée. Il porte la petite perruque poudrée à marteaux, nouée d’un ruban noir.

Haut., Û4 cent.; larg., Sa cent.

Dans le mouvement des fermes générales de Sa Majesté d’après l’Almanach Royal de 1744 à 1790, Antoine-Pierre Mirleau de Neuville est porté comme entré en 1740 et sorti en 1756.

Les mémoires du temps sont muets à son sujet, ce qui laisse entendre qu'il remplit sa charge sans

éclabousser ses contemporains de son luxe et sans opprimer ses taillables d’iniquités.

Il eut un fils qui fut également fermier général. De ses trois autres fils, l’un fut abbé et familier du Palais-Royal, où il égayait la cour du Duc d’Orléans ; un autre épousa la petite-fille de Jean Racine.

Collection de M. David Weill.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

l^orlrait de AL Loriot ingénieur, inventeur d'un procédé de fixage du pastel.

Il est assis de trois quarts à gauche, e tenant sur ses genoux une partie de métier

Portrait de forme ovale.

Ce Loriot était un chercheur, toujours en mal d'inventions : il construisit toute une série d’appareils et de machines; il était chimiste également et traita diverses matières en vue d’applications pratiques. C’est ainsi qu’en 1773, il avait inventé une sorte de « mastic » — c’est le mot dont il se servit dans le brevet qu’il obtint du Roi, — à l’épreuve de l'humidité et de la chaleur, mastic qui devait servir dans la toiture à remplacer les tuiles et les ardoises. C’est le Duc de Chartres qui en fit le premier l’essai. Nous savons qu’il fut aussi l'inventeur d’un procédé de fixage pour le pastel et l’exposé de ce procédé. eut les honneurs de plusieurs séances de l’Académie Royale de

. habit rouge, dans son atelier sombre, et tisser.

Haut,, 80 cent.; larg., 70 cent.

Peinture et de Sculpture ; on en parla aux séances des 8 et 29 janvier, des 5 et 26 février, du 1 8 mars, du 2g avril i 780. Loriot avait livré son secret et on lit dans le procès-verbal de l’Académie Royale du 29 avril :

« Les exemplaires du secret de M. Loriot, pour la fixation du pastel, imprimés aux frais de l’Académie et tirés au nombre de six cents, ont été distribués dans cette assemblée à chacun des membres de ladite compagnie. Deux cents ont été réservés pour M. Loriot, ainsi qu’il avait été arrêté. Le reste demeurera déposé chez le concierge, pour être délivré au public au profit de l’Académie. »

ColleciioTJ de M. Aiiî^uste Pellechet.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait de M''“ Masse.

Assise presque de face, en costume bleu garni de fourrure, au corsage décolleté et bouillonné, elle a inséré ses deux mains gantées de blanc dans un manchon de skunck. Trois volants de dentelle jouent au bord de sa manche. Elle est coiffée sur ses cheveux poudrés d'une fanchon de dentelle, retenue sous le menton par des brides et un nœud de ruban bleu.

La figure se détache sur un fond gris bleu.

Haut,, I m. la ; larg-, 96 cent.

Ce portrait a été légué par M*"® Masse à sa nièce, la Marquise de Juigné, née du Floquet de Réals, bisaïeule duMarquis de Juigné, propriétaire actuel du tableau.

M™' Masse était cousine des La Tour, qui la mentionnent dans leur testament.

Elle était née, elle-même, du Floquet de Réals

et veuve de Messire Grégoire-Nicolas-René Masse, écuyer, conseiller-secrétaire du royaume et des finances. Elle était dame de Ravannes, Écuelle, Épizy, Montigny et autres lieux.

Elle habitait à Paris, sur la paroisse Saint- Gervais, un hôtel situé rue des Juifs (aujourd’hui rue Ferdinand-Duval).

Collection de M. le Marquis de Juigné.

LA TOUR

(MAURICE-QUENTIN DE

Portrait d’Étienne Perrînet, sieur de Jars (T6y5-ryd2).

Il est debout, s’appuyant du coude contre un fauteuil, à gauche, et puisant d’un geste distrait une prise dans sa tabatière. Il est vêtu d’un habit gris fer à boutons d’or, et d’un gilet bleu qui s’ouvre pour laisser flotter un jabot de dentelle; une garniture de dentelle serre les manches au poignet. Le personnage porte l’épée à poignée d’or.

Il tourne la tête vers la gauche, et son masque au teint animé, coiffé de la perruque poudrée, a une expression de fermeté.

A gauche, une draperie grenat est relevée sur un décor architectonique. A droite,

Haut., I m. 65; larg., i m. 35.

A la suite des désordres de Law, les fermes générales étaient en régie ; en octobre 1 7 2 5 , on les afferma à une compagnie de quarante fermiers choisis, dont douze seulement appartenaient à la précédente société. Perrinet de Jars eut l’art de s’y faire maintenir, non qu’il fût rompu aux affaires financières, mais.... il avait été traiteur et il avait fourni longtemps la cave du Duc deNoailles; il n’était pas le seul, à cette époque, que la fortune eût favorisé d’une charge dorée, alors que rien dans un passé ambigu ne pouvait tenir lieu d’une préparation.

un paysage dominé par un ciel bleu.

Les seigneurs de Jars formaient un rameau de la branche de la maison de Rochechouart-Chandenier. En 1717, il y a un Marquis de Jars, dont la Duchesse de Berry fait le major de ses gardes ; mais ce de Jars semble avoir été mal dans ses affaires, et peu considéré par ses subordonnés.

Celui qui est représenté ici n’est pas de la même famille; il en avait seulement acquis les titres. Dans le mouvement des fermes générales de Sa Majesté, d’après l’Almanach Royal de 1744 à 1790, Perrinet de Jars est porté comme entré en charge en 1724, la même année que Grimod

Collection de M. le Marquis de Vogiié.

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