SIMON-BERNARD
Né à Paris en 1729, mort en 1789 ; agréé à l’Académie Royale de Peinture le 27 mai 1779; n’est pas devenu académicien; membre de l’Académie de Saint-Luc; professeur à l’Académie de Besançon, de 1786 à 1789.
Portrait de M"'° Geoffrin.
De trois quarts à gauche, en corsage blanc décolleté sous un manteau bleu bordé de fourrure. La tête aux cheveux poudrés coiffés bas est protégée par une mantille de dentelle blanche croisée sous le cou, et égayée d’un petit nœud de ruban bleu.
Signé à gauche, vers le bas et daté : Lenoir 1764.
Lenoir avait été présenté à l’Académie Royale à cinquante ans ; il avait été agréé le 27 mars 1 779, et le président lui avait confié, pour sa réception, le soin d’exécuter les portraits de Lagrenée et de Pajou. Mais il ne fut jamais reçu académicien au titre définitif. Rien ne nous renseigne sur les motifs de cette aventure. Dans les procès-verbaux de l’Académie Royale, aux années 1780 et 1781, il n’est pas fait mention que l’Académie ait manifesté à son endroit quelque impatience de ne le point voir presser ses envois. Il est vrai qu’entre temps, il était professeur de dessin à l’École de Besançon. Peut-être aussi, le peu d’empressement que les académiciens mettaient à le reconnaître des leurs venait de ce que Lenoir était membre de l’Académie de Saint-Luc, et, depuis 1771, l'Académie de Saint-Luc, avec des artistes de grand talent comme le sculpteur Mérard, l’élève de Bouchardon, pour n’en citer qu’un, brillait d'un éclat qui gênait les lauriers officiels de l’Académie Royale.
Ce portrait, catalogué à l’exposition sous le titre de : Portrait de femme (n° 63), est celui de Marie-Thérèse Rodet, femme Geoffrin {1699- 1 777). Fille d’un valet de chambre de la Dauphine, elle avait épousé un bourgeois riche, brave homme, mais dépourvu de culture intellectuelle. Elle-
Haut., 45 cent.; larg., 55 cent.
même n’avait pas reçu d’instruction, mais elle y suppléait par un esprit étincelant et par une intelligence ouverte à toutes les compréhensions. De plus, elle fut bonne, généreuse sans ostentation. Admise chez M™ de Tencin, elle s’y forma, avec sa finesse d’instinct, et lorsque M™« de Tencin fut morte, M'"' Geoffrin n’eut qu’à ouvrir les portes de son salon, pour y voir s'inscrire en familiers tout ce que le Paris littéraire et artistique comptait de délicat et de célèbre. Chez elle, on ne visait pas à la solennité, comme chez M™* de Lambert ; à la philosophie et à la médisance, comme chez Mme Deffand ; à l’esprit mordant, comme chez M'"®de Tencin; à la psychologie sentimentale et passionnelle, comme chez M”« de Lespinasse ; on y causait avec verve, on y discutait avec courtoisie, et on ne dédaignait pas d’aider d’une influence ou d’un appui qui avait besoin et méritait d’être aidé : la maîtresse de maison obéissait à sa nature en étant aimable, et l’accueil qu'elle réservait à ses hôtes était marqué d’une bienveillance affectueuse et de bon ton qui la faisait aimer d’un chacun.
Palissot, seul de ses contemporains, tenta de la ridiculiser dans ses Philosophes : elle s’en vengea spirituellement. Comme quelqu’un lui demandait si elle avait lu les Philosophes : « Ah 1 oui, fit-elle, la jolie comédie de M. Polisson 1 »
Collection de M. Pierre Decourcelle.