‹ Maîtres du XVIIIe siècle. Cent pastelsChapitre 27 sur 27 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

Né en 1727, mort en 1767 ; membre de l'Académie de Saint-Luc.

Portrait de la Marquise de Beringhen'.

Elle est assise sur un fauteuil à dossier bas, les mains croisées sur ses genoux, sa jolie figure tournée de trois quarts à droite. Un manteau rouge bordé de fourrure a glissé aux hanches, laissant à découvert la jupe bleutée et les manches garnies de dentelle. Dans l’entrebaîllement d’une pèlerine de soie noire à capuchon, nouée par un ruban bleu, on devine que le corsage est amplement décolleté. Un léger entre-deux de dentelle lui sert de collier; à chaque poignet s’arrondit un bracelet de perles.

La figure se détache sur un fond bleu.

Signé à droite, vers le milieu : Vi^ée pinxit.

ilaut., 97 cent. ; larg., 83 cent.

I. N® iiG du catalogue de l’exposition, sous ce titre : Portrait de femme.

Collection de M. de Saint-Alary.

VIGÉE

(Loais)

Portrait du Fermier général A.-J.-J. Le Riche de la Poupelinière.

Un épicurien, dont le regard a de la malice et dont la bouche aux lèvres fines est experte à manier l'ironie. Sous sa perruque poudrée, le visage est modelé avec une verve incisive.

Le gilet rose, à broderies d'or, chante sous l’habit de soie gorge de pigeon.

Sous le bras gauche ployé, la main dans le jabot, il écrase négligemment son feutre noir. La figure s’épanouit sur un fond bleu pâle.

Haut., G3 cent.; larg., 54 cent.

Aujourd’hui, La Poupelinière est peut-être plus connu du public par le recueil scabreux des Mœurs du siècle, que comme fermier général et comme amateur.

Et pourtant, en son temps, il était de ceux dont on fêtait « le commerce aimable et la vertu ». Quand Voltaire parle de lui, il lui décerne avec prodigalité l’épithète louangeuse etlemotqui flatte. Bachaumont lui-même, dans les Mémoires secrets, revient plusieurs fois sur le fermier général avec une bienveillance marquée. A la date du 17 juillet

1762, il écrivait :

« M. de la Poupelinière, cet homme rare, tout à la fois Plutus, Mécène et Apollon, continuoit cette année à représenter dans son superbe château de Passy des comédies, des opéras de sa façon et de celle des autres. Sa digne moitié les jouoit dans la suprême perfection... »

Et il aura suffi qu’après sa mort, survenue en

1 763, on ait trouvé chez La Poupelinière un livre, jamais distribué, et illustré avec une franchise débordante et... sans restriction, pour qu’il s’attachât à sa réputation une tare de libertinage. Bachaumont lui-même retire ses louanges d’antan et met quelque malice à indiquer que le Roi voulut posséder le fameux livre. Il écrit :

«... Ce vieux paillard (La Poupelinière), s’est délecté à faire cette œuvre licencieuse. Il n’y en a que trois exemplaires existans ; ils étoient sous les scellés. Un d’eux est orné d’estampes en trèsgrand nombre : elles sont relatives au sujet, faites exprès et gravées avec le plus grand soin. Il en est qui ont beaucoup de figures, toutes très finies. Enfin, on estime cet ouvrage, tant pour sa rareté que pour le nombre et la perfection des .tableaux, plus de vingt mille écus. Lorsqu’on fit cette découverte, M"' de Vandi, une des héritières, fit un cri effroyable et dit qu’il falloit jetter au feu cette production diabolique. Le Commissaire lui représenta qu’elle ne pouvoit disposer seule de cet ouvrage, qu’il falloit le concours des autres héritiers; qu’il estimoit convenable de le remettre sous les scellés, jusqu’à ce qu’on eût pris un parti, ce qui fut fait. Ce Commissaire a rendu compte de cet événement à M. le Lieutenant général de Police, qui l’a renvoyé à M. de Saint-Florentin. Le ministre a expédié un ordre du Roi, qui lui enjoint de s’emparer de cet ouvrage pour S. M., ce qui a été fait. »

La Poupelinière, sans s’en douter, avait fait du Roi un bibliophile.

Collection de M. Georges Petit.

Page 1