JOSEPH
Né à Nancy le s6 juin lySy, mort subitement sur la route de Saint-Denis à Paris, le 24 juillet i8oa ; élève unique de La T our ; premier peintre de la Reine Marie-Antoinette ; membre de l’Académie Impériale de Vienne ; membre de l’Académie de Saint-Luc, à Paris.
Fait Baron après 1769, date où il fut envoyé par Choiseul à Vienne, pour faire le portrait de l’Archiduchesse Marie-Antoinette.
Soj? portrait par lui-même.
Le torse de profil à gauche, la tête tournée de trois quarts; un masque modelé et intense; de la vie et de l’esprit; des yeux qui pensent; un nez qui aspire l’air; une bouche qui va rire ; un menton dont la fossette sourit : tout est gaîté, tout est joie, dans cette figure au front intelligent et puissant.
Les cheveux, rejetés en arrière, trop poudrés, ont blanchi le col de l’habit gris, ouvert sur un gilet à rayures bleues, qu’éclaire le jabot de la cravate blanche.
La figure se détache sur un fond gris. Portrait de forme ovale.
En 1768, Jeanne Vaubernier, depuis la du Barry, venait de s’imposer à la faveur du Roi, et M. de Choiseul ne voyait pas sans .mauvaise humeur la nouvelle favorite prendre chaque jour plus d'empire sur l’esprit de son royal amant. Elle n’avait pas encore été présentée officiellement à la Cour, et le ministre, ainsi que Mesdames, filles du Roi, qui pourtant détestaient le ministre, s’entendaient pour retarder cette présentation.
Mesdames avaient imaginé de pousser le Roi à une nouvelle union légitime avec l’Archiduchesse Élisabeth. Sans se prononcer affirmativement, le Roi avait consenti à ce qu’on envoyât à Vienne un peintre pour portraiturer l’Archiduchesse et toute sa famille : on avait choisi Drouais. Mais Drouais ne pouvait accepter : il était occupé à
faire plusieurs portraits de la du Barry ; il s’en tira, d’accord avec le Roi, en demandant quatrevingt mille livres ; ce chiffre parut excessif : c’est ce que voulait le peintre.
Alors on expédia Ducreux : il était fin; il avait de l’esprit et du talent ; il savait écouter et il comprenait : il n’eut pas de peine à démêler qu’un mariage du Roi avec l’Archiduchesse Élisabeth ne se ferait jamais, mais que celui de l'Archiduchesse Marie-Antoinette avec le Dauphin était certain, et il commença par le portrait de celle-ci : il sut l’intéresser, l’amuser même pendant les séances qu’elle lui accorda, et lorsqu’il repartit pour Paris, il était membre de l’Académie Impériale de Vienne, et il avait la promesse qu’il serait « premier peintre a de la future Reine.
Collection de M. le Baron A. de Fleury.