DUPLESSIS
(JOSEPH-SIFREIN)
Né à Carpentras le 23 septembre 1725, mort à Versailles le ii germinal an X. élève de son père, Joseph-Guillaume Duplessis, dit le Vieux, du Père chartreux J. -G. Imbert et de Subleyras; agréé à l’Académie Royale le 29 juillet 1769; académicien le 6 avril 1774 ; conseiller le 8 janvier 1780; agréé à l'Académie de Saint-Luc; directeur des Galeries de Versailles.
Portrait de Gluck.
Il est vu de face, ses yeux bleus levés, brillants d’inspiration. Son visage plein, que l’âge a déjà marqué de sillons, s'encadre de cheveux souples et poudrés. Il est vêtu d'un habit de soie bleu paon, qui s'ouvre sur une chemise blanche à jabot.
Forme ovale.
Étude faite sur nature pour le grand portrait où Glück est représenté improvisant au clavecin, portrait qui fut plusieurs fois gravé, et notamment par Miger.
A l’époque où fut fait ce portrait, on venait de représenter à Paris Iphigénie, grâce à l’appui de la Dauphine. Le musicien allemand aurait en effet sollicité en vain la représentation à l’Opéra, si la Dauphine ne s'en était point mêlée et n’avait accordé sa protection au maître, à qui elle avait, en outre, « donné ses entrées à toute heure ». Donc, le 10 avril 1774, on répéta généralement l’opéra, et Bachaumont est plein d’enthousiasme. Parlant de la première prochaine, il écrit : « On attend ce jour-là avec la plus grande impatience. On ne doute pas qu’il ne fasse époque dans notre Musique. Celle-ci, au gré de tous les connaisseurs, est remarquable par une grande expression ; l’auteur donne à chaque passion son langage et son accent. Il est si pénétré lui-même de son ouvrage, qu’il ne voit, n’entend rien sur la scène que ses personnages, qu'il s’agite et se démène avec des accès convulsifs, indices certains du démon dont il est obsédé. Au surplus, l’exécution a été admirable et les acteurs, emportés eux-mêmes
par le génie du musicien, jouent merveilleusement bien ».
Or, voici que le 21 avril tout est changé : la foule se rue au théâtre, les places font prime, mais Bachaumont, tout en admirant la déclamation lyrique, déclare que Glück n’a pas eu le succès complet que ses partisans annonçaient. « On peut même attribuer en grande partie les applaudissements qui lui ont été prodigués à l’envie du public de plaire à Madame la Dauphine.... En convenant qu’il y a de belles choses dans l’opéra d’Iphigénie, des morceaux sublimes, on trouve qu’il y en a de très médiocres et d’autres très plates. Les airs de ballet sont absolument négligés, et l’on sait que cette partie est essentielle à Paris. Les décorations sont pitoyables ; en un mot, l’accessoire est manqué ». Que s’était-il donc passé ?
La Comtesse du Barry, poussée par des partisans maladroits, venait de se piquer de rivalité d’art avec la Dauphine; elle faisait venir d’Italie Piccini, et elle ne voulait pas le triomphe de Glück. Et Bachaumont avait senti son enthousiasme s’éteindre, comme une lanterne falote.
Collection de M. Doistau.