CHAPITRE IT
Évolution et pronostic de la maladie.
L'évolution de la maladie, depuis la chute des dents jusqu'à l’époque des perforations, varie entre 1 et 7 ans. La chute débute par le maxillaire supérieur, indifféremment à droite ou à gauche ; indifféremment -aussi par les incisives, les canines ou les molaires. Elle est tout à fait spontanée. Les dents branlent et tombent d’une seule pièce. Le malade les cueille pour ainsi dire, Quelques-uns en ontperdu 3, 4 à la fois en une heure. — Les perforations s’établissent avant que la chute soit complète : elle peut même Continuer et les perforations rester stationnaires.
La perforation une fois faite progresse-t-elle ou bien reste-telle au même point ? On ne peut être ici très affirmatif, les cas publiés avant nous n'ayant pas été suivis; ceux que l’on à publiés après, élant trop récents. Voici pour notre part, ce que nous avons pu constater.
Notre premier malade avait, en 1890, deux perforations qui
- permettaient d'introduire le médius. En 1892, son mal n'avait pas augmenté, Le deuxième, observé en 1893, el revu ces jours
derniers est absolument dans le même état. Son mal peut être considéré comme arrêté, le malade se sert toujours du même dentier obturateur. Quant au troisième, ses perforations au-
IL semble donc que ces perforalions, pour être progressives,
s'arrêtent à un certain moment. Mais leur guérison, est impossible, la perforation ne se répare jamais.
Ce qu'il y a de très important encore, au point de vue du pro-
nostic, c’est d'établir les relations qui unissent cette affection à la syphilis ou àl’ataxie. C'est là un point que les auteurs ont
AS
négligé jusqu'ici, et qu'il est cependant indispensable de connaître. C’estce que nous allons essayer de déterminer.
Les premiers observateurs considéraient cette affection comme syphilitique. C’est ce que notre maître, M.le professeur Duplay, nous disait un jour : c'était l'opinion qui avait cours jusque vers 1880.
Et cependant, il nous est permis d’écrire ici, sans empiéter sur le chapitre de pathogénie, que non seulement la syphilis n’est pas constante, chez tous les malades, mais, qu’au point de vue de la lésion locale, la vérole est un élément de pronostic négligeable. En effet, les accidents syphilitiques peuvent se montrer, s'arrêter, reparaître, sans que les perforations s'en ressentent. De plus, le traitement antisyphilitique n'arrête pas la chute des dents, ni l'extension des perforations. Et cela, parce que l'affection n’est pas de nature syphilitique, ainsi que nous le verrons plus loin.
L’ataxie, par contre, joue un certain rôle au point de vue du pronostic : mais ce rôle a une importance très variable suivant les malades. En effet, les uns sont des tabétiques avérés, anciens, des tabétiques céphaliques. Il s’ensuit que le pronostic des ulcérations buccales s’efface devant celui de l’ataxie. Tel le malade que nous avons observé chez M. le professeur Proust et qui fut tranféré à Saint-Anne (1).
D’autres sont réellement ataxiques, mais ne présentent pas de symptôme tabétique inquiétant. Ils mourront comme les tabétiques meurent, ou lentement par leur tabes, ou rapidement d’une affection intercurrente, comme les malades de Dubrueil et de Galippe.
Enfin, il existe une 3° catégorie de malades extrêmement intéressants. Ce sont ceux qui ont des symptômes très peu accusés de tabes, qui sont, au moment où on les examine, des tabétiques très douteux.
. Ainsi le malade de M. Labbé avait quelques troubles “id et une paralysie de la 3° paire. Et, comme il était syphilitique,
(4) M. le professeur Joffroy vient de nous communiquer que ce malade est mort avec des symptômes de pseudo-paralysie générale.