THÉRAPEUTIQUE
Médication béchique.
Par M. le Dr Lefranc.
La médication béchique est celle qui s’occupe spécialement du symptôme toux ((3r)Ç, toux), non pas dans la pleurésie et dans la pneumonie, dont les indications sont essentiellement organiques, mais plus spécialement dans cette bronchite simple des grosses bronches ou de la trachée, qui constitue le rhume vulgaire.
Cette dernière affection, pour être commune et banale même, n’est, pas toujours connue des médecins; elle est trop souvent reléguée dans le domaine de la médecine fantaisiste, ou abandonnée à la direction des pharmaciens, ce qui est un tort à tous égards; car certains rhumes négligés peuvent aboutir à la phtisie pulmonaire.
Examinons donc brièvement ce qu’est le rhume et quelles sont ses indications.
On peut diviser en trois catégories distinctes les localisations du rhume de poitrine ordinaire : ou bien il affecte l’isthme pharyngosus-épiglottique ; ou bien il se fixe à la trachée; ou bien enfin il occupe la racine des grosses bronches et la partie supérieure de celles-ci.
Ces différentes localisations inflammatoires sur la muqueuse aérienne supérieure dépendent à la fois des influences météorologiques, de la direction des courants refroidis sur les parties internes et des aptitudes individuelles.
Lorsque ces causes réfrigérantes agissent simultanément sur la gorge, la trachée et les bronches, ces régions sont successivement atteintes dans un très court délai ; c’est ce qui a lieu fréquemment par les journées froides et brumeuses du commencement de l’hiver et du printemps, le rhume devient alors la grippe, une pseudobronchite épidémique, qui s’accompagne parfois d’un appareil dépressif prononcé.
Quoi qu’il en soit, lorsque la toux est gutturale, c’est-à-dire caractérisée par ce hem incessant et sec, douloureux au début, une médication topique est de rigueur et vraiment très efficace; la toux gutturale est le triomphe des pâtes pectorales; parmi cellesci, nous citerons la pâte pectorale de Pierre Lamouroux, comme une des plus agréables, des plus actives et des plus renommées. On comprend du reste l’action adoucissante et décongestive de ce médicament, qui offre en outre au patient l’attrait d’un délicieux bonbon, par un contact sans cesse renouvelé avec la muqueuse de l’arrière-gorge.
La toux trachéale est remarquable par son timbre rude, sonore et corné; elle développe, ainsi que la toux bronchique proprement dite, une douleur présternale plus ou moins vive.
Dans ces deux derniers cas, les révulsifs locaux externes tels que badigeonnage iodé, papier chimique, sinapismes, emplâtres de Bourgogne ou à l’extrait de piment, produisent de très bons résultats; mais un agent interne est en outre nécessaire pour agir par voie absorbante et réflexe sur les manifestations de la toux ; car l'exagération de ce symptôme laisse à sa suite une fatigue douloureuse des muscles expirateurs, empêche le sommeil, accroît la congestion des organes thoraciques, fait naître celle du cerveau et détermine la céphalalgie.
Parmi les médicaments béchiques, on préconise particulièrement, mais sans indication précise qui permette de préférer l’un à 1 autre, l’opium, la belladone, l’alcoolature de racine d’aconit, l’eau distillée de laurier-cerise; aussi associe-t-on le plus souvent une ou plusieurs de ces substances dans une même formule.
Ici les tisanes des plantes émollientes, telles que la guimauve, la violette, sont indispensables par la diaphorèse qu’elles provoquent et par la sédation qui lui succède; mais il est notoire que
GAZETTE DES HOPITAUX
celle-ci est bien plus rapidement obtenue, lorsque la tisane mucilagineuse est édulcorée avec un sirop spécial, d’une vieille réputation, et que nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs : nous voulons parler du sirop pectoral de Pierre Lamouroux, dont la portée, dépassant celle des rhumes ordinaires, s’est étendue jusqu’aux affections chroniques de la poitrine.
Le sirop de Lamouroux est en effet le béchique par excellence, soit comme édulcorant d’une tisane, à laquelle il communique sa saveur agréable et aromatique, soit pris à la dose de quatre à six grandes cuillerées dans les vingt-quatre heures ; dans l’incertitude du formulaire actuel de la bronchite simple, le sirop de Lamouroux, qui a pour lui la sanction d’une longue expérience, doit être préféré à tous ses congénères spéciaux ou magistraux.