‹ Maladie de Basedow (goître exophtalmique)Chapitre 8 sur 25 · DISCUSSION SUR LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE

m. jules rochard. L’accroissement de la population française se ralentit d’une façon menaçante, cela n’est malheureusement que trop vrai, et ce ralentissement est assez rapide pour constituer un véritable péril social.

Au commencement du siècle, la population augmentait dans notre pays de 6,02 p. i 000 par an; en 1879, de 3,34; aujourd’hui, de 2,42 seulement. Et ce ne serait que de 1,65 si l’on ne tenait compte que des naissances, en déduisant les chiffres relatifs à l’immigration. Pendant ce temps, l’Angleterre s’accroît de 13 p. 1000, l’Allemagne de 10 p- 1000. La France, qui représentait le tiers de l’Europe, n’en représente plus que le dixième. Si cela continue, dans cinquante ans, elle n’en représentera que le quinzième et sera au septième rang, parmi les petits États qui ne comptent plus.

Cela ne tient pas à une augmentation de la mortalité (qui diminue plutôt), mais au petit nombre des naissances. Nulle part les unions ne sont moins fécondes.

On a beaucoup discuté les causes de cette diminution de la natalité.

On a dit que les mariages étaient trop coûteux, exigeaient trop de formalités. Mais on se marie aujourd’hui beaucoup plus qu’au commencement du siècle, et il naît moins d’enfants. En 1801, on ne comptait que 75 mariages par an sur 10000 habitants; aujourd’hui on en compte 80.

On a, avec plus de raison, accusé les lois relatives au partage des biens. Il est très vrai que, dans la classe moyenne, la propriété étant très divisée, chacun cherche à ne pas partager le peu qu’il peut avoir entre beaucoup d’enfants. Mais on ne peut songer aujourd’hui à rétablir le droit d’aînesse. Peut-être serait-il bon d’accroître le droit de tester du père de famille.

Si le paysan craint de partager son petit domaine, l’ouvrier, lui, craint d’augmenter sa peine en accroissant le nombre de ses enfants, et le résultat est le même.

Chez les gens du monde, c’est autre chose ; les grossesses fréquentes sont mal vues, elles déforment la femme et elles interrompent les relations sociales.

A la diminution de natalité causée par la contrainte morale, il faut, chez ces derniers, ajouter la stérilité qui tient à toutes sortes de conditions vicieuses dans l’éducation des jeunes filles.

La population diminue donc dans toutes les classes de la société, et cela surtout dans les provinces riches. Or ce n’est pas au moment où toute l’Europe est en armes, où elle maintient sous les drapeaux plus de trois millions de soldats, où elle dépense chaque année plus de trois milliards pour de formidables armements que cela peut être sans danger. Si nous ne voulons pas disparaître au milieu des conflits qui se préparent, il faut que nous soyons prêts, à l’heure du péril, à jeter un million d'hommes sur la frontière et pour cela il ne faut pas laisser se tarir le sang français.

D’ailleurs la richesse d’un pays est en danger quand sa population diminue. D’abord l’agriculture périclite; puis, la main-d’œuvre devenant plus rare, se renchérissant, l’ouvrier abusant du principe de l’offre et de la demande pour faire des grèves qui obligent le patron à dépenser plus pour recevoir moins en fait de travail, le renchérissement général des prix a pour résultat l’écrasement du commerce national sous la' concurrence étrangère.

11 est plus facile de constater le mal que d’en indiquer le remède.

Les réformes législatives, à moins d’instituer des dispositions absolument tyranniques, ne seront jamais que des palliatifs. Le mal est trop profond pour qu’elles l’atteignent; il est dans les mœurs et c’est elles qu’il faudrait réformer. C’est aux médecins qui ont accès dans toutes les familles, c’est aux économistes, aux savants, à tous ceux qui ont une influence sur l’esprit public, à lutter par leurs paroles et par leurs écrits contre une coutume qui mène notre pays à sa perte. Il faut démontrer aux gens mariés qu’ils font fausse route et qu’à fortune égale, il y a bien plus de chances de bonheur dans les familles nombreuses que dans celles où tout repose sur la tète d un seul héritier.

m. Léon le fort raconte comment, en 1867, le premier, il découvrit et proclama le fait de la diminution relative de la population française. En Allemagne, la natalité est beaucoup plus grande, sauf dans les provinces rhénanes qui ont conservé le Code civil et notre mode de partage des successions.

11 ne croit pas d’ailleurs à l’efficacité de l’espèce de prédication préconisée par M. Rochard. Si un médecin disait à ses malades : « Faites des enfants »; ceux-ci lui répondraient : « Commencez par en faire vous-même. »

Maintenant, cette décroissance de la natalité une fois constatée, faut-il y voir un si grand malheur que semblent le faire M. Lagneau et M. Rochard ? M. Le Fort ne le croit pas. Cette question offre un double aspect. Toutes les nations qui, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne, s’accroissent vite, ont des courants d’émigration considérables. Évidemment l’émigration est un élément de prospérité. Les peuples qui fondent des colonies voient s’élargir leur cercle d’influence. Mais les Français ne sont colonisateurs à aucun degré; ils n’émigrent pas. S’ils se multipliaient trop vite, ce serait pour rester sur place; et il résulterait bientôt de cette natalité trop grande une sorte d’encombrement qui aurait ses inconvénients. On ne parviendra pas à changer ce qui est le caractère national. Les Français, étant sédentaires, ne peuvent pas se multiplier outre mesure.

La suite de la discussion est remise à la séance prochaine.

L’Académie se forme en comité secret.

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