AVANT - PROPOS
Après avoir fait choix du sujet de cette thèse, nous avons aperçu les difficultés qu'il présentait et la somme de travail qu'il allait exiger; nous nous sommes alors demandé si ce n’était pas trop présumer de nos forces que de vouloir l’entreprendre.
Mais ce sentiment de notre insuffisance, loin d’abattre notre résolution, a, au contraire, excité notre bonne volonté et mobilisé {ous nos efforts pour conduire au mieux possible cette modeste mais peu commode entreprise. C'était le seul moyen, du reste, de nous gagner l'indulgence de nos juges pour toutes ses imperfections.
Il n’y a, peut-être, pas grand mérite, à reprendre une malière qui a été plusieurs fois traitée par des mains plus habiles que les nôtres ; mais c'en est un cependant.
Dans toutes les sciences, et notamment en médecine, on rencontre des questions obscures dont l'étude exige de temps en temps la pose d’un jalon, quand celui-ci n'aurait d'autre avantage que de marquer, si insignifiants fussent-ils, les progrès accomplis et de mesurer la dislance qui nous sépare encore de la solution définitive.
La maladie osseuse de Paget est une de ces questions. Il y à à peine trente ans qu’elle a vu le jour et qu’elle exerce la sagacité des meilleurs esprits allant à la découvérte de son origine et de son essence.
En outre, n'est-ce pas en ajoutant de nouveaux faits aux anciens qu’on augmente la somme du connu, comme disent les philosophes, et en les analysant ensuite qu’on approche, plus ou moins vite, c’est vrai de l'inconnu,
Te c’est-à-dire du principe d’où ils découlent? Les sciences médicales, moins que toutes les autres, échappent à cette règle ; et c’est ainsi que le cadre nosologique s’'émonde ou s'enrichit.
Si la nature de la maladie de Paget s’attarde encore, à l'heure actuelle, dans le domaine des hypothèses, il n’en est pas moins exact qu'à mesure, grâce à ceflains progrès accomplis, que les unes s’éliminent, celles qui demeurent se rapprochent d'autant plus de la vérité en bénéficiant ainsi d’une espèce de diagnostic par exclusion.
D'autre part, la publication de nouveaux cas aura aussi le mérite d'apprendre aux cliniciens à dépister plus sûrement cette affection bizarre non seulement, ce qui est facile aujourd'hui, à sa période d'état, mais surtout le moins loin possible de ses débuts, à une époque où sa cause étudiée de plus près sera plus perceptible.
C'est d’ailleurs loujours chose louable de mettre ses modestes facultés et ses efforts à la recherche d’une vérité qui, dans le cas particulier, aurait le double avantage de récompenser la persévérance des chercheurs et, avant tout, de faire bénéficier les malheureux malades d’un traitement qui serait sans doute d’autant plus bienfaisant qu'il aurait élé appliqué plus près de l'origine de leur affection.
Le plan que nous avons adopté est celui généralement suivi dans les traités didactiques.
Tous les chapitres prendront la forme analytique, la seule d’ailleurs qui puisse convenir dans une revue de la plupart des cas observés jusque maintenant. La forme synthétique ne saurait être tentée que le jour où la maladie
de Paget aurait sa place indiscutée dans le cadre nosologique.