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système osseux, tantôt à un vice de développement, tels que le rachitisme et l’ostéomalacie.
3° Les ostéopathies nettement caractérisées, à forme hypertrophique et à marche chronique, mais d’origine encore discutée ; telles sont: l’acromégalie, l’ostéite hypertrophiante pneumique, la spondylose rhizomélique, toutes trois bien étudiées et individualisées par le professeur P. Marie; la leontiasis ossea de Virchow, et enfin l’ostéite déformante de Paget.
En outre de ces affections osseuses bien classées, il y en a encore d’autres tellement obscures que les auteurs hésitent à leur poser une étiquette; et celles-ci ajoutées aux trois groupes précédents rendront souvent difficile, au début surtout, le diagnostic de l’osteilis deformans du chirurgien anglais.
Ce qui plaît le plus à l’esprit dans l’étude d’une maladie c’est la connaissance de la cause productrice qui éclaire immédiatement son évolution et son traitement. Or les immenses progrès accomplis, dans les sciences médicales, depuis une trentaine d'années, pourraient engager à croire qu'il reste peu de maladies inconnues ou, au moins, qu’au fur et à mesure de leur découverte il doive êlre facile de les classer. Il n’en est rien toutefois. Que d’affections, en médecine et en chirurgie, qui attendent encore qu'on veuille bien leur trouver un siège inamovible dans le concert nosologique !
Joncheray, dans sa thèse inaugurale 1893, cite l'exemple du rachitisme : « Glisson, en 1650, décrit le rachitisme et du premier coup donne un tableau presque complet de cette affection si frappante par ses symptômes et si fréquente. Si le rachitisme existait avant lui, ee que nous croyons, il n’était pas reconnu comme entité morbide
RME définie. Depuis que n’a-t-on pas écrit sur le rachitisme ? »
Il en va ainsi de la maladie de Paget dont la nature est encore aujourd’hui un mythe. Mais si son origine est inconnue, il n’est pas moins vrai que ses altérations anatomiques et ses caractères cliniques prouvent sufti- Samment qu'il s’agit d’un type morbide bien individualisé.
Thibierge, dans son mémoire publié dans les Archives générales de médecine, janvier 1890, écrit : « L’ostéite déformante mérite de rester séparée des autres affections du système osseux; impossible à classer tant qu’on n’en aura pas déterminé la nature intime, elle a droit à ne pas rester confondue dans le groupe informe et hétéroclite auquel on donnait, il y a quelques années, le nom d’hyperostoses multiples croyant avoir décrit une maladie alors qu’on avait uniquement donné un nom à une lésion. »
C'est d’ailleurs quand la nature d’une maladie est encore un mystère que les divers auteurs, qui en ont fait l’objet de leurs recherches et de leurs méditations, lui appliquent une dénomination en rapport avec la théorie de chacun. C’est ainsi que S. J. Paget l’appelle ostéile déformante; Lancereaux, ostéile ossifiante diffuse; Ollier, ostéomalacie locale; Vincent, ostéomalacie hypertrophique bénigne; Pozzi, pseudo-rachilisme sénile: Féréol, rhumalisme osléo-hyperlrophique des diaphyses et des os plats.
Mais les auteurs anglais et, en France, le professeur Marie préfèrent le nom de maladie osseuse de Pagel; cette appellation vaut mieux parce qu'elle a le double mérite de faire passer à la postérité le nom d’un chirurgien sagace et de ne rien préjuger sur la nature de l’affection. C’est du reste passé à l’état d'habitude aujourd’hui, dans
le monde médical, « de conserver aux inventeurs, comme le dit Pozzi, le droit de baptiser leurs œuvres. »
« Le grand mérite de Sir James Paget, selon Thibierge, a été de donner de la maladie une description frappante et d’édifier un type morbide que les observateurs uitérieurs pouvaient facilement reconnaître. »
Car nous ne pouvons admettre que le chirurgien anglais ait fait la découverte d’une maladie nouvelle dans l’acception rigoureuse du mot.
Dès l'apparition du premier mémoire de Paget, dans le Medico-chir. trans., novembre 1876, le monde médical d’Outre-Manche, en présence du grand et légitime retentissement de ce travail, se mit à fouiller dans les comptesrendus des sociétés savantes et il en rapporta une ample récolte. Du reste, cette affection n’était pas si exceptionnelle puisque Paget lui-même, dans son premier mémoire, en rapportait cinq cas, et sept autres dans son second quatre ans plus tard.
Mais l’illustre auteur anglais ne craignait pas toutefois de proclamer, dans un discours officiel, qu'il croyait à l'apparition récente de cet état pathologique qui, selon lui, avait une certaine affinité avec la goulte et le cancer et qui serait même une preuve des théories de Darwin! H'appuyait son avis sur l'absence de description ancienne el de pièces pathologiques conservées dans les musées, Cette prétention n’empêcha pas le président de la Société médico-chirurg. d'Édimbourg d'oser demander : « Si l’os— létlis deformans était réellement une maladie nouvelle ou seulement une vieille maladie avec un nouveau nom. »
Cette altération osseuse, cela n’est pas douteux, existait avant Paget; elle était alors confondue avec d'autres affections que certaines analogies rapprochaient.
PACE |7 ARC Est-ce que Wranz, en 1867, et Wilks en 1868, n'avaient pas déjà rapporté des observations qu’on pourrait légitimement appeler avant la leltre? En médecine comme dans les autres sciences d’ailleurs, le nil sub sole novum est toujours vrai.
Et puis en voici bien d’une autre. Joncheray raconte qu’ « en 1889 Hutchinson dit avoir vu au musée du collège des chirurgiens de Londres, un pariétal provenant d’une tombe égyptienne, et, anrès avoir exposé les lésions de cet os, il conclut. « C’est un bon exemple d’ostéite déformante et probablement le plus ancien connu! »
Mais ce n’est pas tout encore. La maladie osseuse de Paget ne serait pas le triste et exclusif apanage de l’homme; elle serait aussi observée chez les chevaux. Hutchinson ({lustr. med. News, 23 février 1889) dit bien le contraire; mais Patridge (New-York medical Record, avril 1890) soutient avoir observé un cheval considéré comme « bon à rien » par les vétérinaires parce que ses jambes symétriquement déformées et grossies le rendaient « maladroit » et que sa têle était énorme avec une large mâchoire « qui fonclionnail bien, » le cheval ayant conservé son habituel appétit. Patridge n’hésita pas d'appliquer le nom d’ostéite déformante à l’état pathologique de ce cheval.
Barthélémy, dans sa thèse inaugurale (Lyon 1901), sur la maladie du son chez le cheval, épouse et défend les idées de Patridge. « Ilexiste chez le cheval, écrit-il, une maladie du système osseux, caractérisée par un processus de raréfaction et de ramollissement frappant à des degrés divers la presque totalité d’un squelette et par une hypertrophie réactionnelle consécutive des os les plus atteints. Appelée en France maladie du son parce que, dans beau-
coup de cas, les malades avaient reçu pendant longtemps une nourriture riche en débris de meunerie ou en son, les Américains la nomment Big Head (grosse tête) à cause de la déformation de la tête. » Voici d’ailleurs une des conclusions du travail de Barthélémy : « La maladie du son paraît se comporter comme une forme aiguë et juvénile de la maladie de Paget. »
Herr Goldmann a présenté (Verein Freiburger Aercle, 30 mai 1902) le squelette d’une poule, provenant de la collection du Collège des chirurgiens de Londres, dont les os longs offraient de bizarres gonflements et difformités qu'il attribue, se rangeant en cela à l'opinion de M. Dor (Revue de Chirurgie, 10 avril 1902), à une véritable osteilis -deformans.
En terminant ces considérations générales il est utile, croyons nous, de rappeler qu’en outre de la maladie osseuse de Paget il y en a une autre portant le même prénom et totalement différente de la premiére, c’est la maladie de Paget du mamelon (1874) qui est une affection parasitaire du groupe des psorospermoses cutanées et caractérisée par l’inflammation chronique du mamelon, de l’aréole et des tissus avoisinants suivie d’un cancer du sein d’une excessive gravité.
Définition.
La définition d’un état pathologique quelconque n’est jamais plus claire ni plus concise que dans les cas où elle se déduit de la nature même du mal. Rappelons-nous celle de la fièvre que donnaient autrefois les livres classiques; ce n’était pas une définition ; c'était plutôt l’énu-
mération des troubles que la fièvre développe habituellement dans toule l’économie.
La nature encore ignorée de la maladie osseuse de Paget nous met aussi dans l'obligation d’user du même
subterfuge pour la définir et de dire : > ' C’est une affection essentiellement chronique, progressive el apyrélique caractérisée par l'augmentation de volume et la
déformalion de la plupart des pièces du squeletlle avec prédi-
lection loutefois pour les os longs, ceux de la voûle crânienne
el du rachis.