CHAPITRE II
Historique.
Sir James Paget a été le premier monographe d’une affection qu’il a eu l’honneur de découvrir, d’origine énigmatique, à marche singulière, sans parenté, au moins apparente, avec d’autres déjà rangées dans le cadre nosologique; il la nomma osteitis deformans, dénomination qui préjugeait trop de la nalure du mal et que pour cette raison les médecins d'aujourd'hui préférent appeler maladie osseuse de Pagel.
C’esteneffet,ennovembre 1876, que l’éminent chirurgien anglais lut à la Medico-Chirurgicale Sociely de Londres son premier mémoire intitulé : On a form of chronic inflammalion of bones (osleilis deformans). Il contenait cinq obser— vations dont l’auteur se servit pour édifier un nouveau type morbide en décrivant de main de maître une symptomatologie si détaillée et si nette, qu’elle facilitait le diagnostic aux cliniciens de l’avenir.
Dans un second mémoire (Addilional casses of osleilis deformans. Chirurg.- Soc. London, 1882), J. Paget en rapportait sept cas nouveaux.
Ces deux communications eurent un grand retentisse-
note = ment dans le monde médical du Royaume-Uni. Elles y excitèrent comme une espèce d’émulation qui poussa à la recherche de nouvelles observations. Il est intéressant de noter ici combien souvent il arrive qu’une rapide succession de cas semblables, comme ceux de J. Paget, et leur publicité poussent la curiosité vers l’objet en question en contribuant ainsi à la constatation de faits analogues. C’est ainsi que Howe en 1878; Cayley et Trèves en 1880; Lunn en 1888; H. Morris en 1883; (in Trans. Path, Sôe.) et C. J. Symonds aussi en 1888 (in Guys Hospilal Reports) apportèrent une gerbe de nouveaux cas absolument typiques.
Dans cette chasse d’un genre inédit, il est arrivé plus d’une fois aux honorables chasseurs de se tromper de gibier et de rapporter, comme Goodhart, des observations indûment étiquetées osléile déformante. Thibierge, dans la bibliographie qui termine son mémoire à l’Acadéinie de médecine, en 1890, cite huit observations incomplètes, six douteuses et sept nettement fausses.
Citons, en passant, un mémoire publié en Amérique, en 1883, par Ellinwood dans le Wesi-Lancel san Francisco.
On fut assez longtemps en France à s’émouvoir de la découverte de Sir J. Paget; et cependant l’année même où paraissait son premier mémoire sur l’osleilis déformans, M. Bourceret, interne de M. Vulpian, à la Charité, publiait dans la Gazette des Hôpilaux, le 4 mai 1876, c’est-à-dire six mois avant la relation du chirurgien anglais, une observation d’un très grand intérêt qu’il intitulait : hyperosloses généralisées. Bien prise et très détaillée elle présente pour tous ceux qui la lisent aujourd'hui un beau type d'ostéite déformante. Diseulée longtemps, comme nous le verrons plus loin, par des médecins de grande
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valeur, elle fût enfin rangée à sa vraie place par le professeur P. Marie dans le cadre de la maladie osseuse de Paget. Bourceret en fait ressortir les principaux caractères : la symétrie et la généralisation des lésions osseuses. Il en discute l’étiologie à la lumière : {° de l’article exoslose du Dictionnaire en 30 volumes de A. Bérard et J. Cloquel; 90 du Trailé des lumeurs de Virchow, pour conclure comme ces auteurs que « l’étiologie et la pathogénie de cette affection sont complètement obscures. »
Comme cette observation est antérieure au travail de Sir J. Paget, il est, croyons-nous, de toute justice de faire remarquer que si l’affection porte le nom du chirurgien anglais qui avait été favorisé de la rencontre toute fortuite d’un certain nombre de cas, on savait déjà la distinguer en France, quoique sous un autre nom.
Ce n’est qu'en 1883 que Lancereaux, dans son Trailé de l’Herpélisme, signale d’une façon précise, et pour la première fois chez nous, la maladie osseuse du chirurgien anglais. Cet illustre anatomo-pathologiste rapporte un cas d’hyperostoses du tibia et du fémur dont l’origine serait, croit-il, rhumatismale, et qu’il identifie, bien à tort, du reste, à l’ostéite déformante. Il montre, en outre, qu’une observation de MM. Huchard et Binet publiée en 1882 dans le Bullelin de la Sociélé clinique du 12 janvier, sous la rubrique : yperosloses symétriques des membres d'origine probablement rhumalismale, rapportée aussi dans la thèse de Richard (Paris 1887) cadrait bien avec le type de Sir Paget.
E. Vincent, en 1885, fut le premier auteur qui consacra un chapitre à la maladie osseuse de Paget dans un traité didactique. En effet, en résumant avec clarté, dans l'Encyclopédie internationale de chirurgie, T. IV, p. 360, les
2 N09 observations du chirurgien anglais, il trace d’une façon heureuse, quoique brève, la symptomatologie de l’affection dont il discute la nature, comme on pouvait le faire alors, pour s’arrêler à l’idée suffisamment explicite dans appellation qu’il applique à ce nouvel état morbide : Ostéomalacie hyperlrophique bénigne.
C’est en 1885 aussi qu’on rencontre, pour la première fois, deux observations de la maladie qui nous oceupe dans une thèse présentée à la Faculté de Paris par Rogier et intitulée : Des hyperosloses généralisées primilives. L’une lui était personnelle et l’autre était celle de Bourceret-Rathery-Leloir, publiée déjà, en 1881, dans la Revue de médecine, et qui excita à un si haut degré la curiosité scientifique de nombreux médecins et chirurgiens de l’époque. Bien entendu, elle ne porte pas l’estampille d’un diagnostic exact; car pas une seule fois Rogier ne cite le nom de Pajet dans son travail qu’il a soin de conclure, avec une sage réserve d’ailleurs, en ne concluant rien du tout.
Le diagnostic du cas de Bourceret, ébauché par Lancereaux, le fut d’une facon ferme et définitive par le D' P. Marie (Bullelin de la Sociélé Analomique, 1885), qui fit éclater son identité avec ceux du chirurgien anglais en raison du siège, de l’aspect général et de la marche des lésions observées. L’autopsie de ce malade fut pratiquée à Bicêtre par M. L. Guinon, et les résultats en furent communiqués à la Sociélé Analomique, juillet 1885.
Le professeur Pozzi, au Congrès de chirurgie de 1885, a rapporté trois nouveaux cas, dont l’un lui est personnel el les deux autres de M. Ollier. Celui de M. Pozzi, à cause de sa symptomatologie si complète, suffirait presque à lui seul pour donner un tableau exact de la maladie
Ne osseuse de Paget que le chirurgien français considère comme un pseudo-rhumalisme sénile, appellation erronée et où l’épithète de sénile est assez malheureuse parce que la vieillesse n’a pas le monopole de l'affection rencontrée plusieurs fois chez des adultes et même des adolescents.
Martel de Saint-Malo publie une observation dans la Gazelle médicale de Paris, 1886.
En 1886, P. Marie, alors chef de laboratoire adjoint à la Salpêtrière, relate dans la Revue de médecine, avril, deux cas recueillis dans le service de M. Charcot d'hypertrophie singulière non-congénilale des extrémités supérieures, inférieures et céphalique. Cette affection non décrite encore fut étudiée par M. Marie et présentée au monde médical sous l’appellation définitive et si judicieusement choisie d’acromégalie. A l’occasion du diagnostic différentiel de cette nouvelle entité morbide, il la compare à la maladie osseuse de Paget qu'il décrit brièvement d’abord pour montrer ensuite les différences fondamentales qui existent entre les deux affections et l’autorisent à donner cette conclusion :
« L’acromégalie est tout à fait distincte du myxædème et de la maladie osseuse de Paget ainsi que de la leonliasis ossea de Virchow. »
Nous devons nous borner ici, promettant de revenir sur le remarquable mémoire de M. Marie.
La même année, Lyon recueille un autre cas dans le service du D’ Luys, à la Charité, publié dans la thèse de Richard soutenue en 1887.
Cette thèse, présentée sous le titre : Contribution à l'élude de la maladie osseuse de Paget, et inspirée par M. Lancereaux, s’efforce de démontrer :
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