‹ Maladies blennorragiques des voies génito-urinairesChapitre 12 sur 79 · I. — Caractères cliniques · texte numérisé non relu

I. — Caractères cliniques

La blennorrhagie aiguë est une maladie cyclique, qui comprend, une période de début, tme période d'état et une période de déclin.

Ce n'est pas immédiatement après le coït qu'elle se déclare. Les premiers signes sont précédés d'une période d'incubation, dont la durée, lorsqu'il s'agit d'une première infection, varie dans la généralité des cas de 5 à 8 jours.

S'agit-il de plusieurs atteintes antérieures, alors cette durée est plus courte et ne dépasse pas ordinairement trois jours.

Tout à fait au début, le malade n'éprouve que des sensations subjectives. Dans l'épaisseur du gland, au niveau de la fosse naviculaire, il ressent, au moment de la miction, un chatouillement, qui est très oUpportable. ^Mais au plus tard le surlendemain, apparaissent des signes physiques. Les lèvres du méat se gonflent, deviennent rouges et se collent. Cette adhérence est due à la sécrétion d'un mucus visqueux, qui précède l'écoulement véritable.

Très rapidement, le chatouillement, provoqué par le passage de l'urine, se transforme en une sensation pénible ; l'écoulement, de visqueux et filant, augmente d'abondance et devient muco-purulent.

Première période.

Nous voici arrivé à la période d'état ; c'est-à-dire vers le 46 ou 5e jour.

A cette phase de la maladie, il y a lieu de considérer : l'état de la verge, les caractères de l'écoulement, les douleurs à la miction et aux érections, rarement enfin des phénomènes généraux.

Période déUt

1° Etat de la ver^e. — Dans bien des cas, celle-ci n'est pas modifiée. Elle a sa forme et son volume normal ; seul le pus, qui s'écoule par le méat, indique Texistence de la blennorrhagie.

Le plus souvent, toutefois, les lèvres du méat sont gonflées et rouges. De son côté, le gland participe à la timiéfaction et prend une coloration rouge violâtre.

Chez quelques malades même, lorsque la blennorrhagie est très intense, se développe un œdème du prépuce, qui peut entraîner un phimosis et entraver la découverte de la source purulente.

2° Caractères de V écoulement. — En pleine période d'état : surtout lorsqu'il s'agit d'une première blennorrhagie, presque toujours intense, l'état de la chemise est le premier signe révélateur de la blennorrhagie. Le linge est en effet couvert de taches, j aimes ou vertes. Ce double aspect acquiert d'autant plus de netteté que celles-ci sont plus sèches. Lorsque l'écoulement est très abondant, les macules se réunissent et mouillent le devant de la chemise dans une étendue, égale au moins au creux de la main. Enfin, il arrive que la phlegmasie atteigne une intensité telle, que le pus se trouve mélangé de sang, aisément reconnaissable aux taches rouges foncées, disséminées au milieu des autres.

Quant au pus, il s'écoule sans cesse du canal, à l'insu des malades. Epais d'abord au début, il tend à se fluidifier, à mesure que l'écoulement persiste. C'est enfin dans la matinée qu'il est le plus fourni, devenant plus discret dans l'après-midi et le soir.

3° Douleurs à la miction et aux érections. — A la miction, la douleur est habituellement très vive. C'est une sensation de cuisson violente, de brûlure et même de déchirement qui se produit lorsque la muqueuse du canal se déplisse sous l'effort de l'urine, dont le jet est devenu plus mince, en raison du gonflement de la muqueuse.

A noter que la doiileur n'est pas toujours en rapport avec le degré de l'inflammation. Ainsi on voit des blennorrhagies intenses, n'occasionner qu'une sorte de gêne, lorsque le malade urine, tandis que l'hyperesthésie est extrême avec un écoulement léger.

Quant à Turine émise, on conçoit aisément, à cause de sa purulence, qu'elle soit trouble et lactescente. Elle diffère d'ailleurs d'aspect, selon que le malade J'émet dans un ou deux verres. Nous verrons au diagnostic que cette dissemblance sert à mesurer l'étendue de la phlegmasie uréthrale.

Les douleurs, provoquées par les érections, sont peut-être encore plus pénibles, que celles qui accompagnent les mictions. C'est la nuit qu'elles se montrent avec le plus d'intensité. Elles résultent de la chaleur du lit, des rêves lascifs, de la distension de la vessie. Bref, elles troublent le plus souvent le sommeil des malades et les obligent à se lever pour calmer l'éréthisme qui les torture, en trempant leur verge dans l'eau froide.

Les souffrances redoublent, si par hasard une éjaculation se produit, le sperme sort en bavant et le malade éprouve une véritable sensation de déchirement.

Les conditions anatomiques, réalisées par le pénis au cours de la blennorrhagie aiguë, expliquent les angoisses du patient. L'urèthre est incapable de se prêter au développement qu'acquiert le reste de l'organe au moment de l'érection. Il en résulte une courbure à concavité inférieure de la verge. L'arc de cette courbure est représenté par les corps caverneux et l'urèthre en forme la corde ; de là le nom de chaudepisse cordée, lorsque cette disposition est portée à l'extrême. Les souffrances peuvent alors devenir tellement vives, que certains malades placent leur verge sur un plan horizontal et d'un coup de poing rompent la corde.

Le soulagement est immédiat. Mais gare aux conséquences de cette pratique sauvage. Il y a tout lieu de craindre des hémorrhagies, un rétrécissement traumatique, voire même la gangrène.

4° Etat géyiéral. — Rarement la blennorrhagie ébranle l'organisme. Chez la grande majorité des malades, elle reste une maladie locale. Cependant, il est possible qu'elle provoque sur les sujets impressionnables de l'inappétence et un léger état fébrile. Dans quelques cas enfin, heureusement tout à fait exceptionnels, l'infection, d'abord localisée, se généralise, et peut entraîner des accidents nerveux ou viscéraux, capables de se tenniner par la mort.

Nous en parlerons au chapitre des complications.

BIvE^NNORRHAGIE AIGUË

Périods

de décUn.

Après avoir persisté à Tétat aigu pendant une quinzaine de jours, la maladie tend à régresser spontanément et l'écoulement s'atténue d'autant plus vite, que le traitement est mieux appliqué.

Quelles sont alors les modifications symptomatiques ?

La douleur à la miction disparaît. I^es malades n'éprouvent plus qu'une sensation de chaleur. I^es érections perdent leur fréquence et n'occasionnent plus qu'une gêne très supportable.

lye flux blennorrhagique enfin change de consistance et de couleur.

D'épais et jatme-verdâtre qu'il était au début, il devient plus fluide, puis successivement blanchâtre et opalin. Il se transforme enfln en un liquide visqueux, qui file entre les doigts.

Durée de déclin.

lya durée de la blennorrhagie aiguë est variable. On peut dire cependant, que lorsqu'elle est méthodiquement, traitée et soumise aux règles d'une hygiène appropriée, elle ne dépasse pas en général six semaines.

Sans doute quelques-unes sont plus courtes ; on en voit qui se terminent au bout d'un mois; mais elles sont rares.

IvC plus souvent, chez les arthritiques et surtout chez les malades qui, se croyant guéris, se livrent à des écarts de régime, elle se prolonge bien au delà de six septénaires, on la voit persister pendant 2, 3 mois et même davantage.

Telles sont la marche et la durée d'une première blennorrhagie aiguë franche.

Mais lorsque le sujet a subi plusieurs atteintes, la maladie revêt les allures d'une phlegmasie subaiguë.

L'incubation est plus courte; elle dépasse rarement 2 à 3 jours.

L'aspect de la verge n'est pas modifié.

La douleur est à peine marquée, tant à la miction qu'aux érections.

L'écoulement, au lieu d'être franchement pUTulent, est plutôt muco-purulent.

Il ne faudrait pas croire que, malgré ces symptômes atténués, la longueur en soit moindre. Je sais bien que quelques-

CHEZ l'homme 9

unes de ces blennorrhagies disparaissent rapidement. Mais c'est l'exception. Le plus souvent elles traînent en longueur et les patients ne s'en débarrassent qu'au prix d'une médication ponctuellement suivie et du régime le plus sévère.

Qu'il s'agisse de blennorrhagie aiguë ou subaiguë, le point capital est de ne pas confondre guérison apparente avec guérison réelle.

Que de malades se figurent complètement libérés, parce qu'ils n'éprouvent plus aucune gêne, tant à la miction qu'aux érections, que le devant de leur chemise reste immaculé et qu'ils n'aperçoivent plus la moindre goutte, émergeant de leur canal. Grave erreur, capable d'entraîner des conséquences fatales, s'il s'agit surtout d'un candidat au mariage.

Quelles sont donc les épreuves à tenter pour affirmer la signes de guérison ? guérison

complète.

Première règle : L'examen doit être pratiqué le matin, au réveil du malade, à la condition que celui-ci soit resté sans uriner y èi S heures. Réalisé le jour, dans les mêmes conditions, ce contrôle aurait une valeur précaire. Car c'est toujours la nuit que l'écoulement persiste ei? «dernier ressort.

Or, pour affirmer la guérison, voici la technique à suivre et le résultat que l'on doit constater, bien entendu avant la miction.

Il va de soi que, pour que la recherche soit fructueuse, le malade ne soit pas en état d'érection, comme il arrive si souvent le matin au réveil. Il faut donc attendre un peu, sachant que la verge revient à son volume normal, dès que le sujet est levé.

1° Regarder d'abord si les bords du méat sont collés. Ils doivent être libres et simplement appliqués l'un contre l'autre ;

2° Chercher si, en les écartant, on aperçoit la moindre gcvitte.

A l'état nonnal, au point où les deux muqueuses se rejoignent, il n'existe qu'une ligne transparente, qui n'est autre

10 BtENNORRHAGIIÎ AIGUË

que le produit de la sécrétion normale des glandes du canal destinée à en lubrifier les parois ;

3° Si l'on ne découvre rien, presser alors le canal le long du périnée depuis la marge de Tanus jusqu'à la racine de la verge ; puis saisissant le pénis entre deux doigts, continuer la pression jusqu'au méat. Si le prépuce est un peu long, il faut avoir le soin, en opérant la traction, de ne pas le laisser dépasser Torifice urétliral. Autrement, pour apercevoir la goutte, il serait nécessaire de le retirer en arrière et dans cette manœuvre le reliquat blennorrhagique, rentrant dans le canal, ne pourrait être apprécié.

Eh bien ! lorsque toutes ces conditions ont été remplies, si la guérison est réelle, on n'apercevra plus en écartant les lèvres du méat, que la ligne transparente sus indiquée, au point où les deux muqueuses se rejoignent. En rapprochant celles-ci jusqu'à l'orifice uréthral, naturellement la ligne humide remonte mais rien ne doit émerger au dehors ;

40 Une dernière épreuve est nécessaire. L'absence de goutte, bien et dûment constatée, on fera uriner le malade dans plusieurs verres, de façon à vider complètement la vessie ; on laissera déposer l'urine cinq minutes environ ; puis avec un bâtonnet quelconque et mieux une baguette en verre, on recherchera, surtout dans le premier et le dernier verre, en pénétrant jusqu'au fond, s'il y a de petits fils blancs à remonter vers la surface, quand on agite le liquide.

A l'état normal, chez un individu sain, on aperçoit dans la première urine du matin quantité de petits filaments. Mais ces filaments sont très fins, transparents et nagent au milieu du liquide. Ils se précipitent au contraire, s'ils sont franchement blancs et lourds.

Chez un sujet, antérieurement atteint de blennorrhagie, il est très rare de faire disparaître complètement ces derniers. Il en persiste un ou deux, gagnant lentement le fond du verre, ou encore on découvre un long filament, plus coloré que les autres, qui occupe les couches supérieures de l'urine. Si tout suintement, par la pression du canal, a disparu, il n'y a pas à y attacher d'importance; le reliquat indique sim, plement que la muqueuse uréthrale a été antérieurement atteinte et qu'il y a lieu d'êtrç' prudent dans les rapports se-

CHEZ I, HOMME II

xuels. Maisle maladepeutseconsiderercommegueri.il n'a plus rien à redouter d'une femme saine et de contacts modérés. Ces détails peuvent paraître bien minutieux. Mais je considère les renseignements, qu'ils fournissent, comme indispensables, pour assurer la guérison et permettre sans appréhension le mariage.

La blennorrhagie uréthrale est une affection sérieuse, Pronostic. qu'il ne faut pas traiter à la légère, ainsi que beaucoup de jeunes gens ont tendance à le penser.

Il importe d'envisager sans cesse deux points noirs :

1° La tendance à la chronicité ;

2° L'apparition de complications multiples, capables d'aggraver singulièrement la marche de la maladie ou au moins d'en prolonger la durée.

On doit tenir compte aussi de certaines malformations locales qui rendent la gonorrhée interminable, telles que : le rétrécissement du 'méat, l'hypospadias et l'épispadias, ce dernier heureusement beaucoup plus rare.

Gardons-nous enfin d'oublier l'influence fâcheuse de l'état de misère ph^^siologique et du tempérament dit arthritique. Tous les médecins savent que les sujets, qui portent cette dernière tare à un degré accentué, résistent beaucoup plus que d'autres aux bienfaits de la thérapeutique et de l'hygiène appropriées.

Inutile d'ajouter que la susceptibilité des malades à l'envahissement du gonocoque est au prorata des atteintes antérieures.

IL — Diagnostic de la blennorrhagie aiguë.

Cette question, dont la réponse paraît si simple en apparence, est plus complexe qu'on a tendance à le croire et comporte des difficultés qu'il importe de connaître.

Quels sont donc les points à élucider ? Il faut savoir :

1° Si l'écoulement provient réellement de Turèthre ;

2° S'il est blennorrhagique, c'est-à-dire dû au gonocoque ou à d'autres causes ;

3° Si Turèthre est envahi en totalité ou seulement dans sa portion antérieure ;

40 Quel est, d'après les caractères extérieures du flux, l'âge de l'écoulement.

a) V écoulement provient-il réellement de Vurèthre ? — De prime abord, cette question paraît enfantine. Il n'y a, direzvous, qu'à regarder le méat ou à presser légèrement le gland pour mettre au jour ime goutte indiscutable. D'accord, mais si vous êtes en présence d'un malade, dont le limbe préputial soit étroit et le prépuce, en état de phimosis, vous constaterez sans doute une surabondance de pus, mais saurez-vous s'il vient de la cavité préputiale ou de l'urèthre. Le cas est souvent fort embarrassant et l'on voit des médecins méconnaître la source du pus et traiter ime blennorrhagie, qui n'existe pas.

Il faut se rappeler en effet, que le flux excrété par l'orifice préputial, peut non pas seulement provenir de l'urèthre mais d'une simple balanite, d'un herpès confluent, d'une chancrelle, d'un chancre syphilitique, voire même de végétations sous-préputiales.

De quels points de repère disposerez-vous pour résoudre le problème?

Si le pus provient de l'urèthre, vous aurez des douleurs à la miction et aux érections et, en promenant le doigt le long de la face inférieure de la verge, vous constaterez que le canal est sensible et légèrement dur.

Rien de semblable, lorsque le flux purulent est d'origine préputiale. Mais en revanche, si la miction est libre, si les érections sont indolores, le gland supporte péniblement la pression, soit dans toute son étendue, en cas de balanite ou d'herpès confluent, soit en un point limité, s'il s'agit d'unç chancrelle, d'un chancre syphilitique ou de végétations. En outre, le chancre S3rphilitique s'accompagne d'une zone dure, nettement perçue sous le prépuce. J'ajoute que des végétations circonscrites fournissent parfois la même sensation. Il serait donc téméraire de se prononcer, sans voir le corps

CHEZ l'homme

du délit. Enfin, dans les cas douteux, reste un moyen de contrôle, qui a une grande utilité.

Il faut pratiquer une ou plusieurs injections abondantes d'eau bouillie entre le prépuce et le gland. Si cette opération terminée, il vient encore une goutte, en pressant le bout de la verge, c'est que le pus provient du canal et non de la cavité préputiale, que les larges irrigations ont détergce.

b) S'agit-il d'une llennorrhagie vraie, à gonocoques, ou dune uréthrite no7i gonococcique ?

La réponse sera prompte si vous êtes en mesure, à l'aide d'une aiguille en platine, de recueillir ime parcelle de pus, de l'étaler sur une lame, de le colorer avec une couleur d'aniline et de l'examiner au microscope. ]\Iais supposez un médecin de campagne ou de petite ville, qui n'a pas à sa disposition l'outillage nécessaire, pourra-t-il conclure en l'absence de la constatation du fameux gonocoque.

Je crois pouvoir répondre : oui ; surtout s'il s'agit d'un premier écoulement. La durée de l'incubation, les troubles fonctionnels et les signes ph^-siques suffisent. Si la goutte a été précédée de chatouillements, de picotements dans la fosse naviculaire et n'est apparue que 4 à 8 jours après le coït ; si, vers la fin du premier septénaire, les douleurs sont devenues vives à la miction, aux érections et ont gagné toute l'étendue du canal; si le pus, qui sort du méat est franchement jaune, abondant et épais, on peut conclure à une blennorrhagie vraie.

Sans doute ces caractères sont moins nets, lorsqu'il s'agit de blennorrhagies ultérieures, qui souvent rendent le canal peu douloureux. Mais la notion d'un coït suspect 2 à 3 jours avant l'apparition des premières gouttes, l'abondance et la coloration de l'écoulement mettront sur la voie du diagnostic.

Les uréthrites non gonococciques méritent toutefois de nous arrêter assez longuement.

Elles proviennent d'abord de causes multiples, nécessaires a) Uréthrites à connaître, tant au point de vue de leur nature, que du mode °o°

de traitement à leur appliquer. ^Ti^uvw ''

Pour la clarté du sujet, il importe de les diviser en primitives et secondaires.

14 bi^knnorrhagie; aiguë

Dans les premières, nous trouvons :

1° I^es uréthrites, dites bactériennes, c'est-à-dire produites par d'autres microbes que le gonocoque ;

2° Les uréthrites dues au traumatisme, causées par le passage d'une sonde malpropre ou un cathétérisme brutal et maladroit. Elles peuvent être encore provoquées par l'introduction de corps étrangers dans l'urèthre, tels que : aiguille à tricoter, porte-plume, etc., destinés à accroître les sensations génésiques chez quelques dégénérés ;

3° Les uréthrites irritatives : celles qui résultent d'injections trop prolongées dans un but curatif pu encore d'injections destinées à prévenir un écoulement, dont on se croit menacé.

Dans cette catégorie doivent rentrer les uréthrites, que l'on peut observer, chez les buveurs de bière outranciers, celles qui relèvent du contact des règles ou d'excès de coït et de masturbation.

Dans les uréthrites très rares, on peut compter celles qui résultent de l'introduction de certains médicaments dans l'organisme ; tels que : l'iodure de potassium, le nitrate de potasse, les cantharides, l'arsenic.

Plus exceptionnelles encore sont les uréthrites, que l'on a attribuées soit à des états généraux, à marche chronique. Comme le rhumatisme, la goutte, la tuberculose, voire la syphilis ; soit à des maladies infectieuses : fièvre typhoïde et oreillons.

Toutes ces uréthrites ne se produisent guère que chez les sujets, qui ont été antérieurement atteints de blennorrhagies vraies et dont le canal reste sensible.

Quelle que soit la cause, qui les ait provoquées, leur aspect clinique diffère de celui de la blennorrhagie aiguë. Il se résume en ce fait : que tous les symptômes sont très atténués. Ainsi la douleur à la miction et aux érections n'existe pour ainsi dire pas. Quand le malade urine, il ne ressent qu'une sensation de picotement au niveau de la fosse naviculaire. Le flux séropurulent ou purulent est léger et tache à peine le linge. Dans la plupart des cas, on ne s'en rend bien compte, qu'en pressant sur le*" gland. En outre, l'incubation est très courte. C'est habituellement dès le lendemain ou le surlende-

CHEZ t'HOMME

main, parfois au bout de quelques heures, que les phénomènes morbides se dessinent.

N'allez pas croire, malgré cette bénignité apparente, que ces écoulements soient quantité négligeable. vSi plusieurs d'entre eux disparaissent au bout de quelques jours, soit spontanément, soit à la suite d'un traitement anodin, la plupart offrent une ténacité désespérante, en dépit des cures les plus rationnelles et les mieux conduites. Nous indiquerons au chapitre : traitement, les moyens qui semblent donner les meilleurs résultats.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des écoulements exclusiv^ement causés par une inflammation primitive de la muqueuse du canal, il nous faut maintenant aborder le diagnostic des uréthrites secondaires. Celles-ci dépendent de lésions dont la nature diffère essentiellement des flux gonococciques ou non et n'agissent qu'à titre d'agents provocateurs.

Parmi ces causes, nous trouvons d'abord l'herpès uréthral, puis les deux sortes de chancres : le chancre simple et le chancre spécifique ; enfin les affections, voisines ou éloignées, dont le pus s'écoule par le canal.

b) Uréthrites

non

gonococciquea

secondaires.

a) Signes de présomption. — Apparition rapide, au niveau de la fosse naviculaire, d'une douleur vive à l'occasion de la miction et des érections.

En écartant les lèvres du méat, constatation d'une muqueuse rouge et tuméfiée. Par la pression du canal, écoulement minime d'une sérosité presque incolore chez un sujet, enclin de par son tempérament, aux poussées herpétiques.

b) Signes de certitude ou au moins de quasi-certitude.

A l'orifice de l'urèthre, existence d'une ou deux érosions d'herpès et concomitance de lésions semblables sur le prépuce et sur le gland.

Coït remontant à plus de huit jours, dépassant par conséquent l'incubation des uréthrites simples ou gonococciques.

On est obligé de convenir, qu'en l'absence de ces derniers

1) Herpès uréthral.

BI.ENNORRHAGIE AIGUÉ

points de repère, Therpès uréthral ne peut être que soupçonné.

Quoiqu'il en soit, la maladie ne dépasse pas une semaine, puis, tout rentre dans Tordre.

2) Chancre

simple uréthral.

8) Ulcération blennorrhagique.

Lorsque ce chancre siège dans la fosse naviculaire, les troubles fonctionnels ressemblent à ceux de Therpès uréthral, avec cette différence cependant que le pus qui s'écoule, après la pression du gland, est plus abondant et prend une couleur chocolat, due à un mélange de sang, en quantité plus ou moins notable.

Mais une telle localisation est bien exceptionnelle. Dans la règle, le chancre simple siège à Tentrée du canal et il est facile, en écartant les lèvres du méat, de voir une ulcération, taillée à pic, à bords décollés, à fond déchiqueté, anfractueuse et couvert de pus.

On peut cependant se trouver en présence d'une autre perte de substance, d'ailleurs fort rare, dont il y a lieu de se méfier : c'est l'ulcération blennorrhagique.

Celle-ci est superficielle. C'est plutôt une érosion plane et rouge, souvent indurée de base. Mais il existe en même temps une blennorrhagie, révélée en dehors de l'examen microscopique, par l'abondance de l'écoulement et la douleur propagée à toute l'étendue du canal, à l'occasion des mictions et des érections.

Ces mêmes caractères permettront de reconnaître la coexistence possible de la blennorrhagie et du chancre simple. D'un côté, les signes d'une phlegmasie, ayant gagné la profondeur du canal ; de l'autre, à l'orifice de l'urèthre, une perte de substance, possédant tous les attributs de la chancrelle.

Supposons néanmoins que le diagnostic reste en suspens. L'inoculation d'une parcelle de pus chancrelleux, soit à l'abdomen, soit au bras, dissipera tous les doutes. Positive, elle affirmera la présence du chancre simple ; négative, elle signifiera ulcération blennorrhagique ou chancre syphilitique.

On a reproché à l'inoculation expérimentale d'exposer au phagédénisme. L'objection est fondée, bien que pareil accî-

CHEZ l'homme

dent soit rarissime. On le préviendra d'ailleurs, en détruisant par une cautérisation au crayon de nitrate d'argent le chancre simple dès son apparition.

H siège, soit dans la fosse na\dculaire, soit le plus souvent au méat.

Est-il invisible, c'est-à-dire localisé à la fosse naviculaire ? Les caractères de l'écoulement, provoqué par la pression du gland, n'ont pas de valeur, au point de vue du diagnostic. C'est un liquide, couleur chocolat, analogue à celui du chancre simple.

^lais contrairement à ce qui existe dans le chancre simple, l'absence de douleur, par la pression du gland, constitue un signe de présomption.

Il n'y a toutefois que l'induration, qui puisse donner la certitude. Comment la percevoir? La verge relevée de la main gauche et le prépuce, tiré vers la couronne, il suffit de serrer le gland d'avant en arrière, en appliquant la pulpe de l'index au niveau de la commissure antérieure du méat et la pulpe du pouce à la commissure postérieure. On perçoit alors une induration très nette, occupant la paroi droite ou gauche de la fosse naviculaire, pouvant même en enserrer complètement le pourtour.

Lorsque le chancre siège au méat, ce qui est la règle, le diagnostic devient aisé, en dehors de Tinduration, sur laquelle nous n'avons pas à revenir. La perte de substance possède les attributs du chancre s\-philitique, c'est-à-dire qu'elle est en général superficielle, taillée en pente douce de la périphérie vers le centre, à fond rongeât re et uni. à sécrétion enfin discrète.

Dans le cas où le chancre sy'philitique se complique de blennorrhagie, nous avons déjà dit, à propos de la coïncidence de celle-ci avec le chancre simple, qu'il est pc ;sible de la reconnaître à l'abondance du pus et à la propagation de la douleur à toute l'étendue du canal.

Bien autrement difficile, sinon impossible, est la distinctio::*. entre l'ulcération blennorrhagique déjà citée et le chancre «pccifique. Mêmes caractères moq^holngiques, même induration de base. Le seul point de repère que l'on possède, et

la

BtENNORRHAGlE) AIGU^

encore est-il précaire, est la rareté de la première de ces lésions. Force est donc, pour se prononcer, d'attendre rapparition des accidents secondaires.

La sécrétion purulente peut avoir sa source soit dans des abcès péri-uréthraux ou prostatiques, soit encore dans une cystite ou une pyélo-néphrite, comme nous le verrons au chapitre des complications de la blennorrhagie.

Il ne sera question ici que de Turéthrite tuberculeuse.

Bien rarement, celle-ci est primitive. Bile fait partie, dans la généralité des cas, de la tuberculose uro-génitale et alors, en palpant Tépididyme, en explorant la prostate, les vésicules séminales, on trouve des tum.éfactions, des nodosités, qui constituent des éléments précieux de diagnostic, surtout s'il s'y ajoute un état général de déchéance et, a fortiori, des signes de bacillose pulmonaire, l'absence enfin de toute contamination intersexuelle sera une source importante d'information.

Il est clair que, lorsqu'il e^tiste une complication telle que : orchi-épididymite, prostatite ou C3^stite, l'urèthre postérieur est envahi. Mais ces complications, à moins que le traitement ait été intempestif, n' ad viennent en général que vers la troisième semaine. Or il est intéressant de savoir 'si l'urèthre postérieur est envahi plus tôt.

Si l'on s'en rapporte aux recherches de Lanz et de Janet, cette pénétration serait précoce dans un bon nombre de cas. D'après Lanz : 20 fois 0/0 dans la première semaine ; 30 0/0, dans la seconde. I^a statistique de Janet est encore beaucoup plus suggestive ; elle accuse 40 0/0 dans les quatre premiers jours et, une fois, le gonocoque aurait été trouvé au bout de quinze heures.

Pour le praticien, qui ne peut se livrer à pareille recherche, il y a un moyen simple de s'en assurer ; ce moyen consiste à faire uriner le malade dans deux verres. Lorsque l'urèthre antérieur est seul atteint, l'urine du premier verre est trouble et celle du second, claire. Le canal est-il pris dans son entier ? Le trouble existe dans les deux verres.

CHEZ L HOM^IE

Tout à ïctit au début, le méat est rouge et la sécrétion, peu abondante.

A la période d'état, c'est-à-dire au bout de 5 à 6 jours, on note des douleurs vives à la miction, aux érections et un écoulement abondant, épais, franchement jaune.

]\Iais à partir de la 3^ semaine, quand le traitement a été bien dirigé, les douleurs cèdent et l'écoulement devient plus fluide.

Enfin à la période terminale, persiste le matin une simple goutte, révélée seulement par la pression du canal.

Diagnostic

de l'âge

d'une

blennorrhagle.

Traitement de la blennorrhagie aiguë.

Première question du plus haut intérêt pour le malade. Est-il possible de faire aiorter une blennorrhagie naissante ? Sans doute, la chose peut être tentée, mais sans grand espoir de succès.

Et d'abord, quelle est l'indication requise? C'est que l'écoulement date de 36 heures au plus et ne consiste qu'en un léger flux muqueux ou à peine muco-purulent. Or, il est bien rare qu'un malade se présente dans des conditions aussi propices. Ce n'est qu'au bout de plusieurs jours, qu'il se décide à consulter le médecin.

Je suppose cependant qu'il réclame ah ovo son intervention. Examinons les moyens qui ont été recommandés pour tenter l'aventure?

On a conseillé primitivement les injections au nitrate d'argent à 1/30^, et même à 1/20^ ; puis les injections de protargol, qui est un albuminate d'argent à 4 0/0.

L'injection au nitrate d'argent doit être abandonnée, parce qu'elle est trop douloureuse et qu'elle provoque des phénomènes réactionnels intenses, capables d'aggraver la blennorrhagie naissante.

Le Protargol est beaucoup mieux supporté. Deux injections par jour sont nécessaires et chacune doit être gardée dans le canal 10 à 15 minutes.

Si au bout d'une semaine maximum, l'urèthre n'est pas asséché, il faut y renoncer.

On peut substituer au Protargol des injections de perman-

BI.ENNORRHAGIE AIGUË

ganate de potasse à 50 centigr. 0/00. Dix grammes environ de cette solution seront poussés dans le canal, chaque fois que le malade aura uriné et le liquide sera conservé 2 à 3 minutes.

Dans le cas où le flux continue à être purulent après une cure de 6 à 8 jours, on peut conclure que le moyen a échoué et, sans perdre plus de temps, il y a lieu de recourir au traitement classique.

C'est encore dans un but abortif que M. le D^ Janet a proposé les grands lavages uréthro-vésicaux avec le permanganate.

Il faut se servir de solutions faibles, à 1/4000 ^ et même 1/5000©.

Dans les trois premiers jours, le lavage sera pratiqué matin et soir ; puis, les jours suivants, un seul lavage, le matin, suffira. J'en indiquerai la technique à propos du traitement de la blennorrhagie tramante. Pour le moment, je me borne à signaler ce moyen qui, dans Tespace d'une semaine, aurait dans quelques cas arrêté l'écoulement.

Si ce procédé a pu procurer d'heureux résultats, il faut convenir qu'il n'est pas sans danger, en risquant de donner un coup de fouet à l'inflammation uréthrale et de provoquer une cystite.

Je me borne à signaler, en terminant, la médication abortive interne par la fameuse potion de Chopart, préparation complexe et ancienne dans laquelle prédomine le baume de copahu.

C'est une drogue abominable, qui expose le malade à des accidents cholériformes et n'est pas plus efficace que les précédentes. Aussi est-elle aujourd'hui complètement délaissée.

Bref, quand on se décide à tenter la méthode abortive, il ne faut pas trop se bercer d'illusions et prévenir le patient des aléas qu'il encourt. En gardant le silence, le médecin risquerait d'être taxé d'ignorance et d'impéritie.

20 Grands lavages uréthrovésicaux.

Le flux blennorrhagique n'a^^ant pu être tari dès sa naissance, les spéciaHstes ont cherché une autre méthode de cure que le traitement classique, passible, il faut bien le reconnaître, de reproches justifiés. Ce traitement est en effet de longue haleine. Au début, il est malpropre, puisqu'il doit favoriser l'écoulement. Le linge est odieusement souillé de pus et l'on

doit prendre toutes sortes de précautions pour dissimuler, tant bien que mal, les taches dont la chemise est maculée.

Plus tard, l'odeur de l'urine, imprégnée de balsamiques, peut révéler l'infortune du malade.

Ces sérieux inconvénients ont conduit M. le D^ Janet à appliquer au traitement de la blennorrhagie en puissance les grands lavages uréthro-vésicaux avec les solutions permanganatiques, déjà tentées dans le but abortif.

M. Janet n'hésite pas à déclarer que toutes les fois qu'il a pu inter\'enir à temps, c'est-à-dire avant les symptômes francs d'acuité, il est arrivé à obtenir en 6 à lo jours un succès complet, c'est-à-dire la disparition totale de l'écoulement.

Depuis l'expérience acquise par l'emploi de cette méthode, que nous décrirons plus loin, des résultats aussi remarquables ne s'expliquent qfe par une série heureuse et l'habileté de M. le Dr Janet.

Sauf bien rares exceptions, lorsque les grands lavages sont administrés dès le début, la guérison apparente est un trompel'œil. Il persiste un suintement muqueux ou même mucopurulent, et au moindre écart de régime, le gonocoque, qui avait disparu, sort de ses repaires, ramenant un écoulement comme aux premiers jours de la maladie.

Supposons maintenant que la méthode de Janet soit confiée aux malades, même après expHcations minutieuses, gare alors aux c^'stites et aux orchites, voire à la rétention d'urine, lorsque le sujet a réagi trop vivement à la solution introduite dans la vessie.

En résumé, il est plus prudent et plus pratique de s'adres- 30 Méthode ser au traitement classique, malgré ses inconvénients. classique.

Inutile de rappeler que le début du flux gonorrhéique est signalé par des phénomènes inflammatoires, en général intenses. Le méat urinaire est rouge et gonflé ; les mictions et les érections sont douloureuses. Bref, l'indication formelle est de combattre la phlegmasie, premier acte de la maladie. Sans doute, beaucoup de patients demandent à ce qu'on leur évite cette phase dégoûtante. Ils réclament d'emblée la diminution de l'écoulement. Le médecin doit leur résister, en leur expliquant que tout moyen restrictif augmenterait

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l'acuité des souffrances et les contraindrait, au bout de quelques jours, à recourir aux antiphlogistiques. En réalité, céder aux désirs des malades serait prolonger leur mal, sans bénéfice réel.

Il est d'ailleurs facile d'épargner le linge, en coiffant le gland d'un petit tampon d'ouate hydrophile. Chaque fois que le malade urine, il enlève ce capuchon et change l'ouate.

En quoi doit consister le traitement antiphlogistique? Il peut être formulé de la façon suivante :

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