IX. — Albuminurie blennorrhagique
A propos des pyélo-néphrites qui peuvent compliquer la blennorrhagie, nous avons déjà indiqué l'albuminurie, qui constitue un des principaux symptômes de la lésion rénale. Dans ces cas, il s'agit d'albuminurie consécutive. Mais à côté de celle-ci, il en existe une autre, qui doit être qualifiée de primitive; car elle évolue à l'état latent et échapperait au clinicien, s'il ne songeait à examiner les urines. On ne constate en effet aucun symptôme indiquant la présence d'une néphrite. ^
Il est donc logique de penser que ce passage de l'albumine
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dans les urines est d'origine infectieuse et due peut-être à rélimination de toxines microbiennes.
Quoiqu'il en soit, lorsqu'on se trouve en présence d'un malade atteint d'écoulement uréthral, il ne faut pas oublier de rechercher l'albumine par les réactifs ordinaires : chaleur et acide nitrique. Mais si le patient prend déjà des balsamiques, il importe d'éviter une cause d'erreur qui se produirait si l'on n'avait présent à l'esprit que l'acide nitrique dans des urines copahifères produit une opacité analogue à celle de l'albumine.
Dans cette hypothèse, il est facile de ne pas se méprendre. S'agit-il d'un trouble dû à l'élimination du copahu, l'addition d'éther ou d'alcool éclaircit le liquide, tandis qu'il reste opaque en cas d'albumine.
Quoiqu'il en soit, quand on constate la présence de l'albumine, il faut interrompre l'emploi du copahu, qui, à lui seul, peut déterminer cet accident et traiter la blennorrhagie par des moyens externes.
En même temps, on prescrira le régime lacté exclusif jusqu'à disparition complète du trouble urinaire, puis on continuera à surveiller le sujet, car des récidives et plus tard une néphrite grave seraient à craindre, si le médecin abandonnait son malade.
C. — Infection générai^h dk i^'organisme. Septicémie gonococcique.
Dans les pages précédentes, nous n'avons décrit que les accidents locaux de la blennorrhagie, il nous reste maintenant à parler de l'infection générale de l'organisme par l'agent gonococcique.
La notion en est récente. Le premier travail d'ensemble sur cette question ne date que de 1893. Il est dû à M. le docteur Souplet. Mais à cette date, il n'avait étayé sa démonstration que sur des faits cliniques. La preuve bactériologique manquait. Depuis, les observations se sont multipliées et le gonocoque a pu être mis en évidence.
D'après Arthur Ward de Londres, l'infection générale n'apparaîtrait que dans 0,6 0/0 des cas. Il est heureux qu'il en soit ainsi, car les quelques exemples qui vont suivre
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montreront la gravité de ce complexus. Nous les empruntons aux leçons de J ullien sur les formes rares de la blennorrhagie.
En 1882, Martin de Genève voit sur\'enir chez un blennorrhagique une prostatite, de la cystite, des hématuries, des arthropathies, de Tendo-péricardite, une pleuro-pneumonie et toutes ces complications se terminent par la mort.
En 1895, Genova constate tm écoulement uréthral, suivi de pyélo-néphrite et de pach>Tnéningite.
En 1901, Debray observée un sujet dont l'uréthrite se complique de rhumatisme, de pneumonie, de méningite et qui meurt.
En 1904, c'est une endocardite, accompagnée de pleuropneumonie, qui emporte le malade de Krause.
Il fallait démontrer que le gonocoque était bien responsable de ces tragiques évolutions.
L'ensemencement de 20 à 30 centimètres cubes de sang sur un milieu approprié en a fourni la preuve. On a trouvé dans la culture le gonocoque en toute évidence. La thèse de M. le docteur Faure-Beaulieu, année 1906, contient 34 observations probantes. Depuis, on en a signalé d'autres. Dans nombre de cas, à côté du gonocoque, d'autres microbes ont été découverts, réalisant ainsi une infection mixte.
Quoiqu'il en soit, les sujets atteints étaient tous porteurs de blennorrhagie plus ou moins ancienne, jNIais voici un dernier fait plus extraordinaire, qui démontre que la septicémie gonococcique peut se produire, sans qu'il ait existé antérieurement le moindre écoulement uréthral. Nous devons cette observation à MM. (Ettinger, Pierre-Louis ^larie et Morancé (Soc. méd. des hôp., séance du 13 février 1914).
Un jeune homme de 18 ans, ancien rhumatisant, affecté d'une insuffisance mitrale, entre à l'hôpital Cochin, le 23 septembre 1913, pour des douleurs articulaires, sans qu'on puisse déceler chez lui la moindre blennorrhagie.
Il semble guéri depuis plusieursjours, lorsque apparaissent des accès fébriles à t>^e intermittent et de la spléno-mégalie. Ultérieurement se déroulent les signes d'une endocardite végétante et une néphrite aiguë hj'dropigène.
Chose extraordinaire, l'hémoculture révèle chez ce malade un diplocoque que les méthodes bactériologiques précises identifient avec le gonocoque. Or malgré l'examen clinique
COMPI<îCATIONS DE LA BI.ENNORRHAGIE
le plus attentif, on ne découvrait pas trace du moindre écoulement uréthral.
Au bout de cinq semaines, le patient était enlevé par un œdème aigu du poumon et Tautopsie montrait, entre autres lésions, une endocardite mitrale végétante à gonocoques et une néphrite intense.
septicémie
biennorrhaglque.
Caractères Peut-on, à l'heure actuelle, tracer un tableau d'ensemble
cliniques de la de la septicémie blennorrhagique ? Sans doute, la chose est difficile, tant les lésions sont variées.
Cependant, voici un certain nombre de traits retrouvés dans la plupart des observations que nous possédons :
Au début apparaissent de grands accès fébriles. La température atteint 40*^ pour retomber à 36^. Ces accès ressemblent, à s'y méprendre, à ceux d'une fièvre paludéenne.
La confusion risque de s'accentuer davantage par la coïncidence d'une spléno-mégalie.
En même temps le sujet présente une anémie profonde dénotée par une teinte cireuse des plus accentuées.
Puis éclosent des éruptions cutanées diverses : taches rosées, purpuriques, herpès, érythème polymorphe.
Gardons-nous enfin d'oublier les souffles cardiaques, perçus chez la plupart des malades. Le stock en effet le plus important de septicémies gonococciques démontre, à l'exclusion de tous autres symptômes, la coexistence d'une endocardite végétante ou ulcéreuse et d'un rhumatisme blennorrhagique.
Traitement. Pour combattre des accidents aussi graves, nos moyens thérapeutiques sont malheureusement bien précaires.
C'est en vain que l'on a essayé les injections intra-veineuses de collargol, d'électrargol, les sérothérapies.
La vaccino-thérapie peut être tentée, soit avec le vaccin de Wright, soit avec celui de Ch. Nicolle et Blaizot. Jusqu'ici les résultats obtenus sont peu encourageants. Il faut néanmoins persévérer dans cette voie. Mais il faut avouer qu'à l'heure actuelle, nous sommes réduits au traitement symptomatique et à l'espérance de voir la bonne nature, chez un organisme jeune, réparer spontanément les désastres, dont le gonocoque est le grand coupable.