TUMEURS VASCULAIRES
Les s^Tiiptômes, en effet, n'apportent pas un trouble considérable dans les fonctions de Torgane; ces dilatations sinueuses sur le trajet des veines sont à peine une gêne dans le coït, et, pour le reste, passent souvent inaperçues, ou du moins ne sont dévoilées au médecin qu'incidemment. La figure 5 offre un spécimen remarquable de varices du gland, tiré de mon service. De son côté, F. Kizet a observé le cas qui suit:
Obs. XCVL Varicet du gland, — Ces varices, .lu nombre de dix à onic, dont deux atteignent le volume du petit doigt, datent de \ingt ans et sont survenues rapidement à la suite d'un coup de pied que le patient, alors âgé de quatorze ans, reçut d'un de ses camarades d'en* fance, la \erge en demi-érection se trouvant appuyée sur la cuisse gauche.
Depuis lors, ces varices, incrustées, pour ainsi dire, dans le tissu du gland, n'ont ni augmenté ni diminué et n'ont même éprouvé aucun changement pendant le traitement que cet homme, sapeur du génie au Mexique, a subi à Vera-Cruz pour un chancre induré du canal. • Ce militaire ne porte nulle part trace de varices ; les jambes et le cordon sperma tique en sont exempts; il en est de même au voisinage du filet, là où il n'est pas très-rare d'en rencontrer.
Dans l'érection, ces varices, dont les plus volumineuses siègent à la base et au côté gauche du gland, disparaissent entièrement, et avec elles les petites du pourtour du méat urinab*e.
Le docteur Rizet fait suivre son observation des remarques suivantes.
Ces varices étant dues, en partie, au réseau veineux assez considérable décrit par Kobelt, réseau qui provient de la surface interne, infundibuliforme du gland, il est évident que, dans l'érection, ces veines dilatées, éprouvant une compression entre le gland à Tétat rigide et l'extrémité antérieure des corps caverneux, doivent se vider complètement.
L'effet opposé s'observe, au contraire, pour les varices de cet organe, dont le siège est la muqueuse préputiale à son voisinage du filet. Comme ces vaisseaux aboutissent, en outre, à la veine dorsale de la verge, la sciîle, d'après Krause, soustraite à la contraction des ischio-caverncux, ce phénomène,
>DS TUUEUH8 ET LËSIONS OROANIQUBS.
insolite au premier abord, se trouve confirmé par ces deoi causes réunio:<, et l'anatoinic pathologique consacre les d^ couvertes physiologiques de ces savants.
Cette observation offre de l'intérêt h cause de la rareté du siégo de la varice et de son étiologie, une violente contusion.
Velpeau est le premier chirur^'ien qui, en t8i6, ait adini^ la contusion au nombre des causes productrices des varice^; ici, pas de doute possible, l'effet fut immédiat (1).
Les varices du prépuce s'obsen'ent sons l'influence des
(t) RttUeliit médical du nord it la Frartû; miii IBK8, ot Archimt d» i»fi»- CÙM, 1868, t. ir, p. 746.
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conditions qui produisent l'œdème du pénis, telles que le cancer de cet ort:ane. J'en ai «bsené dans mon service un cas coïncidant avec des végétations glando-préputialcs siégeant dans la région du fUet. Ces varices, que J'ai fait représenter dans les figures 6et 7, ont persisté après l'ablation des végétations, quoique cependant moins accentuées, ainsi que le montre la figure 7 représentant lejpénis après l'opération.
VnriM» tum de cÔM
§ 3. Dilatation det vaiiiravx lymphatique',
La dilatation des vaisseaux lymphatiques du prépuce est one affection peu commune, car elle a été bien rarement mentionnée parles auteurs, fi tant e«t même qu'on l'ait signalée avant la publication du mémoire do Beau. C'est principalement ce travail, paru en 1831 dans la Itevue médieo-
Il* TlHElEtB ET LÉSIONS OROANlOt'EB.
rhirurgieak, qui a attiré l'attention sur ce sujet et a fonmi les éléments les plus importants d'une descriplion méthodique. C'est surtout d'après ce mémoire que je décrirai cette afTection, tout en m'appuyant sur quelques faits éparsdansli science et sur les cas que j'ai observés, d'après un desquels » été faite la figure 6.
La dilatation variqueuse des vaisseaux lymphatiques du prépuce a son siège dans la membrane muqueuse qui s« trouve à la face iiiterno et latérale du prépuce, dételle sorte quelle est comme cachée dans les replia latéraux ; elle est dirigée, comme eux, de liant en bas et d'arrière en avant. Par conséquent, pour la bien voir, il faut que les replis du
TUMEURS VASCULAIRBS. Sli
prépuce soient effacés par rabaissement et la tension de la peau du pénis : elle apparaît alors sous la forme d'un petit cordon arrondi, parfaitement transparent, dont le diamètre varie de 1 à 3 millimètres environ, et qui a 1 ou 2 centimètres de longueur. Ce cordon lymphatique présente au doigt une certaine résistance et même de la dureté ; on ne peut pas Tafifaisser ou même expulser par la pression le liquide transparent qui y est renfermé, comme on le fait pour la varice veineuse ordinaire ; il présente deux extrémités: Tune dorsale, située près de la ligne médiane du dos de la verge, qui se termine insensiblement, parce que le cordon variqueux, cessant d'être superficiel et gagnant la ligne médiane, disparaît peu à peu sous la peau de la verge, où il n'est plus possible que de sentir obscurément par la pression le relief qu'il produit ; l'autre freinale, voisine du frein du prépuce et se terminant brusquement dans la membrane muqueuse, sans même qu'il soit facile de voir le vaisseau lymphatique qui fait suite à la portion dilatée. Quand le cordon variqueux est d'une longueur notable, il présente dans sa continuité une espèce d'intersection qui marque très-probablement la présence d'une valvule ; car une piqûre faite au cordon ne vide que la portion placée au-dessus ou au-dessous du point d'intersection. Le liquide est parfaitement limpide et aqueux ; il reparaît dans le vaisseau lymphatique deux ou trois jours après la piqûre qui l'avait fait écouler, et on voit alors réapparaître le relief formé par le vaisseau dilaté.
La varice lymphatique se montre tout à coup pour la première fois après un froissement excessif du prépuce, comme dans le coït. Après cette première apparition, la dilatation variqueuse se dissipe au bout d'un jour ou deux; mais elle réapparaît après chaque coït pour se dissiper bientôt. Les simples érections de la verge peuvent aussi la reproduire. Il arrive enfin une époque où elle passe à l'état de continuité permanente, et le cordon peut acquérir peu à peu les dimensions du tuyau d'une plume de pigeon.
De même que pour les varices veineuses, la contusion peut
n\t TUMEURS ET LÉSIONS OROANIQUES.
également être le point de départ de varices lymphatiques, témoin le cas observé par Trélat dans son service de la Pitié et présenté en 4869 à la Société de chirurgie. Il s"agit dans ce fait d'un homme de vingt-cinq ans, fort et robuste, qui, en jouant avec un de ses camarades, fut poussé contre le coin d'une table de bois. Le coup porta sur la verge, et dès le lendemain se produisirent Tœdème et la dilatation des lymphatiques de cet organe. Dans un autre faif;, observé par le docteur Day (i) sur un enfant de sept ans et communiqué à la Société clinique de Londres, on voit que la dilatation lymphatique coïncidait avec un œdème hypertrophique du membre inférieur droit, œdème qui, de Tavis de Paget, d'accord en cela avec la majorité des membres de la réunion, était sons la dépendance d'une dilatation générale du système lymphatique avec rétention du chyle dans ce membre.
Enfin, dans le cas suivant, la dilatation lymphatique s'est montrée à la suite d'une adénite inguinale déterminée par on chancre non induré.
Obs. XCVII. — Un ébéniste, âgé de dix-huit ans, avait contracté un chancre, non induire, qui se cicatrisa rapidement, et ne détermina qu'une très-faible rétraction de la peau, par suite du traTail cicatriciel.
Quand T ulcération chancreuse fut réduite à des limites insignifiantes, survint une adénite inguinale double, qui fut suivie d*un gonflement non douloureux de tout le pénis. En même temps, on vit se dessiner un anneau \asculaire embrassant la couronne du gland. Ce vaisseau débutait en avant, de chaque côté du frein, de là suivait le sillon giandopréputial, s'élevait en arrière vers le milieu de ce sillon, et se continuait par uu gros vaisseau, qui, situé sur la ligne médiane de la face dorsale du pénis, se dirigeait vers sa racine. Tous ces vaisseaux étaient saillants, on les sentait dui*s, élastiques, quoique indolents à la pression. Leur contenu blanchâtre, trouble, et leur structure moniliforme lei faisaient reconnaître facilement pour des vaisseaux lymphatiques.
Le vaisseau circulaire, qui embrassait la couronne du gland, envovait le long de la surface du gland une foule de petits vaisseaux convergeant vers le méat.
Peu après, l'on incisa les bubons de Taine, qui fournirent une cer-
(1) The Lancet, 3 avril 4869, p. 463.
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taine quantité de pus, et en même temps Ton TÎt disparaître les lymphatiques dilatés, qui revinrent à leur volume normal (i).
La dilatation des lymphatiques n'a rien de grave ; elle gêne seulement le coït, et souvent, après cet acte, la portion du prépuce qui entoure la varice devient le siège d'une fluxion inflammatoire avec gonflement douloureux.
Le traitement varie suivant que l'affection est intermittente ou continue. Dans le premier cas, il sufflt de quelques bains locaux astringents ou toniques ; dans le second, on peut obtenir l'inflammation adhésîve des parois du vaisseau dilaté et son oblitération par une opération très-simple, qui consiste à traverser le lymphatique dilaté par une aiguille portant un fil, que Ton enfonce à l'extrémité freinale pour la faire ressortir à un centimètre environ. La douleur produite par cette double piqûre est très-légère, presque insignifiante. On noue ensuite les deux bouts du fil, et on les cache dans le cul-degac du prépuce qui vient recouvrir le gland. Au bout de trois ou quatre heures on peut retirer le fil, qui a produit une inflammation suffisante. Le cordon est alors tuméfié, un peu douloureux à la pression et opaque. Il diminue peu à peu de diamètre ; et, après deux ou trois mois, le cordon variqueux est tellement réduit de volume, qu'il se perd insensiblement dans les fibrilles sous-muqueuses du prépuce. Si, au lieu de traverser l'extrémité freinale, on opère sur la portion dorsale, l'extrémité freinale, continuant à recevoir de la lymphe, persiste dans son état de dilatation variqueuse, et on est obligé, pour en finir, de pratiquer une seconde opération sur cette portion freinale elle-même. Tel est le mode de traitement employé par Beau.
Ricord se contente de soulever avec une pince les vaisseaux dilatés et de les exciser avec des ciseaux courbes.
Dans le fait suivant, observé par Iluguier, ce chirurgien incisa les vaisseaux lymphatiques dilatés à leurs deux extrémités. A la suite de cette petite opération, il y eut un peu
(i) Priedreich, SchmidCt Jahrb., U LXXVI, p. 190.
ai4 TUMEURS ET LÉSIONS ORGANIQUES.
d'œdëme et d'inflammation du prépuce , mais tout cela s*est promptemcnt dissipé.
Obs. XCVIII. Dilatation des vaigteatt» lympkaiiqueâ du pénis. *
Taniisier, âgé de trente-neuf ans, demeurant à Neuilly, est atteini d*une hernie inguinale droite pour laquelle il porte un bandage dépoli deux ans. Il a depuis dix-huit ans un Taricocèle. On trouTe à la Terge, au niveau de la base du gland, une couronne de Taîsseaux transpareob durs, tortueux, de 3 à 4 millimètres de diamètre. Ces Taisseaux paraissent naitre vers le frein du prépuce, contournent le gland, gagnent n grossissant la face dorsale, d'où ou en voit partir trois ou quatre un peu plus petits, mais aussi durs et aussi tortueux, et se dirigeant vers U racine de la verge; ils paraissent s'enfoncer dans les tissus fibreux de Fenveloppe de cet organe. On remarque que la muqueuse ainsi que ks vaisseaux veineux glissent avec facilité sur les conduits déjà décrits qui 8ont formés par des vaisseaux lymphatiques dilatés, comme le démentit une ponction pratiquée avec une lancette, car aussitôt s'écoule un liquide terne à peu près incolore, et les vaisseaux s'affaissent (i).
(1) Gazette des hôpitaux, 1852^ p. 267.