‹ Maladies chirurgicales du pénisChapitre 40 sur 80 · POLYPES DE L'URÈTHRE · texte numérisé non relu

POLYPES DE L'URÈTHRE

Ln diagnostic de cette affection ne présente aucune difficulté ; mais on doit toujours être très-réservé lorsqu'il s'agit de son pronostic. En efTet, on a vu plus haut que le tissu qui supporte une production cornée peut dégénérer en cancer, et Ton doit d'autant plus redouter le développement de cette affection que le cancroïde du gland n'est pas rare. Mais il est encore un autre motif qui doit engager le chirurgien à se tenir sur laréseiTc, c'est que, pour enlever ces végétations cornées, do manière à ce qu'elles ne se reproduisent pas, il faut comprendre dans l'excision une partie du gland et que les opérations pratiquées sur cet organe si vasculaire sont souvent suivies de phlébite et d'infection purulente.

Le seul traitement applicable aux productions cornées, c'«'st l'excision de la portion du gland qui leur sert de base d'implantation. Cette opération fut pratiquée par Jewett sur son malade, et, quatre ans après, il n'y avait pas eu de récidive, (iette opération n'est cependant jms sans danger : aussi, pensons-nous qu'elle ne devrait être pratiquée que sur un sujet jeune, ou bien dans le cas où la corne serait implantée sur un cancroïde, (pie cette allV'ction soit primitive ou consécutive. Mais s'il s'agit d'un sujet rjui soit déjà assez avancé en âge, il faudrait -«e contenter de faire seulement Texcision de la production cornée sans vouloir enlever en même temps la base d'implantation.

POLYPES DE J/URÈTHRH.

Les polypes de l'urèthre se présentent sons l'aspect de j>etites excroissances charnues, pourvues ou non de pédicule, de fonne assez variabb*, d'un rouge plus ou moins vif, parfois gnsî\1re; leur surface est lisse et se continue avec (relie de la muqueuse nréthrale sur laquelle ils sont implantés. Leur consistance est molle ; ils saignent facilement et offrent peu de résistanc(», du moins dans cette régi(»n.

Leur nombre, de même que leur forme et leur Tolume, sûi^ très-sujets à varier. Dans un cas dont les pièce» ont été présentées à r Académie de médecine, le 17 novembre 1833. Amust^at (M)nstata un premier polype placé près do méat très-pniéminent «»t ayant la forme d'une petite corne. Dautm étaient ré(>andu< >ur toute la >urfaGe interne du canal jo^ qu'au bulbe; dans cH endroit i'urèthre était fort rétréci pu l'agglutination de ces exci'oissances. Une ou deux éttieÉ libres dan? le canal quand on l'a ouvert.

U^s polypes dt» Turèthre simt généralement assez prttî; leur volume ne dépasse giièn* celui d'un pois ou d'une petite l'eri*^*'.

Le siège le plus babituel de ces tumeurs e$t la portion intérieure du canal, la fosse naviculaire, la portion spongieuse: ils occupent plus souvent la paroi inférieure que la supérieart ou \p> paroi-i latérales. M. Tbompson n constaté chei m homme do cinquantiMjuatre ans, mort à Thôpital d'une pneumonie, un polype s'insérant au sommet du verumontanum. couché contre la pai-oi uréthrale, remplissant la lumière de Tiirèthre et atteigrnant le col vésical. Cette tumeur avait nnq huitièmes de pouce de longueur: elle était de consistanct molle, de nature fibi-o-cellulaire avec quelques fibres lisses à sa base. Enfin le rentre contenait quelques petits cristaux de ourliMuale dt' chaux. Dans auiMin nuitée de Londres, dit l'aoteur. il n'existe de tumeur semblable : les seules véi?étatioD'^ dont on lr»>uve de- •'\empi»'s s«iut -ituées «^n a\-ant de la pn^-tate 1,

Les poîype> kW l'uivlniv -«Mit quelquefois extrêmement mou>, lViabU<. de'ui-auu-^'arents. sréîatinifornies : la membrane uau^ueux^ ipu te> en\eU»p|»e est très-niince, difficile à det^Hobervle *4 <ub>t;inv'e luêtne du |Kdvpr-.

tVcU' >iùv>n*ive. jjL'UWiK'U'tise e6 n"»sée. est renfermée dans J«(> AtvvHle^ a^M'.i auiilA»^u«:'> À •l'ell-e-s «lu lissu cellulaire on des Umr^vvu^ vi'uit'uu^ ',U*^ \^L\w< <n \«:te de cicatrisalion : de»

POLYPES DE L'URÈTHRI. ttft

filaments vasculaires, ténus, traversent ces divers éléments : ce sont des polypes vésiculaires. Ce sont aussi les plus fréquents. Leur forme est variable ; ordinairement lisses et polis, quelquefois lobules, mamelonnés, fongueux et en grappe.

Le pédicule des polyprs préi?onte quelquefois une certaine longueur : Arnoll cite un cas dans lequel une végétation rouge et mollasse faisait hcu'sde PunHhre une saillie de 14 millimètres.

Ordinairement solitaires, ces productions peuvent être multiples; souvent alors elles si» compriment mutuellement et sont aplaties par leurs faces qui sont en contact.

Le canal de l'urèthre de Thomme peut renfermer des polypes, qui sont situés au niveau du méat et dans la fosse naviculaire; du y rencontre, en outre, des végétations qui sont situées dans la portion spongieuse et dans la portion membraneuse.

Desruellos(J) a observé, sur un gendarme de Paris, en 1829, une excroissance en forme de- polype sortaid du méat urinaire; elle avait le volume d'une châtaigne, tenant à un pédicule, de la grosseur d'une plunu' de corbeau, à grains transparents teinis par des tiges minces et aboutissant à une branche commuiu». Elles étnient implantées h la partie interne de l'ouverture du gland. Otte tigr coupée a laissé échapper une gnuidr (juanlité de sang.

SyitiptoinatoliiifH'. — Les polypes de l'urèthre se numifestrnl [)ar des syuiplAmes qui appartiennent aux rétrécissements dr ce canal; aussi celle iifTecticJU esl-elle souvent considérée couiuic une variété des rélrécissemcnls organiques. Le jet de lurine est variable d'un jour à l'autre, pendant lesditférents instants de la journée ou nn*me durant la miction. Tantôt il s'interrompt tout à coup ; tantôt il reprend avec facilité pour diminuer en-uite. Petit, partagé, d'iuie forme irrégulière, soitant en jel ou n|»lMli ou Irès-pelil et

I Ui'sfiu'IU's, De la hlennorrhée uréthra'e.

tournoyant, il varie suivant la forme, la grosseur ou la |>osition du polype, (juaud on sonde le malade, il s'écoule presque toujours du sang de Turèthre; pour peu que l'instrument ail eu quelque peine à pénétrer, il entame , déchire ou même déracine le polype, dette manœuvre est quelquefois suivie de rétention d'urine incomplète et momontanée ; tout à couple malade urine facilement, il lui semble qu*un bouchon a été expulsé au dehors avec violence ; efïectivement, si les urine* sont conservées, on y remarque des débrij^ de chair mortifiée, qui n<' sont que les parties des végétations qui ont été déchirées par la sonde ou la bougie exploratrice.

Obs. (Jll. — I iioflicicr d 'état-major de Cambrai, a\ant obtenu un n»iip' pour uiu* rétention d'urine, ^int consulter le doct#*ur Nicod. S« état élait empiré par la fatigue du vo\nfre; il avait dt* la tièviv. L'of sontie exploratrice de '2 lijrnes et demie de diamètre tit reconoaltiv ipu» le canal était parfaitement libre, jusqu'à 7 pouces, et qu'k 7 pouott A litfues, il était obstrué. La pointe annonçait que le diamètre du canil u'rtvait (pi'un tiers «le liiiue. Après un \mu et deux joui*5i de repos une t>ouu:ie n" *2 passait dans le canal.

\.v troisième jour, Tenqireinb* se trouvant déprimée, à 3 lignes, en l»a>.» contradictoiitMuent à la première, ce phénomène indiqua des caruosité«i uu>lles susceptibles <b» déplacement, par le cours des urines, couuue par la pression de la sonde exploratrice. Une sonde d'argent fat introduite el, apivs une léfi:ère secousse, elle pénétra dans la vessie etiit M)rtir une carnosité de 3 pouces { lijrue de lonp^ sur i ligne de lar^, un fragment de \) à 10 lijrnes de lonc: et un autre plus petit, tous épleuu»ut rouift's. Lu sonde exploratrice pi*ésenta un sommet différent.

(Itdle du quatrième jour fut enc(»re déprimée de haut eu iia^; une Mtude d<^ 1 li^ue et un (piart rapporta de petits fragments; elle pénétra de nou\eau ilaus la \essie et ne rapporta rien.

I.e ciiitptième jour, l'urine (il sortir du san^ mêlé à de petits lambeaux, connue à l'ordinaire. Le sixième jour, l'empreinte, toujours de méuu' vrrt>s>eur, présenta, à 7 pouces G lignes, une bifurcation à droite qui iudi<piait le lieu d'implantation des polypes. La sonde en détacha «leux fniKUients (pu a\aient environ i pouce 0 ligues de long et 1 ligne un quart tle large. Les deux jours suixants, le malade urina bien.

Le ouiiièuu* jour, première cautérisation; le soir des deux jours sui- Nauts, le nudade urine facilement, mais trois joins après, la sonde ne peut péuélrer dans la \essie. Klle rapporte une portion de carnosité aNaut I pouce de louL*^ <ur '2 lisriie^ de lartre. Le lendemain, la sonde

POLYPES DR LnjRÈTHRE. S87

arrÎTe dans la vessie, mais le malade, à la suite d*un i^efroidissement, est pri& de pneumonie.

Le trentième jour, une seconde cautérisation fait tomber une eschare purifbrme de 2 lignes d'épaisseur, de 3 ou 4 de longueur. Trois autres furent nécessaires pour la guérison complète, qui ne s'est pas démentie (1).

Quelquefois les polypes de Turèthre ne causent aucune souffrance, mais, le plus souvent, ils déterminent des douleurs assez vives, à cause de leur action sur le canal qu'ils dilatent; ils peuvent aussi être cause d'une rétention d'urine.

L'excrétion de l'urine est presque toujours difficile, tant à cause de la douleur qu'elle provoque que par l'obstacle mécanique apporté par la présence même de la tumeur ; la vessie se vide incomplètement, les envies d'uriner sont plus fréquentes; enfin il n'est pas rare de voir des urines sanguinolentes.

Etiologie. — La cause des polypes de l'urèthre est obscure; quelques-uns cependant semblent être consécutifs aux inflammations chroniques de ce canal. Ces productions paraîtraient se développer entre l'âge de dix ans à trente ans. Le fait suivant ne permet pas de douter qu'il ne puisse se former de véritables végétations dans l'urèthre à la suite de la blennorrhagie. Chez un vieillard qui, après avoir eu des blennorrhagies suivies de rétention d'urine, était mort d'apoplexie. Mercier trouva, depuis la fosse naviculaire jusqu'à la portion prostatique exclusivement, douze ou treize petites excroissances, semées à égaie distance, ayant la couleur des bourgeons charnus d'une plaie régulière, découpées, fendillées, granuleuses, molles, demi-transparentes, composées de plus de liquides que de solides. Situées presque toutes à la paroi inférieure de l'urèthre, quelques-unes étaient sur les côtés; une seule existait en haut, dans la portion membraneuse. Les unes avaient le volume d'un grain d'orge, d'autres étaient

(1) NIcod, Gas$ttê médicale, iSZS, p. 190.

3Se TUUBUIl!!

tournoyant, il varie si:

tion du polype, yuaiij ui toujours du sang de l'urt eu quelque peine à péti déracine le polype. (Àrlh rétention d'urine tuciuuii malade urine fadlcmenl.

expulsé au dehors a\'-c \ sont conservées, on y remqui ne sont que les partie.réespar la sonde ou la bon

Obs. CIU. — l iioraripr.]'ébi congé poLU' uni' n''ti<iiti<sii d'urin étal éiail l'inpiré par hi fatï^e sondp eiploratriri- ili> '2 \ifcnfa • quple ciiual l'tiiil paifiiitcinent lîb 31ignes, Il l't.-iil ohstruï. I.a point u'atail qu'ut] lii'rs de liene. Aprè^ iMU^e u' 2 p.-issnil ilnns lo ranat.

Le trolsiènu' jour, ['(nipreintn ))► Ihig, contradictolifuicnt -^ h preml^ iiositéa moHi-s r(us»ptitili!!i iIr litf^ comme piir la pi'esiiiou ili' la wiule^^ introduilK el, apràs uui- logèrc WOQb sortir unp oaraosilù ilt- 3 police» j ^* UQ fragment di> 0 ,'i 10 ligi temenl roupcs. I^ «onile e\ploi

Celle du qunnième juiir t\ 60Dde de 1 ligiii' el iiu quurt de DOUTeaii di.us lu «cssi

beaux, roniine n l'ordiiia même pusseuv. présent;), n 7 pouces • qui initiquail le lieu il'implautatiou dt deux fniRuieDls qui a^Hie^t uu quai'( de litrge. Les deiiv joui's Le ouiièiue jour, preiiiièn' r.iiil \anL<, le mnlnde ui-ine fncllemeiil, peut pénétrer dans la i.-ssit. Kll iiïant i pouce de l.iuc sur 3 iietii

lit»»"''"' .M.»

0LYPB8 DB L'URÈTHRB. 889

de trent^huit ans, chef de bureau dnns une

le TElat, avant par conséquent des habitudes

n iSoi, qu*il urine moins fucileineut qu*autre-

méme temps, d'une certaine fi;ùne dans la ros-

^e de polypes muqueux des fosses nasales, qui

■s fois, à partir de cette époque. Depuis 1851,

•Il des soins, h propos de la pAne qu'il éprou-

part de plusieuis chirurgiens distinpiés. Des

\ invoquées pour expliquer la difficulté qu'il

le l'urine; toujouM est-il qur, depuis t8ol,

Ikien et de mal. «lans rnccnmplisseuient des

me consulter, me priant d'examiner avec

Miuiuer lii cause de sou mal. Le uialnde

temps, le passaii^e de la houjfie est dt'veuu

^ la perte d'une certaine quantité de sanL^

uctîon d'une grosse bougie dans l'urèthro ;

»n! le ranal, je trouve, dans la fosse na>i-

enipAtement tout à fait anormal. Les

•t Turèthre exploré avec soin, je «lécouvre

i grain de millet, d'un aspect blancliâtrt\

uit permet dr constater la présence d'un

'*ations Siiut douloui-euses et font heau-

iropose alors de le déU-irrasseren iuci-

«nent très-étroit, de découvrir In fosse

tions foDf(ueuses et vasculaires dont

Qotlle opération, je pus ainsi couper

ns, dont trois ou quatre avaient le

tien fut suivie d*un spasme >ésiral

Ider sa vessie. Je «lus alors recourir

matin et soir, et je profitai, en

urer si les craintes de mon malade

\ de ressentir, au moment même

de rurMhre, un malaise et une

ngosités analogues h celle dont

•et dont les veux étaient taillés

que dans lu rérion du bullie,

\ partir de ce point, la soude

t^ec facilité dans la vessie.

it le malade saignait, mais

rgie, t. Vil, p. 473.

encore les yeux de la sonde rcTenaient charge de sang et de foo» sités en tous points semblables à celle qui ayait été retirée de b fEb^r naificulaii'e.

Cette observation nous montre l'existence incontestaUe de fongosités dans les deux points extrêmes de rarèthn de M. X..., si toutefois il n'en existait pas dans toute !>• tendue du canal.

Pronostic. — Quand les polypes peuvent être reconnu» el atteints, le pronostic n'est pas grave; mais quand ils som situés profondément, et qu'on ne les reconnaît pas, ils délffminent parfois des accidents sérieux.

Traitement, — Les polypes de Turèthre peuvent être enlevés à Taide de la ligature, de Vexciston ou de la caïUérisatim.

La ligature est rarement applicable ; elle n'est indiquée qnf dans les cas où la tumeur est pédiculée et où le pédicule penl êtri» facilement étreint par un fil.

Vexciston est le procédé le plus simple et convient lout« les fois (pie le polype est à peu de distance du méat urinairf. Cette opération est facile; elle ne détermine aucun accident, cause peu do douleur ; elle est souvent combinée avec la cau- Lérisation. L'application du nitrate d'argent ou d'un bouton de feu sur la petite plaie a pour but: !• de prévenir l'écoulement sanguin, qui peut être assez considérable et causer des accidents, surtout lorsque le liquide s'accumule dans la vessie, ainsi que Forgeten a rapporté un exemple ; 2? de délruire les racines du polype et d'empêcher la récidive.

La cautérisation doit être très-superficielle, très-courte, mais répétée tous les quatre jours, et combinée avec la dilatation: ainsi employée, elle a produit de bons effets. Elle est trèsrarement employée seule et convient surtout pour détruire les végétations profondes du canal de l'urèthre. Quelquefois on pratique en même temps Varrackement, c'est-à-dire cette opération qui consiste à introduire une sonde métallique asseï volumineuse pour frotter les parois du ccmal et détacher les excroissances charmies qui font saillie dans sa cavité.

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