C. R., 3 novembre
ANIM. NUIS, a l''AGRIG.
la prairie où nous avons découvert le parasite du ver blanc, présenteraient à la fois plus d'intérêt el d'exactitude
M. Le Marchand avait décidé de faire labourer sa prairie dès les preiTiiers jours de septembre. Nous lui demandâmes de réserver une zone d'environ 10 mètres carrés dans la partie contenant la plus grande quantité de vers malades. La partie épargnée par la charrue devait nous servir de champ d'expériences.
La prairie n'a d'ailleurs pas été labourée et ne le sera probablement pas, nous en donnerons tout à l'heure la raison
Nous avions constaté au mois de juillet que les vers atteints par le champignon représentaient environ 1/10 des larves trouvées dans le terrain. Le 10 septembre, nous avons fait pratiquer de nouvelles fouilles, la proportion des vers atteints était d'environ 65 à 70 p. 100
Enfin, il n'est pas jusqu'à l'aspect général de la prairie qui n'ait subi une transformation complète.
Au mois de juillet, l'herbe complètement flélrie n'adhérait plus au sol. Au mois de septembre, au contraire, et malgré la sécheresse, la prairie se trouvait complètement reverdie et l'herbe ne pouvait plus s'arracher à la main, tandis que la prairie voisine, située dans les mêmes conditions sous le rapport de la nature du terrain, de la pente, de l'arrosage et de l'exposition, était demeurée complètement desséchée, le gazon s'enlevait avec la plus grande facilité.
Le 28 septembre, nous avons fait de nouvelles fouilles sur le terrain réservé. Celte fois, il nous a élé presque impossible de trouver des vers vivants, tandis que les vers parasités se rencontraient en grand nombre. Leur présence nous était toujou -s signalée par de longues traînées blanches formées par les filaments des champignons et s'écartant toujours de 7 à 8 centimètres du point de départ
Depuis, on a trouvé des gisements naturels de vers blancs momifiés un peu partout. M. Giard en signale plusieurs qu'il a observés lui-même ou qui lui ont été signalés par ses correspondants. Nousmême nous avons trouvé des vers blancs muscardinés à Sceaux (Seine), dans plusieurs localités du département de Seine-et-Marne, dans des endroits où on n'a jamais fait usage de cultures artificielles.
Enfin M. Gouin, président du comice agricole du canton de Vertou (Loire-tnférieure), a signalé d'abord dans le Journal de l'agriculture pratique et nous a communiqué ensuite par lettres une série d'observations très intéressantes, concernant une épidémie naturelle de muscardine sur une étendue de plus de 100 hectares.
DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES A l'aGRICULTURE. 67
M. Gouin a conslaté la présence de vers momifiés sur toute l'élendue de ses terres en juin 1892. Il a suivi celte épidémie durant toute la belle saison de l'année 1893 et a recommencé ses observations en 1894.
En 1891 (deuxième année de vers blancs), dit M. Gouin, malgré l'abondance de vers blancs, on n'a pas trouvé un seul ver malade. En juin 1892 (vers blancs de 3' année), on trouve partout des momies et des vers malades.
L'épidémie semble disparaître en juillet avec la descente des vers blancs et leur transformation en nymphes pour reparaître en automne sur des hannetons en terre.
En 1893, apparition de l'épidémie dès le début du printemps sur toute rétendue de mes terres et principalement dans les prairies et autres champs non labourés, excepté dans mon jardin potager.
En 1894 apparition de l'épidcmie en avril. J'ai trouvé pour la première fois des vers roses et momifiés dans mon jardin, mais seulement dans une partie qui n'a reçu aucun labour depuis neuf mois. Dans les parcelles labourées en mars, beaucoup de vers blancs bien portants, pas un seul malade.
Les ouvriers de M. Gouin affirment que, antérieurement à 1891, ils trouvaient fréquemment dans les champs des vers blancs et des hannetons couverts de moisissure; l'un d'eux se rappelle même qu'en 1859 presque tous les vers blancs que l'on découvrait au labour étaient muscardinés.
Cette série d'observations montre d'une façon indiscutable que dans certaines régions la muscardine des hannetons et des vers blancs règne à l'état endé7nique et on est en droit d'en conclure que dans les champs oii on réussira à créer des foij ers d'épidémie y la maladie s'étendra peu à peu d'elle-même et y persistera pendant de longues années.
Il est très probable que partout, dans les terrains où elle peut se développer, VIsaria vit dans la terre à l'état saprophyte, qu'elle atteint d'abord les sujets prédisposés à contracter la maladie et que, ayant régénéré sa virulence en passant par le corps des premiers vers blancs atteints, elle devient ou redeviQui parasite. En infectant d'une façon continue des vers blancs ou des hannetons, au moyen des cultures artificielles, on maintiendra conslamment la virulence
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du champignon, et en multipliant les foyers épidémiques, on aidera simplement la nature à répandre rapidement la maladie et à la rendre plus intense.