A. Giard, loc. cit., p
c'est de commencer sans tarder l'étude expérimentale proprement dite qui seule peut nous donner des renseignements précis et qui ne produira de résultats appréciables qu'avec le concours effectif des cultivateurs.
Cette étude n'est ni bien difficile ni compliquée ; pour la mener à bonne fm il suffit de procéder avec inélhode, noter avec soin les faits observés et la poursuivre pendant un, deux ou trois ans, c'està-dire le temps nécessaire pour obtenir des résultats définitifs.
Au lieu de répandre la muscardine au hasard, à une dose plus ou moins arbitraire sur toute l'étendue des champs envahis par les vers blancs, il faut commencer par employer la quantité nécessaire de ce produit sur un petit champ — spécialement choisi et préparé dans ce but — pour y obtenir des vers momifiés en aussi grande quantité que possible.
Le champ réservé doit être préparé de la façon suivante :
1" Choisir un terrain de préférence bien envahi par les vers blancs et aussi éloigné que possible des habitations pour que les oiseaux de la basse-cour ne puissent pas y pénétrer;
2*» L'entourer d'un petit fossé de 80 centimètres de profondeur pour le garantir d'une inondation et aussi pour empêcher les vers blancs d'en sortir ;
3" Répandre sur ce champ de la muscardine à profusion en y semant des spores délayées dans l'eau ou à l'état sec, ou bien en y enfouissant des cultures sur pomme de terre ou des vers blancs préalablement contaminés par la méthode de MM. Prillieux et Delacroix, à raison d'au moins 100 par mètre carré (ce dernier procédé nous semble, jusqu'à nouvel ordre, présenter les garanties les plus sérieuses);
4° Semer sur ce champ du gazon, de la luzerne ou toute autre plante dont les vers blancs sont friands;
5" Eloigner du champ ainsi préparé les taupes et les oiseaux qui pourraient manger les vers blancs ou les momies.
Dans les conditions les plus favorables, l'infection deviendra manifeste 15 à 20 jours après l'opération; dans ce cas, les momies produiront des spores deux ou trois mois plus tard et pourront communiquer la contagion à d'autres vers blancs. Dès ce moment
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on pourra jeter dans le terrain réservé tous les vers blancs vivants et bien portants que l'on pourra ramasser au moment des labours.
En admettant qu'on aura procédé à l'installation du champ réservé le avril, on pourra faire une première fouille le 1" mai et alors, si le résultat est favorable, c'est-à-dire si l'on trouve des vers blancs momifiés ou malades, on pourra y jeter tous les vers blancs vivants qu'il sera possible de se procurer pendant toute la durée de la belle saison, c'est-à-dire jusque vers le 15 octobre.
Ace moment il sera nécessaire de constater le premier résultat obtenu.
On verra :
1° A la première fouille (le mai) la proportion des vers contaminés par la culture artificielle employée en premier lieu ;
2° A la deuxième fouille (le 15 octobre), si la maladie s'est propagée d'elle-même aux autres vers qu'on aura introduits dans le champ d'expériences depuis le 1^^ mai et, — en comptant les vers momifiés et ceux qui sont restés encore vivants, — la proportion des vers contaminés de cette façon.
Durant la première année, les vers momifiés et les vivants doivent être laissés en place.
Au printemps suivant, il y aura lieu d'examiner à nouveau l'état des cultures et d'alimenter le champ réservé en vers blancs vivants jusqu'en octobre ou en novembre.
Dans le courant de la deuxième année on pourra déjà commencer à prendre des momies dans le champ réservé (en choisissant celles qui seront les plus mûres et sur lesquelles la moisissure se sera le mieux développée) pour les répandre dans d'autres endroits infestés par les vers blancs ou pour conlaminer des hannetons.
Pour obtenir des résultats décisifs, l'expérience doit être continuée au moins encore pendant une troisième année ; elle doit durer au. moins aussi longtemps qu'un cycle d'évolution complète du hanneton, de l'œuf à l'œuf.
En suivant une telle expérience avec méthode et en notant soigneusement les faits observés (la proportion des vers moi ts muscardinés) ainsi que la nature du sol du champ d'expériences et les conditions atmosphériques pendant la durée de l'expérience, on
apprendra à connaître toutes les données qui nous manquent encore relativement aux procédés à suivre pour détruire les vers blancs en grande culture. On apprendra notamment :
1" La proportion des vers blancs qui peuvent être détruits par la muscardine dans un temps donné ;
2* Les conditions de développement de la muscardine dans la terre.
Mais ce n'est pas là le seul avantage d'une telle façon de procéder. L'établissement d'un champ d'expériences dans les conditions que nous venons d'indiquer, tout en nous fournissant des renseignements précis et indispensables, permettra seul de multiplier les foyers naturels de la muscardine et de mettre, en même temps, les germes de cette maladie à la disposition de tous les intéressés sans autres frais et manipulations que l'entretien de ces champs une fois qu'ils seraient établis.
D'autre part, les spores récoltées sur les vers blancs ou les hannetons muscardinés étant plus virulentes que celles produites sur des milieux nutritifs artificiels, les cultivateurs auront toujours à leur disposition une muscardine présentant beaucoup plus de garantie au point de vue de son efficacité que les cultures artificielles en tubes ou en boîtes.
En un mot les champs d'expériences deviendront dans la suite des « gisements momifères », véritables pépinières dans lesquelles on pourra puiser des momies pour les répandre sur les terres envahies par les vers blancs.
L'étendue de ce gisement ne peut pas être fixée d'avance d'une façon bien précise, sa richesse dépendra naturellement de la quantité des vers blancs qu'on y aura enfouie; nous croyons toutefois que chaque mètre carré du champ réservé fournira une (juantité suffisante de momies pour traiter ensuite avec succès un hectare de terrains envahis.
Pour une ferme de 50 hectares, il faudra donc un champ réservé de 50 à 60 mètres carrés, pour une commune dont le territoire aurait 3000 hectares d'étendue, il faudrait un champ de 300 à 350 mètres carrés.
Les frais de premier établissement d'un gisement momifère s'élèveront, au maximum, à 5 fr. par mètre carré; mais il ne faut
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pas oublier que celte dépense serait faite une fois pour toutes, qu'une fois établi, un tel gisement durera aussi longtemps qu'il y aura des hannetons et des vers blancs pour l'alimenter.
En procédant ainsi, chaque cultivateur pouira préparer sa muscardine comme il prépare aujourd'hui son fumier et ce n'est qu'à celte seule condition — quand chaque intéressé produira sa muscardine lui-même et en aura à sa disposition des quantités suffisantes sans autres frais qu'un peu de travail et de persévérance, quand, par cela même, la muscardine pourra être répandue partout, dans toutes les contrées envahies par les hannetons — que celte merveilleuse découverte donnera le résultat que l'on est en droit d'en attendre.
En résumé, la muscardine ne deviendra une arme réellement efficace contre les hannetons et les vers blancs que dans les conditions suivantes:
1° Quand on aura déterminé par une série d'expériences en pleine terre les conditions de développement du champignon dans la terre et son action sur les hannetons et les vers blancs ;
2° Quand, dans toutes les contrées envahies par ces insectes, chaque cultivateur aura à sa disposition et emploiera une muscardine réellement virulente et en quantité suffisante pour obtenir des résultats appréciables, c'est-à-dire quand tous les cultivateurs intéressés auront étabU des champs d'expériences pour en faire, dans la suite, des « gisements momifères ».
Avant de terminer ce chapitre il nous faut dire quelques mots sur la possibilité de multiplier la muscardine en la cultivant sur des milieux nutritifs artificiels de façon à remplacer éventuellement les « gisements momifères » par des gisements de cultures artificielles.
En principe, il n'est point impossible de découvrir pour la muscardine un milieu nutritif qui donnerait des cultures non seulement aussi virulentes, mais même plus virulentes que celles qui viennent directement sur les hannetons ou les vers blancs. Malheureusement ce milieu nutritif n'est pas encore trouvé ; bien au contraire, on sait
que les reports successifs sur les milieux nutritifs connus et essayés jusqu'à présent affaiblissent progressivement la virulence de la muscardine de sorle que les quatrièmes ou cinquièmes reports ne produisent plus aucun effet sur les insectes.
Pour préparer des cultures artiticielles de rauscardine dans les laboratoires en assez grande quantité pour pouvoir les mettre ensuite à la disposition des cultivateurs, on procède actuellement de la façon suivante :
Les spores recueillies sur un ver blanc ou un hanneton momifié sont ensemencées sur des pommes de terre stérilisées en tubes. C'est ce qu'on appelle le premier report ou la première culture.
Ce premier report ne donne généralement pas des cultures pures; pour les purifier il faut prendre des spores de la première culture pour les réensemencer sur une deuxième série de pommes de terre. On obtient ainsi des « deuxièmes cultures » qui sont généralement pures mais qui, par les deux reports successifs, ont perdu, à chaque réensemencement, un peu de leur virulence.
Ce sont ces « deuxièmes cultures » qui peuvent être mises à la disposition des cultivateurs qui, s'ils voulaient les multiplier à nouveau par réensemencement sur d'autres milieux nutritifs artificiels, n'obtiendraient, par conséquent, que des « troisièmes cultures » nécessairement encore moins virulentes que les précédentes.
Ce serait là déjn un inconvénient bien grave et il ne serait pas le seul. La mùscardine cultivée en pleine terre, dans un milieu non stérilisé, serait promptement envahie par d'autres moisissures que le cultivateur n'aurait aucun moyen de reconnaître et il serait nécessairement amené à employer souvent, en pure perte, des produits absolument inoffensifs.
Donc, jusqu'à nouvel ordre, le seul procédé rationnel pour multiplier la mùscardine de façon à en rendre l'emploi possible partout, est de la cultiver sur des vers blancs.
La matière première, pour faire ces cultures, n'est malheureusement pas prête à manquer. En ramassant des vers blancs pour étabhr des gisements momifères on en débarrassera d'autant les champs et quand il n'y en aura plus, il n'y aura plus besoin de mùscardine pour les détruire.
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Épidémies naturelles.
La muscardine rose est une maladie naturelle du hanneton et du ver blanc, il est donc très probable qu'elle a existé toujours, sinon partout, là où il y avait des hannetons, en obéissant dans son évolution aux mêmes lois que toutes les maladies contagieuses, c'est-àdire apparaissant et disparaissant successivement avec plus ou moins d'intensité et d'étendue.
Ainsi que l'indique M. GiardS des épidémies causées très probablement par le même champignon que celle observée à Géaucé par M. Le Moult, ont déjà été signalées par J. Reisel en France en 1867 et par Bail et de Bary en Allemagne en 1869.
M. Le Moult a le premier suivi une de ces épidémies pendant plusieurs mois pour se rendre compte de son extension et de ses effets.
S'inspirant des travaux de MM. Metchnikoff et Krassilstchik sur la destruction du Cleomis 'punctivenlris au moyen des cultures artificielles à'Isaria destructrix, et conseillé par M. Giard, M. Le Moult s'est mis à la recherche d'un champignon parasite spécial au ver blanc. Il a trouvé le premier gisement naturel de vers blancs momifiés à Géaucé, dans une propriété appartenant à M. Le Marchand.
L'une des prairies surtout, dit-il dans une note présentée à l'Académie des sciences % présentait un aspect des plus lamentables. Les vers blancs y étaient si nombreux que l'herbe n'avait plus de racines. C'est là que nous fîmes nos fouilles les plus sérieuses, celles qui ont enfin récompensé nos efforts
Au nombre des larves que nous mettions à découvert, nous en avons trouvé dont la mort était de date assez récente et qui présentaient cette particularité qu'elles étaient complètement couvertes d'une sorte de moisissure blanche envahissant toute la masse et se développant dans tous les sens à travers la terre
La proportion des vers atteints par rapport aux vers sains était d'environ 10 p. 100
Nous avons pensé que les observations faites sur le terrain même, dans