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CHAPITRE IV

MÉTHODES A SUIVRE POUR INFECTER LES INSECTES VIVANT A LA SURFACE ET CEUX QUI VIVENT ENFOUIS DANS LA TERRE

Pour détruire les vers blancs au moyen de la muscardine rose, M. Le Moult a suivi la méthode indiquée par M. Krassilstchik.

Il a fait répandre sur les champs infestés par les vers blancs des spores préparées en grand sur des milieux nutritifs artificiels.

Il aurait pu se faire que, par un hasard heureux, ce procédé donnât des résultats satisfaisants; dans ce cas on n'aurait eu qu'à suivre les indications de M. Le Moult, sans se préoccuper autrement des conditions de développement et d'existence du champignon parasite et des insectes qu'il s'agissait d'atteindre.

Malheureusement, le hasard n'a pas favorisé M. Le Moult; comme nous l avons vu plus haut, les tentatives d'infection des vers blancs dans les champs n'ont pas été jusqu'à présent couronnées de succès.

Bien au contraire, les nombreux essais d'infection des vers blancs faits en France pendant près de quatre ans ont montré d'une façon inconieslable que dans la lutte avec ces insectes les procédés de MM. Krassilstchik et de Snow ne pourront jamais donner des résultats appréciables.

On se trouve là, en effet, en présence de cas absolument dissemblables, tant au point de vue entomologique que mycologique.

Le Cleonus comme le Cliinch bug sont des insectes qui font le plus de ravages à l'état d'imago ou de larves, vivant à la surface ou très près de la surface .lu sol, se déplaçant facilement en courant d'une plante à une aulre et, par conséquent, se trouvant fréquemment en contari les uns avec les autres. En répandant des spores virulentes même en^ quantité r.'lativement petite sur les champs infestés par ces insectes on a beaucoup de chances de les atteindre directement et il est possible d'adiuf tire a priori que les sujets qui ont pu échapper à ce premier traitement direct s'infecteront dans la suite par contact avec les sujets morts contaminés.

L'extension rapide des épidémies est encore favorisée dans ces deux cas par ce fait, que la mtiscardine verle employée contre le Cleonus et les deux muscardines (Sporotrichum et Empusà) dont s'est servi M. S710W pour détruire les Chinck bugs sont des champignons à évolution rapide.

Il leur faut 8 à 12 jours dans des conditions normales pour passer par tous les stades de leur développement et produire des spores mûres, virulentes.

Quant au Micrococcus insectorum, la maladie causée par ce microbe est contagieuse aussitôt après l'infection et peut être propagée par des sujets atteints encore vivants.

Il était donc relativement facile, dans ces conditions, de créer des foyers d'infection et d'admettre logiquement que , ces foyers une fois établis, l'épidémie se propagera d'elle-même rapidement sur toute l'étendue des champs envahis par les insectes qu'il s'agissait d'atteindre. Les résultats obtenus en Russie et surtout aux États-Unis ont montré qu'il en est effectivement ainsi.

Or, les conditions d'existence des vers blancs ne ressemblent en rien à celles du Cleonus et du Chinch bug, pas plus que les conditions de développement de la muscardine rose ne ressemble à celles des muscardines précitées.

On sait, en effet, que les vers blancs se tiennent enfouis dans la terre à des profondeurs variant entre 10 et 20 centimètres en été et 30 à 60 centimètres en hiver, qu'ils ne viennent jamais d'euxmêmes à la surface, qu'ils se déplacent peu, vivent isolés et peuvent, par conséquent, ne jamais se rencontrer les uns les autres. D'autre part on sait que la muscardine rose est un champignon à évolution relativement très lente, qu'il faut attendre un, deux et parfois même trois mois pour qu'une culture sur ver blanc ou sur pomme de terre donne des spores bien mûres.

Ce sont là des faits qui, à première vue déjà, permettent de préjuger que les procédés employés par MM. Krassilstchik et Snow ne peuvent pas être appliqués tels quels à la destruction des vers blancs.

Il nous semble même impossible d'admettre qu'un naturaliste lant soit peu au courant des conditions de développement de la muscardine rose et des conditions d'existence des vers blancs, ait jamais pu

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espérer d'atteindre ces derniers dans une proporlioa appréciable, en répandant sur les champs des spores à raison de quelques tubes ou même de quelques kilogrammes de cultures sur pomme de terre, ou en enfouissant ces mêmes cultures dans le sol à raison d'un petit morceau pour 10 ou 20 mètres carrés

L'expérience suivante prouve bien, croyons-nous, qu'il n'y a pas de doute possible à ce sujet :

Nous avons placé iOO vers blancs de 2^ année dans 10 pots a fleurs à moitié remplis de terre. Ces vers blancs ont été recouverts d'une couche de terre de 2 ceniimètres d'épaisseur sur laquelle nous avons répandu le contenu d'un tube de culture sur pomme de terre (tubes Le Moult) par pot. Ensuite, nous avons rempli les pots de terre -jusqu'en haut et nous y avons semé du blë et du gazon . Pour arriver

l Ce sont pourtant ces procédés qui ont été adoptés et conseillés par M. Le Moult dont toute la bonne volonté et toute Ténergie digne d'éloges déployée dans la lutte acharnée et désintéressée contre le hanneton ne pouvait compenser le manque de connaissances spéciales indispensables non seulement pour mener à bien une pareille entreprise, mais pour prévoir et apprécier les difficultés de toutes sortes que Ton rencontre toujours dans ce genre de recherches.

M Le Moult, s'il n'a pas été le premier à découvrir le parasite du hanneton et du ver blanc a eu le grand mérite de le chercher et de le retrouver au moment où personne n'v pensait plus. 11 a été le premier en France qui ait songé à Tutiliser comme moyen dé destruction et surtout, qui ait attiré sur ceite importante question Pattention des savants et des cultivateurs. En outre, président du syn.licat du hannetonnage du canton de Gorron (Mayenne), il a créé presque tous les syndicats de hannetonnage existants en France ou provoqué leur création. Ce sont là des services importants rendus J ragriculture et des titres que personne ne songe à lui disputer, ^^ous reconnaissons même volontiers que, si nous nous occupions bien antérieurement de « zoologie appliquée » c'est la grande publicité donnée aux premières notes communiquées par M. Le Moult sur le parasite du hanneton, à l'Académie des sciences, qui nous a montré toute l'importance de cette question et qui nous a décidé à nous y consacrer entièrement. Mais M. Le Moult, il le reconnaît lui-même, n'est pas naturaliste, et comme l'étude des maladies contagieuses d.s insectes et de leurs applications, étude d autant plus difficile et compliquée que cette science est toute nouvelle et ne repose encore que sur des obsevaUons bien peu nombreuses, demande une préparation spéciale. M. Le Moult s'est exposé à des échecs fort regrettables et imprévus pour lui. Son concours est par contre tout indiqué quand il s'agira d'appliqu-r en grand les procédés suffisamment étudiés et expérimentés. En groupant les agriculteurs en organisant des syndicats, non seulement de hannetonnage, mais, en général, de défense contre tons les animaux nuisibles, et en propageant les méthodes de défense réellement scientifiques, il sera dans son rôle et rendra à l'agriculture des services tout aussi importants.

aux racines, les vers blancs étaient donc obligés de traverser la couche des spores.

Le contenu de ces 10 pots a été vérifié 34 jours après et now5 n'avons 'pas trouvé un seul ver blanc muscardiné.

Une couche de terre de 2 centimètres a donc suffi, malgré des arrosages fréquents, à garantir les vers blancs de toute contagion pendant plus d'un mois.

D'autres expériences faites simultanément avec les mêmes cultures nous ont prouvé que, bien que fortement atténuées, ces cultures étaient encore assez virulentes pour infecter en moyenne 4 vers blancs sur 10, traités par contact direct.

Nous avons vu aussi plus haut (p. 69) que M. Gienkowski évaluait à 90 Htres la quantité nécessaire de spores pures à répandre sur un hectare pour atteindre les larves du hanneton des blés ; or, pour obtenir 90 litres de spores pures, il faudrait environ 10 quintaux métriques de cultures sur pomme de terre.

Pour trouver un procédé rationnel d'infection des insectes dans les champs, il faut donc tenir compte de toutes les particularités qui caractérisent d'une part le développement du champignon parasite que l'on veut employer, d'autre part le genre de vie des insectes visés.

Pour exphquer la propagation des maladies contagieuses parmi les êtres qui vivent sur la terre, on admet généralement que les germes de ces maladies ont dû être absorbés avec l'air inspiré, les aliments ou l'eau de boisson, en un mot que ces êtres ne peuvent s'infecter qu'à la condition de vivre dans un milieu infecté lui-même> c'est-à-dire conlenant des germes pathogènes en quantité suffisante.

Or, les vers blancs qui vivent dans la terre ne seront atteints par la muscardiné que quand cette terre elle-même sera suffisamment infectée, quand le germe virulent du parasite vivra et se développera dans la terre.

C'est ce qu'on observe, en effet, en suivant avec attention et pendant plusieurs années de suite les épidémies de muscardiné dans leurs stations naturelles (voir les observaiions de M. Gouin p. 67). Il nous semble impossible de s'expliquer l'apparition, à un moment

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donné, des vers blancs momifiés, un peu partout sur une vaste étendue, autrement qu'en admettant la préexistence du champignon parasite dans ces terres.

Ce qu'il faudrait chercher, par conséquent, dans le cas particulier de la destruction des vers blancs par la muscardine, ce n'est donc pas autant à atteindre directement les vers blancs, qu'à provoquer le développement de la muscardine dans les terres qu'il s'agit de préserver de leur invasion.

Ce serait là, du moins, la seule méthode basée, nous semble-l-il, sur Tensemble des données connues jusqu'à présent.

En résumé, les insectes qui vivent à la surface de la terre, sur les tiges, les feuilles ou les fleurs des plantes, tels que les hannetons, les Cleonus, les Chincli bugs, les taupins, les sylphes, les mouches de blé, les pucerons, les charançons, la plupart des insectes parasites de la vigne, etc., etc., peuvent être traités avec succès par les méthodes adoptées par MM. Krassilstchik et S710W, c'est-à-dire en répandant des sporss virulentes à la surface des champs ou sur les plantes envahies. Dans tous ces cas l'infection directe d'un certain nombre d'insectes est très possible et l'épidémie pourra se propager ensuite d'elle-même toutes les fois que le microbe employé sera une bactéricfcée ou une muscardine à évolution rapide.

Par contre, on ne peut espérer d'atteindre et de détruire au moyen des maladies contagieuses les insectes (principalement des larves) qui vivent enfouis dans la terre et s'attaquent aux racines, qu'en infectant la terre elle-même, c'est-à-dire qu'en provoquant dans cette terre le développement des champignons parasites.

Dans ce dernier cas, l'application de microbes pathogènes à la destruction des insectes nuisibles présente bien des difficullés, elle demandera certainement encore beaucoup et de longues éludes; ces difficultés ne semblent pourtant pas insurmontables.

Les épidémies naturelles qui déciment les vers blancs et probablement beaucoup d'autres larves vivant dans les mêmes conditions, prouvent d'une façon indiscutable qu'il est possible de réaliser dans la terre les conditions nécessaires au développement des muscardincs, le tout est de savoir comment s'y prendre, et les recherches expérimentales conduites avec méthode ne manqueront pas de nous l'apprendre.

ANLM. NUIS. A l'aGRIC, ^

En tous cas, il nous semble bien démontré aujom'd'bui que, dans la lutte avec les animaux nuisibles, la méthode inaugurée par M. Metchn?7ro^ et suivie avec tant de succès par les naturalisles américains est la seule qui a donné jusqu'à présent des résultats satisfaisants et indiscutables, la seule qui peut nous assurei' la victoire.

Conseils pratiques pour contaminer les vers blancs et les hannetons et pour établir des foyers d'infection dans les . champs.

Pour infecter des vers blancs on peut se servir de hannetons ou de larves momifiées, ou bien de cultures artificielles.

Les momies, comme les cultures artificielles, ne peuvent être employées utilement que quand elles contiennent des spores bien mûres.

Les momies sont mûres quand la moisissure qui les recouvre est pulvérulente et d'une teinte gris jaunâtre. ^

Les cultures artificielles de muscardine peuvent être faites sur différents milieux nutritifs préalablement stérilisés, le plus souvent on les fait sur des bâtons de pommes de terre à demi cuites sous pression, avec un peu de jus sucré et acidulé, dans des tubes en verre.

Si les tubes sont bien préparés et contiennent de la muscardine bien virulente, les bâtons de pommes de terre présentent une coloration roîige violacé ou lie de vin foncée et sont entièrement couverts de moisissure. '

Les cultures qui n'ont donné à la pomme de terre qu'une coloraration rose tendre ou jaunâtre sont généralement plus ou moins fortement atténuées; leur emploi ne peut donner que des résultats peu appréciables.

11 est assez facile de se rendre compte de l'état de développement de la muscardine dans les tubes. Il faut secouer le tube, et alors, si les spores sont bien mûres, elles se détacheront de la pomme de terre et formeront à l'intérieur du tube un nuage gris jaunâtre, semblable à de la farine bise ; dans le cas contraire, la moisissure restera adhérente à la pomme de terre.

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Seule, la poussière qui se détache facilement de la pomme de terre peut être utilement employée pour l'infection des lianuetons et des vers blancs.

Il est bon de ne prendre dans les tubes pour s'en servir que la poussière qui se sera détachée seule après quelques secousses ; reboucher ensuite et laisser le tube en repos pendant quelques jours. Chaque tube peut servir plusieurs fois et on n'utilisera chaque fois que des spores mûres.

Pour contaminer les vers blancs, il faut procéder de la façon suivante :

1° Faire ramasser des vers blancs en aussi grande quantité que possible. On les prend avec précautions, pour ne pas les blesser, et on les place dans des paniers ou autres récipients avec de la terre, pour qu'ils ne meurent pas en se blessant les uns les autres;

2*» Choisir un endroit peu éclairé (grange, remise ou écurie) et répandre par terre les vers blancs ramassés, de façon à ce qu'ils ne puissent pas se toucher et se blesser les uns les autres ;

3° Verser le contenu des tubes, en les secouant fortement, dans une assiette, un bol ou un récipient quelconque, prendre, avec un petit pinceau, la poussière blanche qui se détache de la pomme de terre et toucher les vers blancs un à un, de façon à les saupoudrer de spores (s'il reste des spores attachées aux parois intérieures des tubes, il faut rincer ces derniers avec un peu d'eau et toucher les vers blancs avec un pinceau trempé dans cette eau) ;

4" Laisser les vers blancs, ainsi saupoudrés de spores, pendant trois ou quatre heures ;

5*" Ramasser les vers blancs ainsi traités et les placer en pleine terre, en les enfouissant à dix ou quinze centimètres de profondeur et à dix centimètres de distance l'un de l'autre. — 11 faut placer, au moins, 100 vers blancs contaminés sur un mètre carré, en choisissant les parcelles qui ont le plus à souffrir ;

6" Les bâtons de pommes de terre, dont on a enlevé les spores avec le pinceau, doivent être coupés en quinze ou vingt petits morceaux et enfouis en même temps que les vers contaminés.

Pour que le traitement que nous venons d'indiquer devienne

réellement efficace et donne des résultats appréciables, il faut rappliquer de la façon suivante :

1° Mettre à profit les travaux des champs pour commencer à faire ramasser les vers blancs au printemps, aussitôt qu'ils seront remontés près de la surface, et continuer ainsi pendant la durée de la belle saison, c'est-à-dire jusqu'en octobre. Les vers ramassés dans la journée, pendant les labours et autres travaux des champs, doivent être traités le soir et enfouis le lendemain matin;

2° Établir des gisements momifères pour avoir constamment de la muscardine bien virulente à sa disposition. Isoler une petite parcelle de quelques mètres carrés en l'entourant de planches, de feuilles de tôle ou d'ardoises enfoncées dans la terre à 30 ou 40 centimètres de profondeur; enfouir dans ce champ des vers blancs contaminés par le procédé ci-dessus indiqué, en raison d'une centaine par mètre €arré; jeter ensuite, dans ce champ réservé, en les enfouissant à cinq ou dix centimètres de profondeur, tous les vers blancs que l'on pourra se procurer. En procédant ainsi, on aura, un an après l'établissement du champ réservé, une quantité suffisante de vers muscardinés pour traiter les champs envahis par les vers blancs, sans avoir recours aux cultures artificielles.

En résumé : employer des cultures artificielles pour créer des foyers d'infection dans les parcelles qui ont le plus à souffrir (au ilieu de répandre les vers blancs contaminés en les enfouissant un à îun à 5 ou 10 mètres de distance, comme on l'a conseillé jusqu'à présent, il faut en enfouir 50 à 100 par mètre carré, de place en îplace, dans les parcelles qui ont le plus à souffrir); 2« établir des gisements momifères pour avoir toujours de la muscardine bien wirulente à sa disposition.

Pour contaminer les hannetons, il faut : ; l** Enfermer les hannetons dans des seaux, des pots ou autres récipients analogues ;

Répandre sur eux des spores en raison d'un tube de culture sur pomme de terre pour 200 ou 300 hannetons en moyenne;

3'' Les laisser enfermés ainsi pendant cinq ou six heures ;

4'' Les relâcher ensuite et les laisser s'envoler.

Une partie de.s hannetons contaminés succomberont avant de s'en-

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terrer et se couvriront de moisissure qui sera répandue partout par le vent. D'autres mourront muscardinés dans la terre et propageront la maladie parmi les vers blancs.

Les vers blancs et les hannetons momifiés peuvent conserver leur virulence pendant au moins deux ans.

Les foyers d'infection créés en pleine terre y persisteront pendant plusieurs années de suite, tant qu'il y aura des vers blancs pour les alimenter.

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