‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 1 sur 89 · Maladies de cuir chevelu · texte numérisé non relu

Maladies de cuir chevelu

EXPOSANT DE QUELLES MATIÈRES TRAITERA CET OUVRAGE ET DANS QUEL ORDRE ELLES SERONT PRÉSENTÉES

En ce livre et en ceux qui, j’espère, le suivront, je me propose d’étudier les Maladies du cuir chevelu. Or, les maladies du cuir chevelu, en majorité du moins, ne sont pas particulières au cuir chevelu. Ce sont des processus morbides qui peuvent affecter toutes régions de la surface cutanée, et qui prennent seulement, dans leur localisation aux régions pilaires, des mœurs et une physionomie nouvelles.

Dès lors un traité des maladies du cuir chevelu serait presque de tous points artificiel et incompréhensible s’il se limitait trop étroitement à ce qui, par définition, est son sujet.

L’étude d’une maladie du cuir chevelu suppose la connaissance au moins générale de ce qu’est la même maladie sur le reste de la surface tégument-aire. Toute affection du cuir chevelu, qui devra être étudiée ici, aura donc avant son histoire spéciale, objet propre de ce travail, son histoire dermatologique et symptomatique générale, et, pour la compréhension du mécanisme de sa

MALADIES SÉBORRHÉIQUES. 1

AVANT-PROPOS

genèse, il i a mira même que celle histoire ne soit pas trop succinctementrésuméc.

Ces nécessités expliquent qu’une importante partie de cet ouvrage, consacré aux maladies des régions pilaires, doive raconter ce que les mêmes états morbides sont d’abord sur les régions glabres.

Toute science particulière se trouve ainsi conjuguée, ne fut-ce que par les lois générales qui en sont le fondement, aux sciences voisines, et aux sciences plus vastes dont celle qu’on étudie est une enclave.

De même que les maladies du cuir chevelu ne sont que des cas particuliers de maladies cutanées plus gém'rales , de même la Dermatologie entière se trouve indissolublement liée, à son tour, aux processus morbides généraux et aux maladies organiques profondes. Cela n’empêche pas qu’il y ait des ouvrages dermatologiques. De même peut-on prendre, comme nous le faisons, une partie de la dermatologie elle-même pour en traiter isolément. Mais cela n’est possible qu'à condition de ne pas violenter les nécessités du sujet et de ne pas rompre de force les liens naturels qui réunissent cette partie de la science dermatologique aux autres.

Cet essai a jadis été tenté par plusieurs. 11 a déjà été fait des Traités des maladies du cuir chevelu. Mais, dans l’opinion de tous aujourd’hui, ces livres surannés sont d’un profit d’étude médiocre. Ce sujet a donc besoin d’être repris, et c’est ainsi que je me trouve conduit à en présenter ce qui dans ma pensée en est le premier chapitre.

Avant d’en aborder l’étude, je dois exposer quelle sera la disposition totale de cet ouvrage et dans quel ordre seront étudiées les matières qu'il doit comprendre.

AVANT-PROPOS

La première remarque générale qu’on puisse faire en analysant la symptomatique des maladies cutanées, c’est que beaucoup d’affections plus ou moins voisines peuvent évoluer conjointement sur le même malade et par leur mélange constituer des types morbides composites.

C’est à l’observateur de relever d’abord ces adultérations et ces mélanges, et, lorsqu’il a reconnu leur origine mixte, de ne pas décrire ces « hybrides » comme autant de maladies spécifiques et différentes.

Les types cliniques simples, une fois dégagés de leurs alliages accidentels, peuvent être ensuite catégorisés. 11 est telles et telles maladies cutanées distinctes, qui par leurs affinités entre elles forment des groupes familiaux, aussi évidemment naturels que les groupes de zoologie ou de botanique.

La dermatologie, comme toutes les sciences d'observation naturelle, oblige à des catégorisations. Et dans ces catégories le médecin doit savoir conserver à chaque point qu’il étudiera sa valeur et son importance relatives dans l’ensemble, car il doit à la logique et au bon sens clinique de ne pas placer sur le même rang des états morbides dont l’importance est primordiale et des exceptions ou des curiosités.

Même dans chaque groupe morbide naturel il existera des unités d'importance diverse. L’observateur doit savoir, dans un groupe familial fait de plusieurs entités morbides, reconnaître, au milieu de celles qui sont secondaires, la plus importante, la première en date, la maladie mère qui est le fonds commun sur lequel les autres prennent naissance et viennent s’implanter.

C’est ainsi qu’après avoir distingué, au milieu des formes cliniques, incessamment diverses, les types fixes qui seuls méritent d’être décrits comme autonomes,

AVANT-PROPOS

après avoir réparti ces nombreuses entités morbides en des cadres de catégorisation naturelle, l’esprit doit en chaque groupe établir la hiérarchie des entités qui le composent, montrer comment elles se rattachent les unes aux autres, par quels liens, dans quel ordre de subordination, et concentrer l’intérêt de l’étude sur l'entité fondamentale qui le constitue essentiellement et dont toutes les autres ne sont que des transformations

secondes et accessoires.

De ces nécessités d’étude découle naturellement la forme que doit prendre un ouvrage d’enseignement de la dermatologie.

Il doit d’abord fournir à l’élève des cadres sim mais précis, stables, permanents. Tel cas rentre dans tel groupe, tel cas dans tel autre groupe.

Ainsi le novice devant un malade n’aura pas à chercher au milieu de cinq cents types morbides, avec lequel coïncide celui qu’il observe, mais d’abord dans lequel des cinq ou six groupes primordiaux qu’il connaîtra forcément, ce cas quel qu’il soit doit être rangé.

Ainsi étudierons-nous d’abord et successivement en cet ouvrage les maladies du cuir chevelu qui forment par leur ensemble des groupements synthétiques et de véritables familles naturelles.

L’étude des maladies du cuir chevelu peut trouver place en cinq chapitres, comprenant chacun un certain nombre de types morbides reliés par d’étroites parentés.

Le premier, celui dont l’étude va suivre d’abord, comprendra les maladies séborrhéiques, dont le type fondamental est la séborrhée grasse ou huileuse, Y acné sébacée des anciens auteurs français.

AVANT-PROPOS

Ce type morbide a des localisations diverses; après avoir été la séborrhée fluente du visage , au cuir chevelu, par la chute de cheveux, par la mue pilaire dont la séborrhée s’accompagne en tous sièges, il crée la calvitie

masculine.

Et comme partout l’infection séborrhéique peut se compliquer d’infections secondaires diverses, nous verrons ce que sont cliniquement ces infections universellement connues sous le nom d 'acnés et dont quelques-unes revêtent de par leur forme spécifique une véritable autonomie.

Enfin, mais accessoirement, nous verrons comment la famille des lésions proprement séborrhéiques se rattache à la suivante par le chaînon des pityriasis sur-séborrhéiques , alliance de la première de nos deux familles avec la seconde.

La seconde est le très ancien groupe morbide des maladies dartreuses dont la caractéristique absolue est la caducité de l’épiderme corné. Ce sont les maladies exfoliatives dont le type premier est constitué par le pityriasis simplex du cuir chevelu : les pellicules.

Mais entre cette modalité clinique, et les processus d' ex foliation épidermique grasse existe la plus étroite parenté. Tout ce que M. Unna, de Hambourg, a rangé sous le nom d’ « eczéma séborrhéique », jusqu’au psoriasis luimême, trouve son rang naturel en cette famille, qui se distingue essentiellement de la précédente, laquelle n’est jamais ni aucunement caractérisée par l’exfoliation épidermique.

Encore en ce même groupe prendront place Ions les pityriasis circinés, marginés, faussement désignés autre-

AVANT-PROPOS

fois sous les noms d’eczéma ou de lichen annulalus, circumcisùs, etc., et dont la caractéristique demeure l'exfoliation.

Si l’on examine les fondements naturels de ce second groupe nosographique, au triple point de vue de la clinique, de l’anatomie et de la bactériologie, on les reconnaîtra aisément aussi solides que ceux de la famille séborrhéique. Et d’ailleurs, dès longtemps l’observation des vieux maîtres avait devancé la nôtre plus approfondie mais non pas plus synthétique. Tous ces types morbides aujourd’hui différenciés, jadis confondus, étaient connus sous le nom commun de dartres par la médecine du temps passé.

Notre troisième groupe nosographique aussi logique que les précédents sera tout aussi justifié par l'observation de nos ancêtres, c’est le groupe des gourmes, qui réunit toutes les affections suppuratives et exsudatives

Page 1