‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 2 sur 89 · DE L’ÉPIDERME · texte numérisé non relu

DE L’ÉPIDERME

Sans doute nos impétigos d’aujourd’hui, maladies externes dues à des parasites extérieurs aux malades, ne semblent pas pouvoir être rationnellement étudiés côte ii côte avec Y eczéma vrai vésiculenx, maladie dont l’origine interne et générale semble s’affirmer de plus en plus.

Mais si les liens profonds qui réunissent l’eczéma Huent aux impétigos ne nous sont pas tous connus, ils n’en restent pas moins indéniables.

Leur existence concomitante, leur confusion sur le même malade sont des faits d’observation journalière. El les anciens l’avaient bien vu, lorsque avec leurs moyens grossiers d’investigation, ne pouvant différencier les « espèces », ils devaient s’en tenir à la différenciation

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des « genres » ; ils avaient réuni l’eczéma lluenl et les

impétigos ensemble parmi les gourmes. Ces rapports qui existaient jadis existent toujours aujourd’hui. Pourquoi donc changer ce vieux cadre dont la structure générale a tant de raisons vraies d’être conservée?

Notre quatrième famille nosographique sera celle des alopécies et des pelades. Leur lien commun est trop visible pour avoir besoin d’être mis en lumière. Nul doute que les causes des alopécies en aires ne soient souvent très différentes. Néanmoins le mécanisme de l’alopécie reste toujours le même et beaucoup des causes qui déterminent les alopécies en général demeurent obscures.

Encore ici l’observation clinique globale a plus de raisons d’être vraie, elle est plus dans la logique naturelle des choses que le morcellement analytique de chaque forme d’alopécie, d’après sa cause réelle ou supposée, banale ou spécifique.

Enfin notre dernière famille naturelle a cet avantage d’être dès à présent consentie par tous. C’est la grande famille des teignes, des maladies du cheveu, causées par des parasites végétaux , cryptog antiques.

C’est Gruby qui lui a donné sa raison d’être et son fondement scientifique. C’est Bazin dont l’autorité l’a consacrée. Elle a subi depuis lors les remaniements indispensables que subissent toutes les sciences biologiques au cours des années. Mais telle est l’utilité et la

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raison d'être d'un cadre logique dans la structure doctrinale des sciences, que malgré des adjonctions sans nombre et des retranchements — mouvements auxquels j'ai eu quelque part — le cadre lui-même et la vérité synthétique qu’il exprime subsistent aussi solides qu’au premier jour.

Voilà donc quel sera le cadre naturel de cet ouvrage en sa partie première et principale, la seule vraiment didactique, parce qu’elle a son architecture établie et que les liens des diverses parties de l’édifice seront évidents à tous les veux.

Est-il utile de souligner ce qu’une telle division si simple doit à autrui, ce qu’elle doit particulièrement aux plus anciens de nos auteurs classiques, à ceux qui sont nés de notre sol même, et dont les vieux vocables qu’ils avaient empruntés de leur temps à la langue commune demeurent encore employés dans la langue populaire de nos jours.

A part notre premier chapitre : les maladies séborrhéiques dont la souche est jeune, dont l’observation semble commencer avec les auteurs du siècle dernier, avec Biett et Rayer particulièrement, tous les autres étaient déjà pour nos premiers pères : Guy de Chauliac, Ambroise Paré, des divisions morbides qu'ils connaissaient :

Les maladies exfoliatives ou dartres ;

Les maladies exsudatives ou gourmes ;

Les pelades , dont Bazin n’a fait que ressusciter le vieux nom français;

Les teignes , qui n’ont pas perdu leur nom en France depuis le moyen âge et la Renaissance.

Il me semble que notre étude au xx(! siècle n'a rien à perdre de sa gravité à reprendre des mots du xvi° siècle,

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nui ont encore ceci de bon qu’ils sont compris de tout le monde, meme aujourd’hui. La dermatologie, ainsi retrempée à la source de ses origines, perdrait seulement, il faut le voir, de son obscurité qui est un vice.

On pourra aux cadres dont l’exposition précède faire tous les reproches qu’on voudra. Ils y prêtent, et il n’y a pas de classifications humaines qui soient irréprochables.

Celle-ci est à mon avis la plus simple, la plus commode et cliniquement la plus logique. Ces trois qualités, rares même parmi les classifications nosographiques, suffiraient à justifier celle qui précède.

Sa simplicité surtout me frappe, car ce qui doit préoccuper le praticien, le « medicus gui medical », ce n’est pas le cas rare, l’exception, l’anomalie tératologique, ce sont les cas banals qu’il rencontrera dix fois le jour, et ce sont précisément avec eux et pour eux que sont faits les cadres que je propose.

Les innovations sont difficiles en ce genre, on ne crée guère plus une classification de tonies pièces qu’une langue vivante; l’une et l’autre se font toutes seules. Notre plus grand mérite en ceci sera sans doute d’avoir innové le moins.

A la vérité une telle classification laisse en dehors de ses cadres un grand nombre de faits isolés et sans lien commun. A ces faits, aucune coordination ne doit être imposée puisqu’elle serait factice.

Puisque ces faits demeurent isolés devant notre observation, ils devront être étudiés isolément. C’est pourquoi la dernière partie de notre travail sera un glossaire alphabétique. Cette forme double de notre ouvrage nous servira grandement. Dans ce glossaire retrouveront place les types morbides que nous aurons plus haut étudiés à leur place logique, au milieu de leur famille naturelle. Il nous servira de table analytique des matières, de dictionnaire, historique, de compendium. On y retrouvera sans peine

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le lien où chercher dans l'ouvrage le détail que l'on y voudra retrouver, les discussions doctrinales cjui n’auraicnl pu trouver place ailleurs sans alourdir le texte courant. Enlin à leur ordre alphabétique on trouvera chacun des types nosologiques dont l’ordre doctrinal n'est pas suflisamment précisé aujourd’hui.

Ainsi cet ouvrage ne se présentera pas comme un traité dogmatique et définitif. Il se présentera comme la Dermatologie elle-même, et toute science vivante, comme un composé de vérités établies et de problèmes en discussion. Mais chacune de ces parties sera d’emblée distincte et séparée.

Toute science n’est pas seulement, elle devient. En ce qu’elle est, la nôtre aura son histoire écrite. En ce qu’elle devient, elle aura ses matériaux pour l’écrire. C'est ainsi que se justifie l’ordre double que nous avons adopté.

Paris, 1" octobre 1901.

R. Sabouraud.

LES MALADIES SÉBORRHÉIQUES

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