PITYRIASIS CIRCINÉS SUR-SÉBORRHÉIQUES DU CORPS
Il existe tout un groupe clinique naturel de pityriasis figurés sur-séborrhéiques, ayant les mêmes lieux d’élection que la séborrhée du corps elle-même, et qui semblent influencés dans leur forme et leur figuration par la séborrhée sous-jacente, car on ne les rencontre pas sans elle.
Ils prennent d’ailleurs des formes objectives très différentes, qui varient certainement avec leur âge sur le sujet, mais aussi avec le sujet, et dont on pourrait décrire et mouler d’innombrables variétés.
Toutes commencent de même par la furfuration simple diffuse que nous venons d’étudier plus haut. Toutes commencent de même au creux sternal entre les deux seins.
Leur début est signalé par une démangeaison légère, qu’un bain, ou un savonnage, ou une friction sèche fait disparaître,
mais qui reparaît cle même après quelques jours. La sudation abondante, l'absence de soins, d’hygiène simple les fait augmenter avec une grande rapidité.
Objectivement, au début, c’est un point rougeâtre recouvert d’une squamule minime et occupant l’orifice des follicules.
La squamule enlevée laisse à nu un point épidermique rose qui sera de nouveau squameux demain.
Rien n'est fréquent comme ce pityriasis sur-séborrhéique intermammaire. Presque tous les hommes qui ont de la séborrhée présternale en présentent des traces. Mais il peut grandir, s’accuser, et dès lors il deviendra invariablement figuré, découpé comme un archipel sur une carte géographique.
Taches roses simples. — Chez les uns ce seront de très petites taches roses de 4 à 6 millimètres de diamètre, ayant des bords arrêtés, une surface légèrement squameuse; leur contour est irrégulier. Dans les cas moyens, on en trouve cinq ou six taches dans le creux sternal, autant dans la région vertébrale interscapulaire.
Taches jaunes simples. — Chez d’autres, les mêmes taches seront d'un jaune brunâtre, parce qu’elles conserveront leur lame épidermique cornée adhérente, que le grattage détachera en fur fur. Et toujours leur pourtour restera irrégulier, sinueux, à contours nets.
Dans l'une et l’autre formes précédentes la surface couverte par l'éruption peut être très différente. Il en est des formes étendues couvrant, devant et derrière, la moitié supérieure du torse et même l’attache des bras.
Circinaria de Payne. — Dans une autre forme, les taches présentent ce singulier caractère de s’effacer par un de leurs bords pendant que leur autre bord s'accroît et s’accuse, ainsi chacune se trouve ourlée d’un liséré rouge sur la moitié de son contour. Et ce contour, ponctué çà et là d’une rougeur plus vive au niveau d'un orifice pilaire, cerne en partie la surface de la tache primitive qui reste bistrée.
ACNES.
Ainsi se multiplient sur une poitrine séborrhéique des dessins ornementaux et géographiques, constitués par la fusion des taches entre elles par leurs bords, et dessinant de très grandes surfaces.
Eczéma parasitaire de E. Besnier. — Enfin dans la forme particulière décrite par M. E. Besnier, les contours des mêmes
Fig. 1-2.
Eczéma parasitaire d'Ernest Besnier. Pityriasis circiné sur-séborrhéique. éj, éléments jeunes. — cc, cercles exfoliatifs constitués.
taches, plus marqués d'un côté comme dans la forme précédente, sont délimités par un bord dessiné, très fin, par une
légère saillie en ourlet. Et quand on exfolie par grattage l’épiderme corné soulevé qui fait ce rebord saillant, on remplace l'ourlet par une incisure en coup d’ongle, excessivement caractéristique. C'est la forme que représente particulièrement notre figure, d’après le moulage de Baretta, du malade décrit par M. Besnicr.
Toutes ces formes que l’œil distingue mais que la clinique générale fusionne ont, toutes, leurs caractères généraux coinmuns. Leur différenciation pourrait (quoique à mon avis sans résultat) être tentée par la microbiologie, mais on ne peut pas dire qu'elle soit faite. L'intérêt de cette différenciation reste ici médiocre.
Ce qu’il faut voir c’est la parenté clinique absolue de toutes ces formes. Toutes commencent de même par un pityriasis périfolliculaire, toutes en grandissant prennent des formes figurées. Toutes sont nées nécessairement sur un
terrain séborrhéique d’abord, et la séborrhée doit être la cause occasionnelle, mais nécessaire, de leur naissance avec cette localisation, puisque on ne les trouve point sans elle en ces régions.
Toutes enfin sont de siège épidermique identique, souscorné. Toutes sont effacées par les traitements mécaniques (brossage, savonnage, lavages, etc.), ou par des traitements médicamenteux anodins, pommades mercurielles quelconques.
Toutes mêmes s’effacent après une application de teinture d'iode, diluée d’alcool, au 1/5.
Toutes ont une remarquable ténacité, car on les voit se reproduire vingt ans de suite sur un même individu parce que sa peau demeure séborrhéique indéfiniment.
Toutes les formes morbides dont la description précède ont un point commun, qui est leur flore microbienne, et le mode pathogénétique de l’cxfoliation qui pour toutes reste semblable. Qu’il s’agisse d’une furfuration diffuse ou d’un pityriasis circiné, le mécanisme et la flore microbienne sont des constantes.
AGNES