‹ Maladies de cuir cheveluChapitre 58 sur 89 · TERMINAISON DE LA CALVITIE · texte numérisé non relu

TERMINAISON DE LA CALVITIE

leur tête entière, que sur les deux pariétaux, deux toulTes lanugineuses, frisottantes, de cheveux rares et grêles.

A cette période dernière de la calvitie, la peau du crâne présente un aspect vraiment particulier et qu'il importe de décrire.

Elle est mince, lisse, ne présente presque plus le grain que donne partout à la peau humaine les saillies papillaires dermiques. Sa surface est unie, brillante; le froncement souvent difficile y détermine d'innombrables plicatures très caractéristiques partout de l'atrophie cutanée sénile, et dues à l’amincissement progressif du derme.

Dans son ensemble cette peau atrophiée, amincie, trop lisse, est aussi trop blanche. Elle est dépigmentée. Chez certains chauves, presque chez tous, la surface de la peau est mamelonnaire , sous-tendue de granulations jaunâtres, incluses en elle, ressemblant au milium-grutum , à Ycicne hordeolala des vieux auteurs, ou mieux encore, quant à leur couleur d’un jaune orangé, à des papules miliaires de xanthome. Ce sont les glandes sébacées colossalement dilatées devenues visibles à l'œil nu. Les follets sont conservés sur la tête des chauves, non pas aussi nombreux que les cheveux qu’ils ont remplacés, mais très abondants d’ordinaire et très fins. A la loupe, ils semblent souvent sortir par bouquets d’un orifice commun. Nous savons l'état anatomique qui leur donne cette disposition spéciale (fig. 70). Sur les crânes de vieillards chauves, l'infection séborrhéique est toujours infiniment atténuée, elle peut avoir presque disparu. On peut ne plus pouvoir faire sortir par la pression que des cylindres séborrhéiques intra-folliculaires très isolés sur de grandes surfaces.

Enfin souvent et même chez les chauves, les plus chauves, on peut trouver, si rares qu'on les compterait, des cheveux solides, sains, dispersés un par un à de grands intervalles sur le crâne tout dénudé autour d'eux.

C’est ici qu'il importe de mentionner, dans de tels cas, les ' reviviscences partielles du système pilaire depuis si longtemps disparu.

11 n’est pas très rare, et j’en ai vu pour ma part plusieurs

MALADIES SÉBORRHÉIQUES.

exemples, de voir le vertex dénudé d'un vieillard, cesser vers soixante-dix ans environ de présenter un aspect huileux, se couvrir d'un duvet progressivement de plus en plus fort et arriver à reformer, sur un scalp chauve depuis trente ans et davantage, un buisson de cheveux disposé comme le cimier d’un casque.

Ce buissonnement ne rejoint jamais les limites de la calvitie et la tête reste bien celle d'un chauve. Souvent même la calvitie continue à s'étendre lentement par ses bords pendant que son centre se repeuple quelque peu.

La chose n’a pas, sauf pour le patient, une importance bien notable. Mais au point de vue doctrinal, elle n’est pourtant pas négligeable. Elle montre que si les papilles pilaires d'un chauve ont perdu leur pouvoir de reviviscence, néanmoins le problème, qui, d’une façon générale et quant à présent, reste fermé à la pratique, n’en demeure pas moins théoriquement ouvert. La papille pilaire dans la calvitie n’est pas détruite, elle est atrophiée mais non complètement. Il n’est nullement impossible que dans l’avenir la calvitie devienne partiellement curable.

Du reste c’est là une vue de l’esprit que l’anatomie pathologique de la calvitie constituée vient appuyer de tout son poids.

Je l’ai dit, il n’y a aucune essentielle et apparente différence entre l’atrophie de la papille pilaire, dans la pelade et dans la calvitie. Et pourtant cette même papille pilaire arrivée à cette extrême déchéance dans la pelade pourra revivre.

C’est là un thème d’observation et de recherches pour ceux que l’aridité des problèmes naturels n'effraie pas et qui auront comme médecins le courage de creuser des questions scientifiques que les empiriques et les charlatans ont réussi à rendre mille fois suspectes aux yeux des savants euxmêmes.

CALVITIE VRAIE, SEBORRHEIQUE, CHEZ LA FEMME

VU. — CALVITIE VRAIE. SÉBORRHÉIQUE, CHEZ LA FEMME

La femme, qui présente plus que l'homme une tendance à faire de la séborrhée fluente du visage au cours de l’adolescence, ne présente pour ainsi dire jamais la calvitie séborrhéique du vertex. Pourtant chez la femme les chutes de cheveux momentanées sont fréquentes. Pour elle, l’âge du maximum de la chevelure se présente de quinze à dix-huit ans. Rarement elle retrouvera plus tard les cheveux de cet âge. La femme, plus que l'homme peut-être, est sujette aux pityriasis gras et aux alopécies pityroïdes. En tous cas, chez elle la persistance des alopécies diffuses est plus accusée que chez l'homme. Nous étudierons ces alopécies pityroïdes avec les maladies exfoliatives de l'épiderme (*).

En revanche, chez la femme, la séborrhée micro-bacillaire du scalp, ou bien ne se produit pas du tout, ou bien demeure à un degré si infime qu’on peut la considérer comme négligeable.

Il est certainement très curieux de voir chez la femme, même dans les pityriasis gras où L exfoliation et la stéatose épidermique apparente sont extrêmement marquées, la lésion élémentaire de la séborrhée faire défaut, elle qui chez l’homme adulte s’y joindrait presque immanquablement.

Et de même à l'examen microscopique, on y retrouve à foison les microbes des exfoliations épidermiques mais non pas le microbacille.

Les maladies du cuir chevelu de la femme, même à trente ans, sont celles du jeune homme de douze à quinze ans, de l’homme avant que sa sexualité confirmée lui permette de faire de la calvitie. Faut-il se rappeler les textes juridiques d’autrefois, et le millier perpetnus infans a-t-il un corollaire médical...?

A quelle cause attribuer cette immunité de la femme contre la calvitie? Si la femme ne présentait pas la séborrhée fluente

ur

(’) Fascicule II du présent ouvrage.

CALVITIE

du visage, nous nous croirions sans doule autorisés à conclure que ses sécrétions cutanées se refusent à donner asile au microbacille séborrhéique. Mais comment comprendre cette immunité du cuir chevelu, contigu à la peau du visage, pour lequel cette immunité n’existe pas? 11 faut constater les faits sans conclure lorsqu’ils ne concluent pas d eux-mêmes.

11 existe pourtant des cas où la femme contracte et garde cette séborrhée du scalp qui fait les chauves, celte maladie qui n’est pas de son sexe. J'en ai réuni pour l’instant onze observations concluantes. La maladie se présente chez elle autour de trente ans, entre ving-cinq et trente d'ordinaire. Elle affecte exactement la localisation et les formes symptomatiques de la calvitie masculine, elle s’atténue cinq ou dix ans plus tard laissant le scalp dénudé.

Disons de suite que dans toutes mes observations sauf deux, les femmes qui présentaient cette maladie de l’autre sexe étaient, par quelque point, d’un type physique gynanclre absolument accusé : soit l'allure hommasse et l’absence de grâce féminine, soit un développement pilaire inaccoutumé de la lèvre supérieure, soit même des troubles dysménorrhéiques.

Dans un cas, une malade âgée de vingt-huit ans, non mariée, et qui aurait pu s’habiller en travesti sans éveiller autour d'elle le moindre soupçon de déguisement, ne voyait revenir ses époques que deux ou trois fois par an, et cela depuis leur début.

Une autre avait dû faire disparaître sa moustache par l'épilation électrolytique.

Celle de mes malades chez qui le type masculin était le moins prononcé physiquement, avait l’intelligence et les goûts d’un homme à ce point d’avoir parcouru seule, non mariée, avant trente ans, les trois quarts de l'Europe en vingt voyages.

Il ne s’agit pas là d'un abus de mots ou d'une vue théorique m’entraînant inconsciemment à des généralisations excessives. Ce que je dis est l’expression de la vérité simple et certaine. Les femmes qui présentent le type de la calvitie masculine sont des hommes manqués. Je demeure convaincu qu un examen spécial, que je n’ai malheureusement jamais pu faire, aurait chez plusieurs relevé des malformations sexuelles.

CALVITIE VRAIE, SÉBORRHÉIQUE, CHEZ LA FEMME

A la vérité, mon enquête sur ce point pourrait fournir un argument d'un sens inverse; quatre fois sur les onze cas précités, les femmes atteintes de calvitie masculine exerçaient des professions intellectuelles. Deux étaient institutrices, une autre journaliste, une dernière, agrégée de l université. On peut évidemment invoquer dans la genèse de leur maladie cette cause répétée par maints auteurs : l'excès du travail de tête. Non seulement je ne nie pas cette possibilité étiologique, mais je l'admets dans une certaine mesure, seulement je constate que toute femme ne ferait pas une institutrice ou un journaliste, à plus forte raison une agrégée, et que ces malades par leur développement cérébral au moins, échappaient au dur qualificatif de la loi romaine. Je n’insiste pas.

La symptomatique, de la calvitie chez la femme présente ceci de particulier, que les cheveux chez elles gardant partout toute leur longueur possible, l’aspect de la tête quand les cheveux sont dénoués devient particulièrement saisissant.

Sur le sommet, les cheveux les plus longs sont courts, ils ne dépassent guère dix à douze centimètres de longueur. Et ceux-là même sont rares, la plupart ne dépassent pas trois ou quatre centimètres. Ensemble ils ne font pas à l'œil la moitié des cheveux que la même région devrait porter.

Entre eux, au ras de la peau, on distingue une multitude de follets très courts, que l’épilation aux doigts enlève par douzaines, sans même que la patiente s’en aperçoive. Cette alopécie existe exactement sur tout le sommet de la tête, dans la forme précise où on la voit survenir chez l’homme. Dans les cas les plus avancés, si ces malades portaient les cheveux courts à la mode masculine, rien ne distinguerait leur calvitie de celle que nous connaissons si bien chez l’homme.

Les malades atteintes de cette affection se plaignent toutes des symptômes fonctionnels de la calvitie avant même que le médecin ne les interroge.

Elles signalent d’abord et avant toute chose le flux de graisse, abondant à ce point qu’après deux jours passés sans un savonnage qui devient dans ces cas nécessaire , le flux de graisse en viendrait à ruisseler sur le front. Sans doute beaucoup de femmes qui perdent leurs ebeveux signalent un fait analogue :

CALVITIE

(jue leurs cheveux 11c tombent en abondance que depuis qu’ils sont devenus gras. Et vraiment ces deux phénomènes sont connexes à ce [joint qu’on peut avancer sans crainte d’erreur qu’il n’existe pas de chevelure spontanément grasse au loucher dont les cheveux tiennent. Mais dans le plus grand nombre des cas, quand on examine ces cheveux, ils sont à peine onctueux, à peine luisants.

Dans le cas de calvitie masculine, au contraire, la tête et les cheveux semblent baignés d'huile. J’ai vu après deux jours passés sans savonnage, un raclage à la lame de verre pouvoir en recueillir la moitié de ce qu’aurait contenu un dé à coudre.

Le plus souvent, ces cas sont absolument nets et tranchés en leurs symptômes. Nous savons déjà que quand la séborrhée existe sur une région avec son maximum d’intensité, elle ne permet guère aux infections secondes de venir se greffer sur elle. Il en est ainsi dans la calvitie masculine de la femme; elle n’est nullement pelliculaire. On peut trouver du pityriasis sec ou gras sur les tempes, ou sur la région occipitale, mais non pas dans le rayon de la calvitie. La séborrhée grasse y reste pure.

L’éphidrose, le troisième symptôme fonctionnel delà séborrhée des régions pilaires, avec l'alopécie et le flux de graisse, ne manque pas non plus dans la calvitie vraie chez la femme.

Toutes ces patientes se plaignent d'avoir la tête baignée de sueur tout l’été, et même au moindre effort en dehors de la saison chaude.

Ainsi la calvitie masculine, quand elle survient chez la femme, reproduit la calvitie de l'homme non seulement dans son type normal, mais dans ses types les plus accentués.

Aussi me suis-je souvent étonné d’entendre ces patientes, qui toujours ont consulté d’autres médecins avant de voir un spécialiste, parce que leur cas devient vite intolérable, de leur entendre dire invariablement qu’elles sont un phénomène et. que les médecins auxquels elles se sont adressées n ont jamais rencontré de cas semblables et ne savent comment le nommer. Assurément la calvitie chez la femme est rare, on peut donc en être surpris. Mais quant à ne pas reconnaître en elle la

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calvitie masculine, ceci est plus singulier, car pour qui a observé et étudié la calvitie vulgaire, il n'est pas possible dans ce cas d'en méconnaître les symptômes, tant ils présentent de relief et d'intensité.

Il est d’autant plus important de savoir reconnaître l’origine et la nature de semblables cas, qu'on peut dire contre eux la thérapeutique assez bien armée. A la vérité elle est encore boiteuse, car la cure de ces alopécies est lente, elle demande plus d’une année d’efforts et ces efforts sont pénibles, parce que toute manipulation quotidienne d’une chevelure de femme est compliquée.

Pourtant il est remarquable de voir les très beaux résultats auxquels parvient dans de tels cas un traitement bien dirigé, et le plus souvent il faut le dire, on rencontre chez la femme une bonne volonté persévérante et une obstination dans l’effort dont elle semble avoir conservé le monopole et que bien peu de malades hommes sont capables de nous offrir.

Le diagnostic de cette affection est trop évident par ses symptômes pour que je le discute. D’ailleurs la présence du

microbacille sur le cuir chevelu de la femme est assez rare

pour qu'il prenne, quand on le rencontre, une importance diagnostique particulière. Inutile d'ajouter après ce qui précède que tout ce que j’ai dit, au point de vue anatomique et microbien, de la calvitie masculine, s’applique de point en point à l’alopécie séborrhéique de la femme dans ces cas-là.

La calvitie de l’homme quand elle existe chez la femme, ce qui est rare, se présente avec l’ensemble le plus complet qu on puisse voir de ses symptômes objectifs, fonctionnels, anatomiques et microbiens.

Il peut sembler à bon droit extraordinaire que la calvitie masculine qui même exceptionnellement se rencontre chez la femme, avec une telle surabondance de symptômes et avec une telle intensité, ne présente presque pas de cas moyens, calquant de plus près les calvities tardives chez 1 homme. A la vérité ces cas se rencontrent mais non pas fréquemment non plus. Eux aussi sont rares, et encore plus localisés que chez l’homme. On peut en trouver quelques exemplaires dans les-

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quels l’infection séborrhéique se localise au sommet de la tête chez la femme vers quarante-cinq ou cinquante ans, mais seulement dans une région à peu près orbiculaire et de six centimètres de grand diamètre transverse. Cette séborrhée lente localisée semble être l’homologue des ébauches tardives de calvitie, d’évolution lente, qu’on voit survenir chez l’homme également vers la cinquantaine et que l’âge ensuite n’augmente qu’insensiblement f1).

L’évolution de la calvitie masculine chez la femme paraît moins irrémédiable que chez l’homme, d’abord, je viens de le dire, sa thérapeutique est plus heureuse en ses résultats. En outre l’infection et ses dégâts s’arrêtent plus vite et plus tôt chez la femme que chez l’homme.

Vers trente-cinq ou quarante ans au plus la maladie subit un arrêt marqué, même en l’absence de traitement. Enfin il me paraît indéniable que par un traitement bien conduit et suivi strictement, l’alopécie même une fois constituée ne reste ni absolue ni définitive et qu’on parvient à redonner à un cuir chevelu, dans ce cas, au moins la moitié des cheveux perdus.

Du reste, ce traitement même parfaitement conduit et exécuté ne met pas à l'abri de tout réveil de la maladie, et surtout des retours de son paroxysme estival. On peut voir ainsi en quelques semaines, à la saison caniculaire, la malade perdre en partie le résultat obtenu après de longs mois d’efforts. Malgré cela on peut dire que la victoire demeure à la thérapeutique lorsqu’elle est bien dirigée. Ce succès montre le maximum des résultats que peut-être l’homme pourrait obtenir dans une calvitie, si la médication nécessaire intervenait à temps et si le jeune homme apportait au médecin une patience et une obstination plus féminines.

(P II existe chez la femme de cet âge une alopécie localisée et définitive du même siège et qui n’est pas séborrhéique. Elle est même plus fréquente que l’ébauche de calvitie vraie dont nous venons de parler. C'est un processus de sclérose folliculaire cicatricielle qui la crée. Elle se rapproche comme symptomatique, comme évolution et comme anatomie pathologique des scléroses folliculaires rangées sous les étiquettes diverses de pseudopelade, ulcrythème ophriogène, acné pilaire simple, kératose pilaire, folliculite atrophique, etc., et dont nous dirons quelques mots plus loin en parlant du diagnostic différentiel de la calvitie (voir p. 2(17).

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