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I. Nous améliorons la séborrhée, nous ne la guérissons pas

II. Les patients atteints de séborrhée ont une peau tolérante ou intolérante aux médicaments, et la médication des unes sera très différente de la médication des autres.

I. Nous ne guérissons pas la séborrhée. — La séborrhée n'est pas une maladie passagère, c’est une infection chronique permanente. Pour la guérir il faudrait pouvoir provoquer la mort et F expulsion de toutes les colonies séborrhéiques incluses dans la peau. C’est ce que nous ne faisons pas. Nos médicaments nettoient et détruisent la partie supérieure de la colonie microbienne; l’application longtemps continuée des médicaments permet aux orifices sébacés dilatés de reprendre leur volume normal. Mais, je le répète, aucun moyen n’est pour le moment entre nos mains, qui nous permette de stériliser complètement la peau séborrhéique.

Ce n’est pas à dire que nous soyons désarmés contre la séborrhée. En vérité, nous avons contre elle des médications très actives, très utiles au patient et qui transforment complètement l’aspect des parties malades. Mais ce qu’il faut bien comprendre et savoir, c’est que ces transformations sont une amélioration plus ou moins parfaite et durable, non pas une guérison absolue.

IL Dans le traitement des séborrhées nous envisagerons les formes et les localisations diverses de la maladie, en expliquant notre pratique thérapeutique en chaque cas particulier; mais d’abord il faut rappeler cette vérité dermatologique absolue, qui dans la nosographie dermatique est une constante : La thérapeutique cutanée est et doit être individuelle , parce que

TRAITEMENT EXTERNE DE LA SÉBORRHÉE

nous n'avons pas plus les uns et les autres la même peau que nous n’avons le même visage. Cette affirmation n’est jamais plus vraie pour aucune maladie dermatologique que pour la séborrhée, parce que sa thérapeutique locale est irritante, et qu’elle juge forcément le coefficient de la résistance téguinen taire du malade traité.

Cliniquement, il semble que le problème soit double. 11 semble qu’il y ait des séborrhéiques dont le tégument soit le plus robuste qu’on puisse voir et dont l'exsudât séborrhéique protège comme un vernis la peau sous-jacente contre toute effraction.

Il semble au contraire, que chez d’autres patients la même séborrhée verse à la surface de la peau une graisse corrosive, et que la séborrhée soit chez eux devenue une prédisposition à l’état eczématique. Ce sont là deux états antipodes. On conçoit que dans les deux cas la thérapeutique soit différente et même quelquefois inverse.

Quelle que soit la raison de ces différences, elles existent. Tous les auteurs les connaissent et distinguent soigneusement les séborrhées facilement irritables des séborrhées qui ne le sont pas.

Enfin, et c’est encore une remarque préliminaire indispensable, la résistance propre des diverses régions de la peau est différente, toujours différente, chez le même individu.

La séborrhée du visage est plus irritable que la même séborrhée du devant de la poitrine ou du dos. Celle du cuir chevelu, pour un individu donné, est toujours celle qui permet les applications thérapeutiques les plus irritantes avec le moins d’aléa.

Ainsi donc le même agent, le même topique pourra être appliqué à dose simple sur le visage, à dose double sur le corps, à dose triple sur le cuir chevelu (’).

Ce sont là des généralités que le médecin ne peut pas, en pratique, perdre de vue un seul instant. (*)

(*) Sur le corps, les régions des plis de flexion : face antéro-latérale du cou, aisselle, pli du coude cl face interne de l'avant-bras, pli de flexion du poignet, aine et face interne de la cuisse, pli du jarret et lace postérieure de la jambe, du cou-de-pied, sont des régions ù peau line et irritable.

Comment discerner avant toute application thérapeutique si le malade sc rangera dans la catégorie des peaux fines ou des peaux robustes?

1° Il y a des cas où le médecin n’en peut rien savoir. Et il lui faut procéder par tâtonnement en commençant par des applications de topiques faibles et en augmentant progressivement leurs doses.

2° Il y a des cas au contraire où l’intensité du flux séborrhéique est telle qu’elle suppose la possibilité d’un traitement énergique sans risques pour le malade. 11 y a des cas où la peau est manifestement dure, épaisse, à gros grain, avec un épiderme corné, non exfolié, couvert d’un vernis gras épais — des téguments dont l’épiderme ressemble à la peau d’une mandarine— sur lesquels on peut d’emblée essayer des topiques très

vigoureux.

5° Enfin il existe inversement des téguments faibles pour lesquels la prudence dans la thérapeutique sera recommandée parle premier examen attentif. Ce sont des peaux qui ont déjà une histoire. Le patient a présenté de la gourme dans l'enfance, et il en a longtemps gardé, comme séquelle, de l’impétigo fîssuraire du sillon rétro-auriculaire. Les commissures de ses lèvres montrent encore une patte d’oie demi-cicatricielle, vestiges de lésions impétigineuses d’ancienne date.

Ce sont des patients qui se savent la peau fragile; un bain sulfureux est suivi chez eux de rougeurs et de démangeaisons.

Ils ont eu à diverses reprises des lésions eczémateuses localisées aux plis de flexion, des lésions dartreuses exfoliatives du visage, du front. A examiner attentivement leurs pommettes, on y voit même quelquefois entre cuir et chair un bouquet de minuscules lésions eczématiques abortives.

Ainsi, et pour résumer tout ce qui précède, on peut dire : d’une façon générale et ordinaire la peau des régions séborrhéiques est résistante aux traumatismes médicamenteux. On pourrait même grossièrement dire que la séborrhée et l’eczéma sont antinomiques et qu'au point de vue thérapeutique ce sont des maladies de type inverse. Mais la séborrhée peut se rencontrer même chez des eczémateux, et dans ce cas la théra-

TRAITEMENT EXTERNE DE LA SÉBORRHÉE

peutique en devient incertaine, aléatoire, difficile et demande au médecin un tact extrême.

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