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Cancer de la tête du pancréas

Un homme de trente-six ans entre dans notre service. Au point de vue des antécédents héréditaires, nous ne pouvions noter qu’un rhumatisme chronique chez le père du malade. Les antécédents personnels sont nuis : rougeole à neuf ans, pas de syphilis, pas d’alcoolisme, pas de paludisme, jamais de coliques hépatiques; en un mot, aucune maladie antérieure, diathésique ou accidentelle.

Il y a cinq mois, le malade perd peu à peu l’appétit; puis il est pris d’une diarrhée très abondante, fétide, qui résiste alors à tous les moyens, diarrhée jaunâtre, très liquide, sans caractères particuliers. Disparue au bout de trois mois, elle est remplacée par un ictère qui augmente progressivement et qui s’accompagne de bonne heure de décoloration complète des garde-robes.

A l’enlrécdu malade dans le service, on constate cet ictère, et l’on remarque en même temps un profond état d’anémie avec décoloration très marquée des muqueuses, apparaissant sous leur teinte ictérique. Langue blanche et saburrale;

CANCER DU PANCRÉAS

anorexie absolue, vomissements fréquents, alimentaires ou muqueux, constipation opiniâtre, matières fécales ressemblant à de la cendre, d’après l’expression du malade. Le foie est abaissé, dépassant de deux travers de doigt les fausses côtes. Les urines foncées et rares, de couleur acajou, non albumineuses, ne présentent pas trace de sucre. La rate n’est pas augmentéede volume, et à la palpation abdominaleon ne sent aucune tumeur.

Les autres organes paraissent sains ; il n’y a rien aux poumons, et l'on constate au cœur de la façon la plus manifeste, à la pointe, au niveau de l'orifice mitral, un souffle systolique très net, quoique de timbre doux, couvrant tout le premier bruit et empiétant un peu sur le petit silence. Ce bruit se propage nettement dans l’aisselle, nullement dans la région dorsale; il ne présente aucun des caractères des bruits extracardiaques ou cardio-pulmonaires; il n’a certainement pas son siège à l’orifice tricuspidien ; il ne paraît pas dù à une endocardite infectieuse biliaire, et on doit l’attribuer à une insuffisance fonctionnelle de la valvule mitrale d’origine ictérique, par parésie des muscles tenseurs de la valvule et dilatation de la cavité ventriculaire gauche. On verra plus loin «pie cette interprétation a été pleinement confirmée par l’autopsie, ce qui tend à démontrer, contrairement à l'opinion de quelques auteurs, que les insuffisances fonctionnelles des valvules existent réellement.

A ce moment, notre diagnostic et celui de plusieurs médecins qui suivaient notre visite fut celui d'ictère infectieux, consécutif à une diarrhée fétide. Nous pensions alors, cl avec quelque apparence de raison, que, chez cet homme relativement jeune, il s’était produit une angiocholite catarrhale ascendante, sous l’influence de la diarrhée fétide du début et par suite de la pénétration de microbes intestinaux dans les voies biliaires. Mais d’autres accidents nous permirent bientôt de réformer le diagnostic.

En effet, la teinte ictérique s’accusa tous les jours davantage sans jamais rétrocéder, l’administration de lavements froids

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