CONGESTION PULMONAIRE D'ORIGINE GASTRO-INTESTINALE
Je constate un foyer de râles sous-crépitants au-dessous du sommet gauche, ce qui m'amène à observer 1res attentivement le malade au point de vue bacillaire, en raison de quelques antécédents familiaux suspects. Bientôt ces râles disparaissent, et je note, quatre jours plus tard, l’existence d'une légère submatité au niveau de la hase gauche, contre la colonne vertébrale où l’auscultation permet d’entendre nettement des bouffées de râles crépitants et sous-crépitants fins, sans souffle ni respiration soufflante, cela sur une largeur égale à la main.
En présence d'un fait de ce genre, deux questions étaient à résoudre :
1° Quelle était la signification pathogénique exacte de cette congestion pulmonaire?
2° La pathogénie et le diagnostic étant établis, quel traitement instituer?
Tout d’abord, je fais remarquer les deux phases bien nettes de cette maladie : une phase gastro-intestinale d’abord; ensuite une phase pulmonaire.
Autrefois, on aurait simplement dit que la congestion pulmonaire était d’origine réflexe, explication trop facile dont on a abusé et qui ne répond pas à la réalité des faits. Aujourd’hui, dans un cas semblable, nous nous adressons à la clinique bactériologique, qui nous indique la pathogénie des accidents et dicte la conduite thérapeutique.
Pathogénie. — Sevestre a insisté sur une forme de bronchopneumonie infectieuse d'origine intestinale chez les enfants (1). Il s’agissait d’enfants en bas âge, atteints de troubles intestinaux, le plus souvent de diarrhée fétide, suivis bientôt de symptômes pulmonaires, caractérisés surtout par des bouffées de congestion plus ou moins intense. La fièvre, qui avait fait défaut au moment de la diarrhée, coïncidait généralement avec l’apparition des
(1) A. Sevestre, Soc. mèd. des luip., 1887 et 1892.
symptômes respiratoires, et beaucoup de malades succombaient après avoir présenté pendant la vie des phénomènes typhoïdes, des éruptions cutanées, de 1 albuminurie et une série d’accidents manifestement infectieux.
Plus tard, Macé et Simon ont publié des observations analogues, et ils ont trouvé le colibacille dans les garderobes d’un enfant mort de bronchopneumonie. Malheureusement, le microorganisme ne fut pas recherché dans les noyaux pulmonaires. Mais cette lacune fut bientôt comblée par Seveslre, qui, dans la thèse inaugurale d'un de ses élèves, démontra la présence du microbe intestinal dans le poumon congestionné ou hépatisé.
Lesage avait prouvé par ses recherches bactériologiques, que les lésions pulmonaires au cours des entérites infantiles sont le plus souvent dues à l'infection intestinale produite par le meme agent que l’entérite elle-même, et dans plusieurs cas le colibacille virulent fut seul trouvé par Macaigne en l’absence de tout autre microorganisme. Chantemesse l’avait aussi rencontré dans plusieurs bronchopneumonies. Enfin, dans certaines hépatisations pulmonaires survenues au cours du choléra nostras, on a constaté nettement au poumon le microbe producteur de l’infection intestinale (1).
Pour terminer cet exposé historique, je rappelle les congestions pulmonaires pouvant devenir parfois cause d'une mort rapide, comme au cours de l’étranglement herniaire ou après son opération. Verneuil, qui a fait connaît re ces faits dès 1 S( >9 , leur attribuait une origine réflexe, et cette idée avait été propagée dans les thèses de ses élèves Carre l (1869), Ledoux (1873), Mullois (1886). Ce dernier avait encore signalé la congestion rénale parmi les accidents de l'étranglement herniaire. Quoi qu’il en soit, il faut se rappeler qu'à
(1) Macé cl Simon, Journal des praticiens, 1891. — Renarij, La bronchopneuinonie d’origine intestinale chez l’enfant. Thèse do Paris, 1894. — Lesage, Soc. méd. des hop., 1893. — Macaigne, Étude sur le Raclerai m coli commune. Thèse de Paris, 1892.