‹ Maladies de l'appareilChapitre 18 sur 194 · CONGESTION PULMONAIRE D’ORIGINE GASTRO-INTESTINALE · texte numérisé non relu

CONGESTION PULMONAIRE D’ORIGINE GASTRO-INTESTINALE

la suite d’opérations pratiquées sur les organes abdominaux et sur les organes génitaux de la femme, des cures radicales de hernies, certains sujets, surtout à un âge avancé, sont exposés à des congestions pulmonaires parfois graves.

La théorie réflexe, malgré les expériences de Roux (de Montpellier) destinées à l’étayer, est souvent en défaut, et cette congestion pulmonaire d'origine intestinale rentre dans la catégorie des faits que j'ai d'abord signalés. Elle est produite par le microorganisme intestinal, qui franchissant la muqueuse peut aller infecter un organe plus ou moins éloigné. Ce fait a été prouvé par Clado qui a constaté le même microbe, probablement le colibacille, dans l’intestin hernié et dans le foyer pulmonaire; par une observation de Fischer et Lévy, qui ont trouvé dans un foyer de bronchopneumonie survenue chez un individu porteur d’une hernie étranglée, le colibacille à l’état isolé. Sans doute, il est rare de trouver le bacille intestinal seul. Le plus souvent, il est associé à d'autres microorganismes (pneumocoque, pneumobacille, staphylocoque); mais sa présence, même à l’état d'association dans les foyers pulmonaires, prouve son origine intestinale.

En un mot, l’action réflexe n'est pas niable; mais elle est incapable, à elle seule, de créer des congestions, des bronchopneumonies ; elle détermine des troubles vasculaires parfois promptement suivis de l’infection microbienne. C'est sans doute à cette pathogénie qu’il convient d’attribuer certaines congestions pulmonaires de la base des poumons que Duclos (de Tours) a signalées dans la chlorose avec constipation opiniâtre et avec auto-intoxication intestinale (1). Reste à savoir maintenant pourquoi l’action réflexe avec la toxi-infcction se porte plutôt sur le poumon que sur d’autres organes. 11 est probable, d'après Charrin, que ce fait

(1) Roux, Thèse de Montpellier, 1886. — Clado, Congrès de chirurgie, 1889. — Fischer et Lévy, Deutsche Zeitschr. fur Chirurgie , 1891. Duclos, Journal des praticiens, 1887. — Lucas-Championnière, Cure radicale des hernies, 1892. — A. Le Dentu, Les complications bronchopulmonaires post-opératoires (Bulletin de l’internat , 1906).

est dû à la présence de poisons intestinaux assez semblables à la muscarine, dont l’action congestive et vaso-dilatatrice sur le poumon est bien connue.

Quant au malade dont j'ai parlé tout à l'heure, on peut sans doute me reprocher l’absence d’examen bactériologique; mais le succès de la thérapeutique mise en œuvre suffit au point de vue pratique. Il prouve, comme on va le voir, que cette congestion pulmonaire était indubitablement d'origine gastro-intestinale, et que, pour la combattre avec quelques chances de succès, il fallait s’adresser «à l'organe primitivement atteint.

J’ai déjà appelé l’attention sur une forme de congestion pulmonaire permanente dont j'ai vu une vingtaine d’exemples et dont on ne parvient pas à bien comprendre la pathogénie ni la réelle nature. Je sais bien qu’on les a attribuées à l’arthritisme, explication très facile que l’on maintient toujours, même chez les sujets non arthritiques. Mais je ne peux me contenter de cette interprétation, et je préfère signaler le fait sans l’expliquer. Voici deux exemples : un homme de soixante-cinq ans, que j’ai vu avec Potain, il y a plus de trente ans, présentait un foyer très étendu de gros râles sous-erépitants occupant un bon tiers de la partie moyenne et inférieure du poumon droit en avant, cela sans toux, sans dyspnée, sans aucune réaction fébrile. Il mourut à l’âge de quatre-vingt-sept ans, d’une autre maladie, et présentant toujours ce gros foyer de ronchus sous-crépitants. — Il y a cinq ans j’étais consulté pour un jeune homme de vingt-cinq ans présentant depuis sept années et même peut-être davantage, au sommet du poumon gauche, un gros foyer de râles humides large comme les deux mains, et cela avec les mêmes caractères de latence que chez le premier malade ; j’ajoute que jamais il ne fut possible de déceler dans les crachats la présence du bacille tuberculeux. Sans doute, cela n’est pas suffisant pour nier toujours l’existence de la tuberculose; mais, en m’appuyant sur le bon état général, sur l’absence d’autres

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