I. — Observation
Restée quelques jours seulement à l’hôpital, une femme de trente-huit ans, dont le thorax était considérablement déformé par une cypho-seoliose des plus prononcée, était asphyxiante, cyanosée, avec un peu d'œdème périphérique. L’urine renfermait une petite quantité d’albumine ; le cœur présentait un bruit de galop, et l'état était des plus grave en raison de la dyspnée et de l'asphyxie croissantes. On dut lui faire une
POUMON ET CŒUR DES BOSSUS
saignée; mais celle-ci n'eut pas même le temps d agir, et la mort survint rapidement.
A l’autopsie, nous avons constaté les lésions suivantes : cœur gauche volumineux, ce qui était bien en rapport avec la lésion des reins atteints de néphrite interstitielle; aorte athéromateuse; poumons emphysémateux, atélectasiés, congestionnés. Toutefois, nous n’avons pas trouvé la lésion caractéristique que l’on rencontre habituellement chez les bossus et (pii consiste dans une atrophie pulmonaire considérable, atrophie qui peut faire tomber le poids du poumon de 450 grammes environ ii l étal normal, à un poids inférieur a 200 grammes. J’ai vu ainsi un malade dont j ai parlé dans mon Traité des maladies du cœur et chez lequel le poumon gauche, blotti à la partie supérieure du thorax, n’avait plus que le volume du poing. A vrai dire, il n’existait plus. Dans sa thèse, Sottas rapporte que les poumons d'un adulte avaient le volume de ceux d'un enfant de six ans (1).
Ici, l’état hypertrophique du ventricule gauche n'était nullement sous la dépendance de la déformation dorso-thoracique, puisque le plus souvent, dans ces cas, le cœur gauche conserve son volume et, même s’atrophie; mais elle était liée à une complication incidente qui avait été reconnue pendant la vie : la néphrite insterstitielle par artériosclérose. C’est là une complication incidente et rare, je le répète, quoiqu’on ait voulu à tort la regarder comme dépendante de la maladie (2).