I. — Exposé clinique
11 est une opinion qu’il est bon de ne pas trop laisser s’accréditer, aussi bien dans le public (pie parmi des médecins : c’est celle qui considère la laryngite striduleuse des enfants (ainsi appelée par Bretonneau), le pseudo-croup de Guersant, ou encore la laryngite sous-glotlique, comme une maladie toujours bénigne.
Trousseau, ayant cite des cas où celte affection nécessita la trachéotomie et même entraîna trois fois la mort, fait la déclaration suivante : « On peut mourir de la laryngite striduleuse Voici l’une de ses observations :
Un jeune garçon de treize ans, bien portant la veille, avait été pris tout à coup le lendemain matin d’un accès d’oppression épouvantable. Il se leva rapidement et courut chez le préfet des études. Sa respiration était gênée au plus
MO
LARYNGITE STR1DULEUSE GRAVE; TRAITEMENT
haut point; il avait une toux rauque, croupale; sa voix était enrouée, éteinte et la respiration produisait un sifflement des plus bruyant. Le médecin du collège, mandé aussitôt, fut justement effrayé de l’état du malade et me dépêcha sur-lechamp un des maîtres. Je partis aussitôt ; quatre heures après, j’arrivais auprès du pauvre enfant qui venait d’expirer. A l’autopsie, nous ne constatâmes qu’un gonflement notable des cordes vocales avec rougeur de la membrane muqueuse laryngienne, qu’un peu de tuméfaction des replis aryténoépiglotliqucs. Sur l’une des cordes vocales il y avait une légère sécrétion membraneuse n’ayant aucun des caractères de la fausse membrane diphtérique et qui était le résultat d’une phlegmasie portée au plus haut degré.
.l’ai rapporté les faits suivants que je résume :
Le premier, observé en 1873, était relatif à une fillette de cinq ans chez laquelle la cyanose cl l’asphyxie furent telles à la suite d’une violente attaque de faux croup, (pic la trachéotomie dut être pratiquée. La petite malade n’avait jamais rendu de fausses membranes, et à plusieurs reprises elle eut encore après cette opération des crises moins sévères de laryngite striduleusc, ce qui a confirmé par la suite le premier diagnostic.
J’ai observé le second cas avec Archambault en 187f>, cl les accidents ont été d une telle intensité (pi on s’est tenu prêt pendant deux jours à pratiquer lu trachéotomie.
Quant au troisième fait, qui n’a pas nécessité une intervention opératoire comme le premier, il a été également remarquable par l’intensité extrême des accidents qui rendaient tous les jours la trachéotomie imminente : spasmes laryngés presque sans rémission pendant trois jours et trois nuits consécutives chez une fillette de quatre ans et demi, voix éteinte par instants, tirage presque permanent, dyspnée considérable, cyanose consécutive.
Cadet de Gassicourt a cité quelques faits semblables, et d au lies auleuis ont rapporté plusieurs cas dans lesquels la
EXPOSÉ CLINIQUE
mort eût été évitée si les parents ne s'étaient pas énergiquement opposés à l’opération.
Touchant a réuni tous ces faits intéressants au point de vue pratique, et les a divisés ainsi : 1° cas nécessitant la trachéotomie, avec guérison ; 2° cas de mort, parce que la trachéotomie n'a pas été faite; 3° cas très graves où l’on a pu éviter la trachéotomie; 4° cas bénins, où le tirage a existé, mais avec une intensité moindre des symptômes (1). Ses observations sont au nombre de 31, sans compter celles de Trousseau, de Cadet de Gassicourt, les miennes, et celles (pic Variot a observées en 1896 au cours d’une sorte d'épidémie de faux croups graves.
Depuis cette époque, on a signalé d’autres faits semblables, et c'est ainsi (pie, dans un travail plus récent, on a publié des faits de faux croups terminés par la mort ou par la guérison, grâce au tubage du larynx ou même à la trachéotomie (2).
Je ne discute pas sur la question de savoir si la laryngite striduleuse résulte d'une tuméfaction passagère et rapide de la muqueuse glottique, d'une sorte « d’enchifrènement de la glotte » (Bretonneau), si elle est due à la sténose mécanique déterminée par l’accumulation du mucus au niveau de la glotte (iNiemcyer), ou si elle est plutôt localisée dans la portion sous-glol tique du larynx (laryngite sous-glottique de Masséi, Landgraf et Moklenhauer).
Cette laryngite striduleuse survenant le plus souvent a frigore chez les enfants, à la suite d’une simple angine superficielle, au début d'une grippe légère, s’observe assez souvent avec ses caractères graves dans la rougeole et à trois périodes différentes de la maladie, au début, au moment de l’éruption, pendant la convalescence. Celle du début avait été signalée dès 1812 par Campagnac dans sa thèse inaugurale,
(1) II. IlrcHAUD, Société médico-pratique, 1880. — Bauot (de Sainl-Polde-Léon), Journal des praticiens, 1892. — Touchaud, Laryngites aigqës de l'enfance simulant le croup. Thèse de Paris, 1893.
(2) Dose, Les faux croups graves (Gazelle médicale du Centre, 1907). — .1. Couueut, Thèse de Toulouse, 1907.
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et Rilliot et Barthez ont écrit que « la laryngite de la rougeole prend souvent les caractères de la laryngite spasmodique ». Ils ont meme cité un cas de mort, et quoique 1 autopsie n ait pas été pratiquée, l’absence de diphtérie a été démontrée par les symptômes et les allures de la maladie. Plus tard, Bouchut déclare que la laryngite rubéolique « peut entraîner la mort si on ne fait pas la trachéotomie », et il rapporte le fait d une petite fille chez laquelle il a été obligé de recourir à l’opération. Des laryngites graves au début de la rougeole ont encore été signalées par Dechaut et Blanckaert dans leurs thèses inaugurales (1842 et 1808); elles ont été bien étudiées par Coyne qui résume ainsi la question au point de vue anatomo-pathologique : « Les modifications de la muqueuse sont plus profondes qu’elles ne le paraissent à première vue; elles intéressent en effet toutes les parties constituantes de cette membrane, c'est-à-dire le derme, les glandes et l'épithélium». Trousseau a cité des exemples d’enfants présentant tous les symptômes d'un faux croup, grave en apparence, au début de cette maladie, avant toute manifestation cutanée;
« l’enfant est pris tout à coup d’une oppression formidable, accompagnée d’un ton rauque, d'une inspiration sifflante, d’une respiration excessivement laborieuse, en même temps que la fièvre s’atténue ». Il y a plus de dix ans, Sevestre et Bonnus, étudiant les laryngites suffocantes au début de la rougeole, ont signalé, même avant loute manifestation cutanée, des accidents laryngés graves, caractérisés par des accès de laryngite striduleuse, parfois par une dyspnée paroxystique avec tirage persistant dans l’intervalle des accès (1). Dans quelques cas, ces accidents ont été assez sérieux pour faire craindre la mort par asphyxie. Sevestre avait même publié auparavant deux observations où la tra-
(1) Coyne, Anatomie normale de la muqueuse du larynx et complications laryngées de la rougeole. Thèse de Paris, 1874. — Sevestre, Journ. de vnéü. et de chir. pratiques, 1891. — Sevestre et Bonnus, Arch. deméd. des enfants, 1899. — Les déterminations tardives de la rougeole sur le larynx ont été étudiées par II. Barbier (Paris, 1880). — Mogilnicki, Laryngite aiguë intense simulant le croup (Revue mensuelle des mal. de l’enfance, 1907).
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chéotomie a dû être pratiquée, cl dans l'un de ces cas l’éruption ne se produisit que le lendemain de l’opération.
Il existe donc une forme grave de laryngite stridulcuse, et quand celle-ci se prolonge, quand elle procède par accès nombreux et répétés, un double traitement d’urgence s’impose : médical d'abord, chirurgical ensuite.